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31 mai 2021  Actualités

Covid-19 en Amérique latine : la société agonise

L’Amérique latine est, depuis de nombreux mois, l’épicentre de la pandémie de Covid-19. Une pandémie qui génère un chaos sanitaire mais aussi politique, économique et social. Focus sur le Brésil et le Pérou où le virus se répand de manière incontrôlable depuis le début de l’année, déstabilisant toute la société.

Brésil

Deuxième pays au monde le plus endeuillé par la pandémie, le nombre de décès liés à la Covid-19 au Brésil a tragiquement doublé en l’espace de quelques semaines, atteignant plus de 415.000 morts au début du mois de mai.
Une tragédie sans précédent générée par une gestion catastrophique du président d’extrême droite, Jair Bolsonaro. Ce dernier a systématiquement minimisé les risques du coronavirus et s’est opposé à toute réponse coordonnée du pays.

Une politique meurtrière intentionnelle

L’ancien président brésilien Lula da Silva, à nouveau éligible pour les élections présidentielles de 2022, a récemment accusé Bolsonaro du « plus gros génocide » de l’histoire du Brésil. Une accusation déjà portée en 2020 par le frère dominicain Frei Betto, grand intellectuel et symbole de la lutte contre la dictature militaire au Brésil.

Dans un pays où les inégalités sont abyssales, la pandémie frappe de manière disproportionnée les communautés marginalisées et pauvres (personnes noires, indigènes, quilombas, etc.) et ce, sans aucune réaction du gouvernement. Jair Bolsonaro a même opposé son veto présidentiel à la fourniture de matériel d’hygiène et d’assistance médicale dans les territoires de ces communautés.

Bolsonaro profite en réalité du chaos provoqué par la pandémie pour notamment favoriser l’accaparement des terres de ces communautés afin d’y implanter des projets d’agrobusiness et d’exploitation minière. Le rapport 2020 de la Commission Pastorale de la Terre (CPT) est alarmant : augmentation de 1.880 % du nombre d’invasions illégales de territoires principalement indigènes et quilombas. 55.821 familles en sont victimes. Celles et ceux qui ne décèdent pas du coronavirus
et osent s’y opposer sont assassiné·e·s, comme Enio Pasqualin, dirigeant du Mouvement des Sans-Terre du Paraná, exécuté par balles le 24 octobre.

Vers un soulèvement populaire ?

Face à cette gestion de la pandémie, l’ancien président brésilien Lula da Silva a incité le peuple à se soulever : « Pendant un an, il n’a pas pris ce virus au sérieux et nous
a raconté des mensonges. Il est de notre responsabilité, à nous, Brésilien·ne·s, d’arrêter cet homme et de restaurer la démocratie dans le pays. »

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Source : CCFD-France


Une condamnation partagée par la Conférence nationale des évêques du Brésil le 16 avril, qui s’inquiète d’un retour de la dictature au Brésil
 : « Les discours et attitudes niant la réalité de la pandémie, exprimant un dédain pour la santé et les mesures de sécurité, et menaçant l’État de droit, sont inacceptables. »

Est-on arrivé à un point de rupture ? La Cour suprême brésilienne a approuvé mi-avril la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire dont l’objectif sera d’analyser la gestion de la crise par le gouvernement Bolsonaro. Le soutien de la population brésilienne semble en outre de plus en plus mince : 56 % des Brésilien·ne·s jugent mauvaise sa politique, selon un sondage PowerData/Band du 14 avril.

Le président choisit la faim pour son peuple

En priorisant l’agro-industrie - qui ne nourrit pas les Brésilien·nes et qui a des impacts socio-environnementaux désastreux -, Jair Bolsonaro a également posé les bases d’une profonde crise alimentaire que la pandémie de Covid-19 a exacerbée,
avec plus de la moitié de la population souffrant d’insécurité alimentaire. Une formidable mobilisation nationale pour le vote d’une loi d’appui d’urgence à l’agriculture familiale, indispensable afin de faire face à cette crise alimentaire, a été organisée en réponse par des centaines de mouvements populaires et paysans, dont la reconnue Commission Pastorale de la Terre (CPT), organisme lié à la Conférence nationale des évêques du Brésil. Cette loi a été approuvée par le Congrès national... mais le président Bolsonaro a opposé son veto, faisant le choix de la faim pour son peuple.

Pérou

Le Pérou est confronté depuis le début de l’année à une forte propagation du coronavirus, avec un mois d’avril qui s’est avéré le plus meurtrier depuis le début de la pandémie qui a déjà causé plus de 62.000 décès.

Selon le Ministère de la santé, qui compile également les morts « compatibles » avec la Covid-19, ce chiffre pourrait en réalité s’approcher du triple avec 164.600 décès. Le Pérou serait ainsi le pays à la surmortalité la plus élevée au monde, par rapport à sa population.

À ce tragique bilan s’ajoute l’effondrement de l’économie des suites des mesures de confinement strictes adoptées par les autorités afin d’enrayer la propagation de la Covid-19. Selon l’organisme officiel de statistiques du gouvernement péruvien, plus de deux millions et demi de Péruvien·ne·s auraient ainsi perdu leur emploi, provoquant une hausse considérable de la pauvreté.

Une situation qui a fait grimper en flèche l’insécurité alimentaire des Péruvien·ne·s. Afin d’y faire face, le gouvernement a lancé le programme « De la ferme à la casserole ». Celui-ci met en place à travers le pays des marchés itinérants, respectant tous les protocoles sanitaires, afin de faciliter l’accès des Péruviens à l’alimentation… provenant de l’agriculture familiale !

Il reste à espérer que le ou la prochain·e président·e, qui sera connu·e lors du second tour des élections présidentielles le 6 juin, poursuive dans cette voie et permette au pays de sortir de cette crise particulièrement meurtrière.

Un espoir mince selon la population dont la méfiance et le rejet de la classe politique n’ont jamais été aussi élevés. Le Pérou fait face à une des plus graves crises politiques du pays, trois présidents s’étant succédé en une semaine au mois de novembre 2020, sur fond de corruption généralisée.

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© ©C. Smets/La Boîte à images
Prévenir la violence envers les enfants, à Lima : une priorité pour Entraide et Fraternité et son partenaire local Kallpa.

L’action essentielle des partenaires d’Entraide et Fraternité

Une situation qui accentue la pertinence du programme en faveur des droits des enfants mené par Entraide et Fraternité en coopération avec des organisations
partenaires péruviennes : Kallpa et Chibolito.

Kallpa a jusqu’ici concentré ses actions sur l’accompagnement psychologique des familles pauvres vivant dans les bidonvilles de Lima afin de renforcer la prévention
de la violence envers les enfants.

Chibolito accueille, quant à elle, les enfants pauvres de Cajamarca au sein de leur local équipé du matériel informatique adéquat grâce au soutien d’Entraide et Fraternité afin qu’ils puissent suivre les cours à distance.

Les enfants pauvres, victimes collatérales de la pandémie

La frustration des parents dont la crise a dégradé des conditions de vie déjà précaires s’est malheureusement transformée en une augmentation considérable
des violences envers leur(s) enfant(s). La crise a également poussé les autorités à fermer les écoles et à miser sur les cours à distance. La majorité des ménages pauvres ne disposent cependant pas du matériel nécessaire afin de suivre les cours, faisant craindre l’apparition d’une génération perdue.





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