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17 octobre 2022  Actualités

Grands Lacs

L’agroécologie pilier de la transition

L’agriculture des Grands Lacs au révélateur de la guerre en Ukraine

APTES. Un acronyme qui désigne « L’agroécologie pilier de la transition écologique et sociale ». Telle est la dénomination exacte du programme 2022-2026 d’Entraide et Fraternité. A l’occasion de son lancement, les trois coordinateurs du programme d’Entraide et Fraternité en Afrique des Grands Lacs (RD Congo, Burundi, Rwanda) étaient tout récemment de passage à Bruxelles.

Même si l’actualité régionale a de quoi inquiéter (la présidentielle congolaise de 2023 semble déjà en danger, une flambée de violence menace l’ensemble de la RDC, à l’ouest comme à l’est, où le Congo accuse le Rwanda de soutenir les groupes armés), c’est, une fois n’est pas coutume, un conflit européen qui trouble les communautés locales. Sans le savoir peut-être, celles-ci sont victimes de l’attaque russe sur l’Ukraine à une époque où les multiples crises (crises sanitaire, climatique, énergétique, politique, sociale) se superposent et s’enchevêtrent.

Grenier à céréales de l’Europe depuis des décennies, la Russie et l’Ukraine représentent 30% des exportations mondiales de blé et l’Afrique est une de leurs principales destinations, une destination longtemps empêchée par le blocus russe sur la mer Noire. Par un raccourci saisissant, cette situation a donné plus d’acuité encore au choix de présenter l’agroécologie comme une alternative résiliente permettant de renforcer la sécurité alimentaire des ménages, de leur générer des revenus et d’impliquer les femmes et les jeunes.

« Cette succession de crises, le Covid, l’Ukraine, a effectivement des conséquences directes, et non indirectes, sur notre population », analyse Clément Bisimwa, coordinateur pour la RDC (où les partenaires d’Entraide et Fraternité sont actifs dans le Sud-Kivu). « Les restrictions de déplacements causés par le Covid ont affecté durablement le travail des paysans que nous accompagnons : les paysans ne pouvaient plus se regrouper pour produire de manière communautaire ni aller en ville vendre leur production. Quant à l’Ukraine, a priori, on pensait qu’elle n’aurait pas d’impact sur nous mais elle a fini par nous rattraper. Les effets ont été très visibles en raison des approvisionnements en intrants agricoles (engrais, pesticides) qui viennent majoritairement d’Ukraine. Notre pays importe pour plusieurs milliards de dollars chaque année, dont une part importante de blé. La sécurité alimentaire de la population est donc très impactée. »

« Une opportunité de se réinventer »

Directeur de l’association ACORD Rwanda, François Munyentwari n’hésite pas à y voir une chance d’accélérer la transition dans un pays tout entier tourné vers l’agrobusiness. « La crise sanitaire et la guerre d’Ukraine se transforment, au fond, en opportunités de changement, de remise en cause, pour nous aider à réfléchir. Effectivement, la politique nationale favorise l’exportation or nous avons vu que les gens qui, dans une logique d’agriculture extensive, faisaient de la monoculture comme l’encourage l’industrie, par exemple uniquement du maïs, ont rencontré bien plus de difficultés que les agriculteurs qui exploitaient des petites parcelles de légumes de manière agroécologique : eux ont survécu sans problème, ce qui est très positif sur le plan de la sécurité et de la souveraineté alimentaires. Notre programme s’adresse tant aux agriculteurs, avec l’objectif de s’autosuffire, qu’aux consommateurs et aux politiques afin de créer un cadre favorable à la promotion de l’agroécologie. La guerre a renforcé ce constat : le Rwanda importe 60% du blé et des intrants chimiques, tout s’est arrêté et les coûts ont doublé. Le gouvernement a donc subsidié le prix des intrants mais, encore une fois, le petit producteur qui utilise ses semences a été épargné. Là, on est en train de chercher des alternatives pour le blé ukrainien : nous avons du maïs, du manioc, du sorgho, on peut produire de la farine au niveau local. »

La réalité du Burundi est encore différente. Lui a été coupé du monde jusqu’il y a peu : ce n’est effectivement qu’en début d’année que l’Union européenne a levé les sanctions imposées au pays depuis 2015. A l’époque, le président Nkurunziza avait décidé de se représenter pour troisième mandat illégal, ce qui avait provoqué de graves violences. Ce qui fait dire à Prosper Masumbuko, coordinateur des partenariats d’Entraide et Fraternité au Burundi, que les problèmes avaient commencé bien avant les derniers mois : « Depuis 2015, l’inflation est endémique chez nous. Elle dépasse les 15% depuis des années. Depuis les sanctions de l’Union européenne suite à la crise politique de 2015, le pays s’est replié, les prix ont flambé suite à la pénurie de devises puis d’importations. Les biens de première nécessité comme les intrants agricoles ne sont plus arrivés. Nous aussi y avons vu une opportunité puisque nous essayons d’organiser les populations pour que, du champ à l’assiette, elles maîtrisent tout le circuit. Depuis 2021, nous sommes aussi confrontés à une pénurie d’essence qui rend les longs déplacements quasiment impossibles. Et qui qui impacte le petit producteur en tant que maillon le plus faible de la chaîne. Les petits agriculteurs n’ont pas de camions pour transporter leur production, on pourrait donc penser que le prix des carburants n’a pas d’impact pour eux. Pourtant, le carburant est un produit stratégique. Les transporteurs, confrontés à la flambée des prix, répercutent les coûts en achetant la production agricole qu’ils transportent en ville à un prix nettement inférieur. »

Même très éloignée des pays du Sud, l’actualité ne cesse de solliciter les capacités de résilience des communautés locales…





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