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11 mai 2021  Actualités

Situation en Israël et Palestine

La tension entre Israël et la Palestine s’intensifient de jour en jour. À travers la CIDSE, nous avons publié un communiqué la semaine dernière pour exprimer notre profonde préoccupation face à l’escalade de la violence à Jerusalem-Est et à Gaza, ainsi que par les expulsions de familles dans les quartiers de Sheikh Jarrah et Silwan.

Depuis, la situation a continué de s’envenimer avec la crainte d’une guerre totale : Gaza subit des bombardements quotidiens et nocturnes et des roquettes sont également lancées sur Israël. Autre inquiétude importante : la vague de violence intercommunale à l’intérieur des frontières d’Israël ou des groupes d’extrémistes, juifs et arabes, se promène dans les rues de plusieurs villes à la recherche de victimes du groupe opposé [1].

Le groupe de travail de la CIDSE sur la Palestine, dont Entraide et Fraternité est membre, et les partenaires travaillent sur les suites à donner. Pour le moment, nous préparons un nouveau communiqué que nous partagerons avec les ministères concernés et les médias. Nous réfléchissons aussi comment contrer le narratif souvent biaisé des médias sur cette escalade de violence.

Dans cet esprit, nous partageons le témoignage d’une jeune Palestinienne, Mona, résidente à Gaza. Ce témoignage a été recueilli par une organisation partenaire d’Entraide et Fraternité, We Are Not Numbers, une association de jeunes à Gaza qui donnent une voix humaine aux chiffres et statistiques des impacts de l’occupation israélienne en Palestine. Vous pouvez les suivre sur Facebook : https://www.facebook.com/WeAreNotNumbers.


Six personnes sont assises dans le salon. Chacun a son téléphone à la main, les écouteurs sur les oreilles, et suit les nouvelles de Gaza et de Jérusalem. La question la plus urgente : Où va frapper la prochaine bombe ? On peut sentir la maison trembler. À minuit, le ciel devient rouge et ma mère nous demande nerveusement d’enlever nos écouteurs. Comme nous hésitons, elle panique et crie : « Enlevez-les maintenant ! » Elle a peur que le « son stéréo » – le hurlement des nouvelles et le boum des bombes – ne nous abîme les oreilles. Désormais alarmés nous-mêmes, nous obéissons tous, nous regardant en silence les uns les autres.

Ma jeune sœur, Nesma, avocate, suggère que nous nous allongions tous, à l’abri des regards, car la lumière des obus se reflète sur la maison de notre oncle, juste à côté. Quelques secondes plus tard, on sent à nouveau la maison trembler, et cette fois les fenêtres et les portes entrent dans la danse.

Après 15 minutes, tout est redevenu calme, bien que nous puissions encore entendre les drones. Nesma propose de faire du thé et je dis que je vais choisir une musique agréable pour couvrir les bombardements. Nous avons aussi besoin de nous calmer. Je mets une chanson d’amour d’Oum Kalthoum, la chanteuse égyptienne emblématique. Mon père a même chanté ! « Oh, mes petites filles, vous m’avez rappelé les beaux jours heureux », dit-il. Ma mère sourit à la lecture de son livre.

Bientôt, cependant, les bombardements s’accélèrent. Épuisée, ma mère essaie de dormir un peu, mais elle n’y arrive pas. Elle s’inquiète pour nos voisins, qui ont perdu leur mère il y a quelques jours à cause du COVID-19. Elle appelle les filles et discute avec elles pour qu’elles n’aient pas trop peur. Mais nous avons tous peur. Pourtant… si l’occupation israélienne nous a appris quelque chose, c’est à cacher nos peurs. La panique est contagieuse.

C’est une nuit longue et difficile. Nous ne pouvons pas dormir. Juste avant l’aube, nous avons notre suhur, le repas que les musulmans prennent pendant le Ramadan avant de commencer le jeûne pour la journée. Cette fois, il n’y a que des dattes, du fromage et du thé. En raison des bombardements, c’était risqué d’aller au marché. (Nous achetons de la nourriture tous les jours car les fréquentes coupures de courant de ces jours-ci rendent la réfrigération difficile).

Mon corps est si froid. Je ne sais pas pourquoi. Il fait chaud, et pourtant je frissonne. C’est peut-être parce que je réprime mes inquiétudes et mes peurs. Je me couvre de vêtements, mais cela ne m’est d’aucun confort. Je vais voir ma mère et je l’embrasse. Je me sens enfin en paix, mais pas en sécurité.

Je me mets au travail. D’abord, je réorganise ma chambre pour que mon lit soit au milieu, loin de tout verre qui pourrait voler si les fenêtres se brisent. J’ouvre également la fenêtre et la porte, pour diminuer la pression de l’air et réduire les risques d’être blessée par des débris. Et comme je suis fan des tasses que mes élèves me donnent en cadeau, je les enlève de l’étagère pour qu’elles ne risquent pas de tomber et de se casser. Maintenant, ma chambre va peut-être « survivre ».

Alors je choisis des films, de la musique et des livres qui pourront remplir nos journées si les attaques continuent. J’appelle aussi mes amis et je m’arrange pour créer des « salles » sur les réseaux sociaux afin que nous puissions avoir des « soirées pyjama » virtuelles. J’appelle également ma sœur, mariée et mère d’un adorable nouveau-né qui n’a jamais entendu le bruit des bombardements auparavant. Je veux m’assurer qu’elle et son fils, Ibrabim, vont bien. Au moins, il est trop jeune pour comprendre ce qu’il se passe.

Enfin, et c’est très important, je m’engage à éviter toutes les photos et vidéos des bombardements et des cadavres. C’est ma façon de me protéger des mauvais rêves qui m’ont hanté pendant les guerres précédentes.

Pourtant, je sais que je ne peux pas les ignorer. Je suis encerclée. Priez pour nous.

Mona AlMsaddar [2]





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