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15 janvier 2019  Actualités

Mgr Camara sera sans doute béatifié en 2020

Après Mgr Romero, l’archevêque brésilien Helder Camara devrait lui aussi être béatifié par le pape François qui s’inscrit dans la lignée de ces personnalités sud-américaines de l’Eglise ayant pris le parti des pauvres.

Peu de prélats ont eu autant d’influence sur la société des années 60-70 que dom Helder Camara (1909-1999). Pour des organisations comme Entraide et Fraternité, Mgr Camara fait même partie des influences décisives et des personnalités de référence. Il est spécialement connu chez nous de par la vitalité du Collège de l’Amérique latine de Louvain à cette époque et du fait qu’il a été fait docteur honoris cause de l’Université catholique de Louvain en 1970.
Même s’il n’en est officiellement pas l’« inventeur » (c’est le prêtre péruvien Gustavo Gutierrez qui utilisa l’expression pour la première fois en 1968) de la théologie de la libération, dom Helder Camara est sans doute l’incarnation de ce mouvement social porté par nombre de prêtres sud-américains à l’époque des régimes populistes et dictatoriaux (Argentine, Brésil…).
D’abord proche des milieux d’extrême droite et de la dictature, il connaîtra, un peu comme Mgr Romero, fraîchement béatifié, au Salvador, un déclic en comprenant le sort fait aux plus démunis et à leurs soutiens. Proche du futur Paul VI, il participera ensuite très activement à Vatican II. Devenu évêque en 1952, il sera un des tenants de l’« option préférentielle pour les pauvres », ce qui ne plaira pas du tout aux dictatures et à une partie de la hiérarchie de l’Eglise qui le qualifient d’ « évêque des bidonvilles et des pauvres ». Pire, les prêtres engagés aux côtés des plus démunis se verront taxés de « communistes », ce à quoi Camara répondait d’une formule imparable : « Quand je donne à manger aux pauvres, je suis un saint ; quand je demande pourquoi ils n’ont pas à manger, je suis un communiste. »
Mais, pour André Gailly, ancien secrétaire général d’Entraide et Fraternité dans les années 70, « l’aspect central de son influence sur des associations comme la nôtre tenait dans la remise en question des pratiques chez nous de la part des partenaires du Sud. C’était une grande partie du travail d’Entraide et Fraternité que cette interpellation du Nord formulée par le Sud. »
La première phase (phase diocésaine) de l’enquête en béatification menée par son successeur comme archevêque d’Olinda et de Recife, Mgr Saburido, a été bouclée en décembre dernier. C’est désormais la Congrégation des saints, à Rome, qui est à la barre. Elle devra attribuer au moins un miracle à Camara qui pourrait alors être béatifié en 2020 dans son diocèse d’origine, comme le veut la nouvelle doctrine pontificale. Le tour pris par la politique de certains pays d’Amérique du Sud et tout particulièrement le Brésil de Bolsonaro fait résonner bizarrement l’œuvre de Camara 40 ans plus tard.





Tags : Église Brésil

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