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Sens et foi   12 novembre 2020

L’annulation de la dette du sud et l’Église : une histoire toujours actuelle

En plein confinement, le pape François appelait à soulager les pays pauvres d’une dette qui entrave l’accès des populations aux droits humains, particulièrement en cette période de pandémie où des millions de personnes sont privées de leur source de revenus.

« … que tous les États se mettent en condition d’affronter les besoins majeurs du moment, en réduisant, si non carrément en remettant, la dette qui pèse sur les budgets des États les plus pauvres. »

Dans « Fratelli Tutti », encyclique publiée le 4 octobre 2020, le Pape renchérissait en appelant à plus de justice dans les relations internationales. Et cette justice « implique que soit garanti le droit fondamental des peuples à leur subsistance et à leur progrès, qui est parfois gravement entravé par la pression exercée par la dette extérieure. Le service de la dette, dans bien des cas, non seulement ne favorise pas le développement mais le limite et le conditionne fortement. Restant ferme le principe selon lequel toute dette légitimement contractée est à payer, la manière dont de nombreux pays pauvres l’honorent envers les pays riches ne doit pas en arriver à compromettre leur survie et leur croissance. » [1]

En ce même mois d’octobre 2020, les évêques de Belgique, à l’initiative notamment d’Entraide et Fraternité, en appelaient eux aussi à réduire ou remettre la dette des pays du sud : « Sans une remise de la dette, le risque est grand pour les pays en voie de développement de ne pas pouvoir disposer des moyens dont ils ont désespérément besoin de toute urgence pour enrayer définitivement la contagion, pour bien soigner les personnes contaminées, et pour atténuer les conséquences économiques et sociales, des dégâts provoqués par le virus, et y parer » [2] .Rappelons-nous aussi qu’en 1999-2000, la campagne internationale « Jubilé 2000 » demandait l’annulation de cette dette.

Pourquoi l’Église insiste-t-elle tant sur la réduction ou l’annulation de la dette ? Est-ce bien là son rôle ? N’est-ce pas plutôt une question de politique internationale ?

Le jubilé de la dette : une tradition ancrée dans l’histoire des croyants

Le nom Jubilé vient de l’hébreu « Yobel », qui évoque une corne de chèvre utilisée comme trompette. Tous les cinquante ans, le son de cette trompette proclamait pour Israël le début de l’année du Jubilé (Lévitique 25, 10), qui permettait à chacun de rentrer en possession de ses terres et de regagner sa famille. Cette loi empêchait la marginalisation des plus pauvres et la concentration des richesses dans les mains de quelques-uns. Cette pratique rappelait que l’homme n’est pas propriétaire de la terre, mais qu’elle lui est confiée par Dieu (Lévitique 25, 23-24) [3].

Le jubilé se célèbre dans la Bible tous les cinquante ans et remonte vraisemblablement à une très haute antiquité. Il vise à rétablir une justice sociale éprouvée par le temps [4].

Le principe d’annulation des dettes trouve aussi un fondement dans l’enseignement social de l’Église, surtout depuis le concile Vatican II : « Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité » (Gaudium et Spes, GS 69, 1)

Des dettes injustes et meurtrières

C’est sur ces principes d’équité et de justice que l’aspect profondément injuste de la dette peut être dénoncé. Le fardeau de la dette porté par les populations du sud atteint en profondeur leur bien-être individuel et collectif et en fait des otages involontaires d’enjeux financiers sur lesquels ils n’ont aucune maîtrise. Dans ce sens, on peut dire qu’à cause du poids de la dette, les biens de ce monde ne profitent pas à tous et que de nombreuses personnes et peuples ne voient pas respectés leurs droits fondamentaux.

Mais le Pape ne dit-il pas, dans « Fratelli Tutti », que « toute dette légitimement contractée est à payer » ? Les dettes des pays du Sud sont-elles légitimes ? Elles ont été contractées par des pouvoirs en place, souvent contre l’intérêt des populations, et ce parfois même avec la complicité des prêteurs comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Certaines dettes ont même été contractées en violant le droit international et sont donc illégales. Il y a aussi des dettes dites ‘odieuses’. Le cas d’Haïti est particulièrement parlant : en 1804, Haïti est le premier pays colonisé à accéder à son indépendance. La France, en compensation des pertes de revenus de son système esclavagiste et des milliers de plantations de canne à sucre et de café détruites, exige de son ex-colonie le paiement de 150 millions de francs or (soit l’équivalent du budget annuel de la France à l’époque). Et voilà Haïti lourdement endetté sans avoir contracté aucun emprunt.

Même si certaines dettes peuvent être considérées légitimes, le capital de la dette a déjà été remboursé largement. Ce sont essentiellement les intérêts et les nouveaux prêts contractés pour rembourser ces intérêts qui étranglent aujourd’hui bon nombre de pays, les entraînant dans une spirale de surendettement que seule l’annulation pourrait arrêter. La dette apparaît ainsi comme un instrument de domination des pays riches sur les pays pauvres - une autre forme de colonialisme.

Quoi qu’il en soit, à partir du moment où un pays comme la RD Congo consacre chaque année plus d’argent à rembourser sa dette qu’à l’éducation et à la santé réunies, le service de la dette entrave le respect des droits humains des populations des pays endettés. Le souci de l’égale dignité de tout être humain doit primer sur les intérêts des créanciers – pays riches, banques ou institutions financières internationales.

Annuler les dettes du Sud c’est, de plus, « écouter la clameur de la terre autant que celles des pauvres », comme nous y invitait en 2015 le pape François dans Laudato si’ !. En effet, pour rembourser les intérêts de leur dette, les pays du sud sont contraints de pratiquer une agriculture industrielle destinée à l’exportation et d’exploiter à outrance leurs ressources naturelles. Ce faisant, ils détruisent les écosystèmes et exploitent des hommes, des femmes et des enfants. En RD Congo, le travail des enfants dans les mines de coltan [5] en est un terrible exemple.

En ce Carême de partage 2021, le 60e proposé par Entraide et Fraternité, unissons nos voix à celles du Pape et de nos évêques pour, au Congo comme ailleurs, briser les chaînes d’une dette meurtrière et illégitime et ainsi libérer les populations du sud de ce fardeau injuste.





Tags : Dette Église

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