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20 janvier 2020  Actualités

Réveillons les rêves des enfants des bidonvilles de Lima !

« Je me mets en colère quand je vois la pauvreté de ma communauté et comment d’autres personnes vivent. J’aimerais vivre dans une maison avec des murs solides, avec l’électricité pour étudier le soir. J’aimerais qu’il n’y ait plus de déchets dans les rues et qu’on s’y sente en sécurité » nous dit Irys, 13 ans.

C’est un véritable choc lorsque l’on s’approche des quartiers pauvres du district de San Juan de Lurigancho, situés sur les montagnes désertiques qui entourent la ville de Lima, capitale du Pérou. Des milliers de personnes, faisant partie des oubliés de la croissance économique du Pérou (plus d’un·e péruvien·ne sur cinq vit encore sous le seuil de pauvreté !), ont construit des habitations de fortune à même les versants vertigineux.

La pauvreté est palpable quand on parcourt, tant bien que mal, ces ruelles poussiéreuses et pentues : « Nous sommes assez isolés et les conditions de vie sont difficiles. Les adultes font des petits boulots - quand ils le peuvent ! - et la plupart gagne à peine 300 soles par mois alors que le salaire minimum est de 950 soles. » témoigne Abeldia Santos, présidente de la communauté Casuerinas de Nueva Vida.

Dans ce contexte de précarité, les parents ne parviennent pas à assurer les besoins fondamentaux de leurs enfants (santé, alimentation saine, éducation, loisirs, etc.).

L’association locale Kallpa, partenaire d’Entraide et Fraternité, se bat pour offrir une vie et un avenir meilleur à 184 enfants vivant dans trois communautés pauvres de San Juan de Lurigancho. Et des solutions existent ! Les autorités politiques ont fait récemment des droits de l’enfant dans cette région une de leurs priorités. Kallpa profite de ce vent favorable en aidant, par exemple, les opérateurs de services en charge de l’enfance à accéder à ces communautés isolées et à leur fournir une aide directe : fourniture de matériel scolaire pour permettre aux enfants d’aller à l’école, campagne de vaccination des enfants…

Mais cette aide n’est pas suffisante. Il est aussi nécessaire que tout le monde se mobilise au sein des communautés et que les comportements changent : « Les parents jouent un rôle capital pour le développement des enfants. Nous sensibilisons les parents à l’importance pour leur enfant d’aller à l’école et de faire ses devoirs, de manger dans la mesure du possible plus sainement, de pouvoir jouer… Nous avons aussi accompagné la création d’un comité par communauté qui a pour tâche d’intégrer les besoins des enfants dans tous les projets de développement communautaire » explique Melissa, travailleuse sociale de Kallpa.

La participation des enfants, la clé de la réussite

Kallpa a décidé de mettre l’expression et la participation des enfants au cœur du projet. Une véritable innovation dans un contexte culturel où les enfants ne sont bien souvent ni écoutés ni pris en compte avant qu’ils n’atteignent l’âge adulte. « Je veux que ma maman me prenne dans ses bras, me fasse des câlins » réclame Greys (8 ans), en plongeant son petit poing crispé dans son pyjama rose usé. À travers des méthodes adaptées et ludiques (jeux de rôle, théâtre, dessin…), Kallpa accompagne les enfants à exprimer leurs besoins, leurs problèmes et à les communiquer envers notamment leurs parents.

Mais l’association péruvienne forme surtout des « enfants leaders » capables de mobiliser les autres enfants et de revendiquer collectivement leurs droits. Chaque communauté en compte actuellement une dizaine.

Sahori, jeune fille de 11 ans pleine d’aplomb, nous explique son rôle : « Avec les autres enfants leaders, nous avons rencontré les autorités pour réclamer qu’un camion-poubelle passe en bas de notre colline une fois par semaine. Il y a beaucoup moins de déchets dans les rues maintenant. Nous avons aussi poussé le président de notre communauté à acheter les livres nécessaires pour que chaque enfant puisse aller à l’école. Je suis très fière car les adultes nous écoutent aujourd’hui. Sans Kallpa, on ne nous aurait jamais écoutés. J’ai appris durant leurs ateliers mes droits, comment argumenter et communiquer. J’ai appris que nous avons notre mot à dire pour notre avenir. » Cette participation transforme la vision des adultes envers les enfants et permet de prendre véritablement en compte les besoins des enfants. Elle constitue tout simplement la clé de la réussite.

Dire non à la violence sur les enfants !

Dans ce contexte de grande pauvreté, la frustration des parents de ne pas pouvoir offrir une vie plus digne à leur famille se transforme malheureusement et trop souvent en violence.

Le district de San Juan de Lurigancho recense le plus grand nombre de cas de violences à l’encontre des enfants vivant à Lima et sa périphérie. On ne compte plus les enfants victimes de fractures, brûlures… sans parler des abus sexuels qui sont extrêmement courants, le Pérou étant le 3e pays au monde comptant le plus grand nombre de violences sexuelles.

Plus d’un tiers des parents des trois communautés ciblées par le projet sont même persuadés que les enfants qui ne sont pas battus deviennent malveillants et inactifs. Cette croyance des parents se propage insidieusement aux enfants. Près de la moitié des enfants de San Juan de Lurigancho pense qu’il est normal que les parents les maltraitent s’ils se comportent mal : « Si j’ai eu une mauvaise note à l’école ou si je n’ai pas assez aidé mes parents, je comprends » raconte un enfant qui a pourtant récemment eu le bras cassé suite à une dispute avec son père.

Kallpa multiplie les initiatives pour faire face à ce phénomène qui empêche le bon développement tant physique que psychologique des enfants et peut les marquer une fois plus âgés : « C’est un phénomène d’autant plus important à traiter qu’il se transmet de génération en génération. » poursuit Melissa, travailleuse sociale de Kallpa.

Il est 22 heures, une dizaine de papas arrivent dans le local. Au programme de l’atelier de Kallpa : comment calmer son enfant sans l’envoyer à l’hôpital, comment communiquer avec lui sans l’insulter et l’humilier. Ces ateliers portent leurs fruits comme en témoigne Roberto, père d’une jeune fille : « Avant, je frappais violemment ma fille quand j’étais énervé. Elle a beaucoup de cicatrices, je n’ai pas peur de le dire. Mes parents m’ont frappé toute mon enfance, pour moi c’était normal. Grâce aux ateliers de Kallpa, j’ai arrêté et je sens que ma fille m’aime davantage. Je suis fier de cela. »

Kallpa a en outre accompagné la création dans chaque communauté d’un comité de protection des enfants contre la violence, composé en majorité de femmes. Ces ambassadrices de la non-violence ont avant tout un rôle préventif et rendent visite à chaque famille afin de leur parler de ce sujet auparavant tabou.

Mais leur rôle ne s’arrête pas là : « Nous avons aussi la tâche d’identifier les enfants victimes de violence et, si besoin, d’alerter les services publics compétents (la police, le centre de santé, etc.). C’est capital car ces services n’ont bien souvent pas connaissance des cas étant donné notre isolement » insiste Denise, membre du comité de protection.

Le travail mené par Kallpa est indispensable. Pour que les rêves des enfants de San Juan de Lurigancho ne soient pas des mirages, pour qu’ils ne deviennent pas sources de frustration. Tout simplement pour que ces enfants aient droit à une enfance digne.





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