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Quoi qu’il en coûte ?

Quand des banques belges réalisent des profits sur le dos des pays appauvris du Sud en pleine pandémie !

Sorti le 10 juin, le rapport Quoi qu’il en coûte ? [1] coordonné par la coupole néerlandophone 11.11.11 en collaboration avec Entraide et Fraternité, le CADTM, OXFAM Belgique et Fairfin met en lumière le rôle des créanciers privés dans l’endettement des pays appauvris du Sud et, plus particulièrement, le rôle des banques et des fonds d’investissement actifs en Belgique. En voici un résumé.

Pourquoi les dettes envers les prêteurs privés sont elles si problématiques ?

La crise du coronavirus a frappé à un moment où les pays appauvris du Sud faisaient déjà face à un endettement insoutenable. La part des créanciers privés dans l’endettement total de ces États a fortement augmenté au cours de la dernière décennie, passant de 45 % en 2010 à 60 % en 2019. Elle a même été multipliée par cinq dans les pays aux revenus les plus faibles. Cet endettement à l’égard du secteur privé a un coût significatif pour les pays appauvris du Sud pour trois raisons :

1 Ils deviennent dépendants des fluctuations de marchés financiers internationaux. Cela les expose à des hausses brutales des taux d’intérêt si les agences de notation financière décident de dégrader leur note. Une telle augmentation des intérêts à payer a inévitablement un impact négatif sur le financement des services publics.

2 Il existe un manque total de transparence sur l’identité de ces investisseurs privés ainsi que sur les conditions de remboursement. Ce qui rend toute tentative d’allègement de la dette très complexe. Les décideurs et décideuses politiques des pays débiteurs n’ont eux-mêmes qu’une connaissance très limitée sur leurs créanciers privés. Dans la mesure où ces données ne relèvent pas du domaine public, nous avons dû recourir à des bases de données payantes.

3 Les quelques initiatives prises par les États créanciers (dont la Belgique) dans le cadre de la pandémie pour un allègement de la dette signent pour l’heure un chèque en blanc aux créanciers privés. En effet, ces derniers sont seulement invités à y participer sur « base volontaire ». Résultat : aucune institution financière n’a encore fait le moindre geste… si bien que les prêts accordés en 2020 par le FMI aux pays appauvris du Sud ont servi à renflouer le secteur privé !

Les dettes aux prêteurs privés en pratique

Analysons en particulier l’endettement de deux pays : le Sénégal et le Pérou. Le cas du Sénégal est l’exemple type d’un pays qui s’est fortement endetté auprès des créanciers privés au cours de la décennie écoulée. En effet, la part détenue par les créanciers privés est passée de 13 % en 2010 à 40 % en 2018. Pendant l’année 2020, la part des dettes remboursées par le Sénégal à des créanciers étrangers était de 352 millions de dollars US, dont plus de la moitié à destination des créanciers privés. Se pose aujourd’hui la question de savoir comment le Sénégal fera face aux pics de remboursement qui se profilent pour les dix prochaines années. Le Pérou, figure emblématique de l’endettement des économies émergentes, est l’un des pays qui ont le plus emprunté sur les marchés financiers durant la pandémie. Aujourd’hui, plus de 60 % de sa dette externe est détenue par des acteurs privés. Comme pour le Sénégal, le problème est urgent puisque plus de 60 % des dettes devant être remboursées ont une échéance fixée en 2026.

Le lien avec les créanciers privés belges

Détenteurs d'obligations pour la sélection des institutions financières et des 93 pays

Détenteurs d’obligations pour la sélection des institutions financières et des 93 pays

En millions USD.
Source : Refinitiv (Mars 2021), Bond issuances


Au total, six institutions financières actives en Belgique, dont quatre ont leur siège social en Belgique, jouent un rôle significatif dans l’endettement de 93 pays classés « à faible revenu » et « à revenu intermédiaire ». Il s’agit de BNP Paribas, Deutsche Bank, Degroof Petercam, Candriam, KBC Group et Ackermans & van Haaren.

Soulignons que les remboursements qui sont prévus cette année à l’égard de ces banques sont assortis d’un taux d’intérêt usuraire de 8,75 % ! Si ces taux sont si inté- ressants pour les prêteurs, c’est parce que le risque de non-remboursement est pris en compte. Il est donc logique que, face à une crise de cette ampleur, les banques participent aux allè- gements de dettes. D’autant qu’elles continuent, en pleine pandémie, à réaliser de plantureux bénéfices [2] et à emprunter à la Banque centrale européenne (BCE) à des taux d’intérêt négatifs [3] !

Dans un contexte où 272 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans une insécurité alimentaire aiguë d’ici la fin de l’année (soit le double des premières prévisions réalisées pour l’année 2019), il est temps de responsabiliser les banques en les obligeant à prendre leur juste part dans les allègements de dettes. Pour certains pays africains, plus de 40 % de leur budget est consacré au paiement de la dette au lieu de servir à financer des dépenses publiques essentielles comme la santé.

La Belgique a les moyens d’agir pour obliger les créanciers privés à participer aux allègements de dette. Rappelons qu’en juillet 2015, la Belgique adoptait une des législations les plus progressistes dans le monde contre les fonds vautours [4]. Dans le même sens, il est possible, et nécessaire d’adopter aujourd’hui une loi pour obliger les institutions financières actives en Belgique à plus de transparence et à participer aux efforts collectifs d’allègements de la dette. Ceci afin que la dette ne fasse pas plonger les populations du Sud dans davantage d’inégalités et de pauvreté. Dans les prochains mois, Entraide et Fraternité travaillera avec ses alliés de la société civile, des parlementaires et des avocat·e·s à l’élaboration d’une loi pour obliger le secteur privé à prendre sa juste part dans les allègements de dette. À cette fin, des réunions avec des avocat·e·s et les cabinets de la ministre de la Coopération au développement et du ministre des Finances sont également prévues. Car comme l’a déclaré la ministre de la Coopération au développement à propos des banques privées : « il ne suffit pas de leur demander gentiment de participer à des initiatives structurelles d’allègement de la dette ». Nous encouragerons également les citoyen·ne·s à interpeller directement les directions des banques, en leur fournissant des modèles de courriers à envoyer.

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Détenteurs d’obligations pour la sélection des institutions financières et des 93 pays
En millions USD.
Source : Refinitiv (Mars 2021), Bond issuances

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C’est pourquoi nous vous invitons à signer et à nous renvoyer la carte-pétition.
Vous pouvez signer la pétition en ligne sur annulerladette.be



[2En 2020, la BNP et la KBC ont réalisé respectivement un bénéfice de 7 milliards d’euros et de 1,44 milliard d’euros. Pour la Deutsche Bank, ce chiffre est de 624 millions d’euros, pour Degroof Petercam, il est de 40 millions d’euros et pour Ackermans Van Haaren : 229,8 millions d’euros.

[3Ce taux est actuellement de -1 %. Par conséquent, lorsque ces banques empruntent 100 millions d’euros à la BCE, elles obtiennent 1 million d’euros gratuitement (qu’elles ne devront donc pas rembourser).

[4Les fonds vautours tirent leur nom de leur mode opératoire qui consiste à racheter à bas prix des créances sur des États en difficulté financière. Ils refusent systématiquement de participer aux restructurations de dettes, attendent patiemment que l’État se rétablisse financièrement, puis lancent des procédures judiciaires à leur encontre pour obtenir le paiement intégral de leurs créances. Leur taux de rendement est situé
entre 300 et 2000 %.



Tags : Dette

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