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7 mai 2020  Actualités

RD Congo

L’impact du coronavirus sur la sécurité alimentaire au Sud-Kivu

Selon les statistiques publiées actuellement, la RD Congo a déjà enregistré autour de 682 cas contaminés dont 34 décès et 80 personnes guéries. Dans la province du Sud-Kivu, où œuvrent nos partenaires, les autorités sanitaires ont enregistré 3 cas dont 2 guéris. Si ces chiffres sont ceux communiqués officiellement par l’Etat, il est difficile d’évaluer la situation réelle de l’évolution du virus.

Le Président de la RD Congo, Félix Tshisekedi, a pris des mesures drastiques pour endiguer la propagation de la pandémie, à savoir : le port de masque obligatoire, la distanciation sociale, le lavage régulier des mains à l’eau chloré ou avec du savon la fermeture des écoles, universités, bars, églises, la suspension jusqu’à nouvel ordre des vols en provenance des pays à risque et des pays de transit hormis les avions et les navires cargos et autres moyens de transport fret, l’interdiction de tout rassemblement, réunion et célébration de plus de 20 personnes dans les lieux publics en dehors du domicile familial, réduction des nombres des passagers selon le type de véhicule, confinement et semi-confinement, et enfin la fermeture des frontières. Tout ceci a un fort impact sur la sécurité alimentaire, et tout particulièrement sur celle des femmes et filles.

Dans la Province du Sud-Kivu et plus particulièrement dans les territoires de Kabare, Kalehe, Idjihi, Walungu, Mwenga, Uvira et Fizi, les femmes et filles sont les plus durement touchées. La majorité d’entre elles œuvrent dans le secteur informel et sont considérées comme des personnes à faibles revenus avec un emploi précaire.

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Dans la Province du Sud-Kivu, les femmes et filles sont les plus durement touchées

L’impact du Covid-19 sur le secteur alimentaire

Commerces et marchés locaux

La suspension des mouvements des personnes entre les villes de Goma et Bukavu a eu un impact considérable sur l’activité économique des deux villes et plus particulièrement sur le commerce des produits alimentaires.

Même si les gouverneurs des deux provinces (Nord et Sud-Kivu) ont pris la décision d’autoriser la circulation des marchandises, cela n’a pas empêché le ralentissement du commerce voire l’affaiblissement des échanges des produits. Les conséquences se font sentir sur les marchés de Bukavu. Certains produits alimentaires consommés au Sud-Kivu sont produit au Nord-Kivu, par exemple la pomme de terre, le haricot et quelque fois le maïs, car le Nord-Kivu avec son sol volcanique, est un bassin de grande production de ces aliments. Les prix de produits ont augmenté considérablement : 1 kilo de pommes de terre vendu à 600 francs congolais avant la crise est passé à 1000fc, 1 kilo de haricots est passé de 1000fc à 1800fc.

La production locale de ces produits cités est très faible et elle ne peut couvrir les besoins alimentaires de toute la population.

Les petits commerçants, généralement des femmes qui étalaient les produits le long des routes et dans les coins des quartiers ou dans les petits marchés ne peuvent plus exercer convenablement leur métier suite au circuit d’approvisionnement moins accessible et à la rareté des produits.

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Les conséquences dans le circuit d’approvisionnement se traduisent en rareté et en hausse des prix.

Les chaînes d’approvisionnement transfrontalières

La province du Sud-Kivu comble son déficit alimentaire par des importations de produits en provenance du Nord-Kivu (pomme de terre, haricot, maïs), et de pays voisins tel que le Rwanda (viande, lait, tomate, œufs, manioc) et le Burundi (œuf, poules).

Le circuit d’approvisionnement frontalier des denrées alimentaires est géré par des femmes à petit revenu qui traversent chaque jour la frontière pour s’approvisionner dans le pays voisin et vice versa.

À l’heure actuelle, ces femmes qui exercent individuellement ne peuvent plus traverser les frontières. Les camions des marchandises peuvent se rendre à la frontière, mais dans le contexte de restrictions des mouvements des personnes et face à un secteur non organisé en coopératives de vendeurs, les conséquences dans le circuit d’approvisionnement se traduisent en rareté et en hausse des prix des ces biens.

Les coopératives agricoles

En République Démocratique du Congo, l’activité informelle occupe plus de 70% de la population active. Parmi les acteurs de l’activité informelle figurent les femmes membres des coopératives agricoles, et autres détenteurs d’activités génératrices de revenus (les jeunes) notamment dans le petit commerce. Ce sont en majorité ces catégories de personnes qui sont frappées par les mesures de restriction des mouvements des personnes. La décision prise par les autorités de barrer les routes vers la ville de Bukavu pour éviter la propagation de la maladie a entraîné une grande incidence négative sur leurs activités et a renforcé la vulnérabilité sur le plan socio-économique de ces femmes, jeunes filles et garçons.

Cependant, il faut noter que l’activité agricole a continué : les coopératives agricoles de l’asbl APEF ont entamé les activités de la campagne agricole B 2020. Les récoltes devront commencer pour certains produits (haricot, maïs, etc.) au mois de mai et juin.

Au-delà de la pandémie mondiale, point sur la situation au Sud-Kivu

Les Congolaises et Congolais de l’Est font face à deux épidémies sanitaires (Ebola et le Covid-19) et l’impact des guerres à répétition et conflits d’ordre ethnique et politique est encore visible dans la région. Les hommes, les femmes et les enfants sont affectés de manières différentes par le traumatisme lié à ces guerres, les violences basées sur le genre, la détérioration du tissu économique et le faible accès des femmes et filles aux ressources économiques.

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Les catastrophes naturelles n’épargnent pas non plus la région. Le 17 avril 2020, la ville d’Uvira a été inondée par des pluies torrentielles. Ces pluies ont causé le déversement des eaux venues des moyens plateaux et la montée du Lac Tanganyika. Le bilan (provisoire) communiqué par les autorités locales faisait état de nombreux dégâts humains et matériels ci-dessous :

  • Plus de 50 victimes
  • Plus ou moins 20000 maisons ont été inondées, détruites et/ou emportées par les eaux
  • Plus de 80000 personnes sont sans abris, une crise humanitaire crée par la catastrophe naturelle
  • L’usine de traitement de l’eau et toutes les conduites d’eau sont endommagées, l’accès à l’eau potable devient un sérieux problème, le risque des épidémies comme le choléra sera difficile à éviter
  • Plusieurs ponts reliant Uvira et Bukavu ont été emportés (pont Kavimvira, pont Kiliba, Pont Sange, Pont Mulongwe). La circulation est coupée.

Dans ce contexte, le risque de propagation du Covid-19 est encore plus élevé car il est difficile voire impossible pour la population d’observer les mesures barrières.

Article rédigé par Clément Bisimwa (coordonniteur pays d’Entraide et Fraternité), Nunu Salufa (coordinatrice APEF), et Philippine Cartier le 30 avril 2020.




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