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4 mars 2021  Actualités

Haïti : sécurité alimentaire menacée

La sécurité alimentaire de toute une population menacée par une politique libérale autoritaire en Haïti.

Depuis plusieurs années, nos partenaires haïtiens se mobilisent pour un accès et une gestion écoresponsable et juste des ressources naturelles du pays.

S’il est vrai que l’agriculture est un potentiel important de développement pour Haïti, qui constitue la principale activité économique [1] et la principale source d’emploi et de subsistance des familles, ce potentiel se trouve bradé par la politique libérale autoritaire du gouvernement en place.

Alors, que le président Jovenel Moïse avait promis de « mettre de l’argent dans les poches des petits paysans et de la nourriture dans leurs assiettes », ce dernier, a décidé de manière autoritaire, alors que son mandat de président a expiré le 7 février, d’implanter une nouvelle zone franche agro-industrielle d’exportation, dans la zone de Savane Diane. La zone de Savane Diane couvre un territoire traversant trois des plus grands départements agricoles du pays, le Nord, le Centre et l’Artibonite et s’étend sur environ 25.000 hectares [2] et on y produit toutes sortes d’aliments.

Un potentiel agricole bradé au profit d’une poignée de privilégiés

Une zone franche d’exportation est un périmètre géographique spécifique destiné à l’industrialisation à des fins d’exportation, bénéficiant de certains avantages fiscaux. Il s’agit d’un espace du territoire d’un État national où la législation douanière est appliquée soit de manière différentiée soit n’est pas du tout appliquée. Ce sont donc, des enclaves économiques, avec des financements étrangers, qui se tournent totalement vers l’extérieur.

Classée, en 2018 par le ministre de l’Agriculture, parmi les cinq domaines prioritaires garantissant l’autosuffisance alimentaire du pays, cette zone agricole riche de diversité, de ressources en eaux, d’activités agricoles et de savoir-faire locaux, vient donc d’être sacrifiée pour l’intérêt d’un petit nombre de privilégiés et de multinationales au détriment des familles paysannes qui exploitent ces terres depuis des générations.

Cette décision n’est malheureusement pas un cas isolé en Haïti.

Depuis 2011, et dans le cadre du Plan Stratégique pour le Développement d’Haïti (PSDH), l’Etat haïtien s’adonne à travers le pays à des accaparements violents de terres occupées par les paysannes et paysans, dans le cadre de la mise en place de monocultures d’exportation, de zones franches industrielles, des explorations minières au profit des entreprises transnationales. Cette stratégie de « développement » est en train de détruire la base de l’économie paysanne et avec elle, l’environnement, que ces derniers contribuent à maintenir et à protéger à travers des pratiques agricoles traditionnelles.

« Déclarer Savane Diane zone franche revient à détruire l’environnement, détruire l’agriculture, détruire le bétail et en même temps, condamner les agricultrices et agriculteurs à aller travailler dans des usines, notamment l’usine de stévia en prévision pour alimenter Coca Cola, pour un salaire de misère, sans aucune contrepartie sociale. » -déclare la SOFA - Solidarité des Femmes Haïtiennes (organisation haïtienne partenaire d’Entraide et Fraternité) dans son communiqué du 26 février 2021.

Cette logique de développement agricole, oblige les travailleur·euse·s à produire ce qu’ils/elles ne consomment pas et à consommer ce qu’ils/elles ne produisent pas. Et ceci, alors même qu’un an auparavant, la FAO (Organisation de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation) classait Haïti comme un pays en insécurité alimentaire urgente.

Le décret présidentiel marque l’expropriation de la SOFA de ses terres et l’affaiblissement de la société civile haïtienne

Une partie des terres visées par ce projet de zone franche appartient pourtant à l’organisation de femmes paysannes, la SOFA.
En effet, 13 hectares de terres ont été concédés en 2017, à la SOFA, par l’État haïtien, à travers le ministère de l’Agriculture (MARNDR) et l’Institut National de Formation Professionnelle (INARA), après plus de deux ans de plaidoyer et de négociations avec le ministère de l’Agriculture.

Après avoir incité la SOFA à négocier avec l’homme d’affaires haïtien André Apaid, plutôt que de faire respecter les lois, l’Etat avec ce décret, enfonce un clou déjà planté par Apaid en juin 2020, qui fait pression de manière violente sur les paysannes de la SOFA .Voilà qu’après plusieurs mois de pressions et d’impunités pour les commanditaires de ces attaques, les droits de la société civile haïtienne et avec eux les droits des paysans·ne·s sont une fois de plus bafoués par les autorités politiques en place, contribuant ainsi au processus d’affaiblissement de la société civile haïtienne.

Outre l’impact direct pour la population locale, pour la société civile, active dans cette zone et les organisations paysannes, cette décision est une entrave à « la possibilité du pays de pourvoir à l’alimentation des citoyennes et des citoyens. »

Combien de citoyen·ne·s haïtien·ne·s seront cette fois sacrifié·e·s pour enrichir une poignée de personnes haut placées ?

Laurie Khorchi

Chargée de partenariat pour Madagascar, Haïti et Brésil



[1L’agriculture contribue environ à 20% du PIB du pays

[2D’après le Comité d’Interministériel de l’Aménagement du Territoire (CIAT)



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