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Echos des activités   9 avril 2019

Dire nous

Une après-midi pour « dire nous » à Verviers, avec Doreen

Aux Philippines, le « street art », ou art urbain, et plus précisément l’art pictural, est un moyen d’expression très prisé par les jeunes. Dans un pays où dire tout haut son attachement aux droits humains, à la liberté, à la souveraineté alimentaire peut vous mettre en danger de mort, peindre sur les murs (de nuit, souvent, par précaution) permet de faire passer des messages malgré tout.

Sachant cela, il a semblé évident aux coordinateurs liégeois d’Entraide et Fraternité et de Vivre Ensemble de tracer un trait d’union entre Mindanao et Verviers, autour de la peinture murale urbaine.

Une vingtaine de personnes issues de maisons de jeunes, de la JOC, de La Voix des Sans Papiers et de volontaires de nos associations se sont retrouvées autour de Doreen ce mercredi 3 avril pour une balade commentée dans Verviers, centrée sur les magnifiques fresques réalisées par des artistes internationaux autour du livre « Dire nous », d’Edwy Plenel.

Du Terrain d’Aventures d’Hodimont à la Maison des jeunes des Récollets (toutes deux sont ou ont été partenaires d’Action Vivre Ensemble), le groupe a admiré les œuvres des professionnels qui embellissent la ville, mais aussi celles des citoyens. Dans la rue Spintay, devenue une rue fantôme suite à l’expropriation de tous ses habitants, il y a plus de 15 ans, par un promoteur rêvant d’un centre commercial, les citoyens (anciens habitants ou non) se sont réapproprié les façades en les décorant à leur façon. Une pause à La belle diversité, association qui s’est installée dans cette rue un peu particulière, nous a permis d’en savoir plus sur l’histoire de cette rue jadis débordante de commerces et de vie.

« Les mots seuls, sans les couleurs, ça ne marche pas, a commenté Doreen. Y mêler l’art et la nature, comme à la rue Spintay où des bacs à légumes trônent devant la fresque, c’est créer une approche holistique qui touche et sensibilise beaucoup mieux ».

À la Maison des jeunes d’Hodimont, nous avons surpris les jeunes en pleine séance de création picturale, peignant sur des pièces de dominos géantes leurs craintes et leurs espoirs. Doreen a partagé avec eux l’expérience des jeunes philippins qui font la même chose à l’autre bout du monde. Elle nous a aussi gratifiés d’une chanson militante composée par les jeunes. « Restons créatifs, a encouragé une animatrice de la MJ, et relions-nous à tout ce qui se fait ailleurs dans le monde, comme aujourd’hui ». « N’attendons pas qu’on nous interdise de le faire pour le faire », a ajouté Steph’ de la MJ des Récollets, qui nous a servi de guide durant cette balade.
De fresque en fresque, inspirés par les citations extraites du livre et peintes sur les murs, nous sommes arrivés à la Maison des Jeunes des Récollets, accueillis par une odeur de pain chaud (l’atelier de l’après-midi), le bruit du ping-pong et des conversations.

Alain Klein, volontaire d’Entraide et Fraternité à Verviers, a offert à chacun·e un billet de zéro Val’heureux, la monnaie citoyenne de la région liégeoise. Un symbole du pouvoir des citoyens quand ils se mettent ensemble pour imaginer encore et encore des manières de « dire nous ».

La dernière étape du parcours se situait au local de « La Voix des sans-papiers » (association également partenaire d’Action Vivre Ensemble), où nous attendaient des tartes et des boissons. Les sans-papiers ont expliqué comment ils se débrouillent au jour le jour pour vivre le moins mal possible et s’entraider.

Chacun·e a ensuite pu partager ses impressions au terme de ce parcours. Les uns ont découvert le passé textile de Verviers, d’autres se sont étonnés qu’il faille la visite d’une personne du bout du monde pour qu’ils s’arrêtent devant ces fresques, en découvrent la genèse, alors qu’ils passent devant tous les jours sans se poser de questions. Un autre encore en ressort avec une impression paradoxale : d’un côté, la pauvreté est très présente à Verviers (près de 50% de la population dans certains quartiers) et il y a trop peu de choses proposées aux jeunes. De l’autre, ce que nous avons vu, ces jeunes qui se veulent porteurs de parole et qui sont actifs dans les maisons des jeunes, ce sont des lueurs d’espoir.

De l’admiration a aussi été exprimée pour Doreen, qui se bat dans un contexte difficile et dangereux, en tant que volontaire de son association, au péril de sa vie. « Et pourquoi ne pourrions-nous pas nous exprimer et lutter nous aussi, puisque nous avons plus de liberté ? ».

Richesse des échanges, de la diversité du parcours, des participants et des rencontres… une rencontre nord-sud inspirante et certainement motivante !





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