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15 avril 2020  Actualités

Coronavirus : le travail des radios locales en Haïti

Témoignage de Myrlande Joseph

Si le coronavirus continue de meurtrir la Belgique, il a dangereusement débuté son avancée dans les pays du Sud.

Depuis l’annonce de sa présence en Haïti le 19 mars dernier, le coronavirus a déjà fait trois victimes parmi les 40 cas officiellement recensés. Face à cette situation, les autorités ont annoncé des mesures comme le confinement, la distanciation sociale et le respect des principes d’hygiène de base.

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Myrlande Joseph est Directrice générale de la SAKS (Société d’animation et communication sociale) une institution qui, depuis 1992 travaille à l’implémentation et l’accompagnement des radios communautaires en Haïti. Myrlande aurait dû être présente en Belgique en mars dernier pour témoigner de son travail essentiel d’éducation populaire en Haïti. Le coronavirus en a décidé autrement. Elle raconte l’arrivée du virus sur l’île.


Des mesures de confinement difficiles voire impossibles à respecter

Une première difficulté rencontrée en Haïti est la situation socio-économique de la majorité de la population. En effet, nombreux sont les Haïtiens qui n’ont aujourd’hui pas accès aux services sociaux de base comme les soins de santé, ou l’accès à l’eau potable. La situation est vraiment grave, la population qui se trouve dans les bidonvilles n’a même pas accès à un logement décent, encore moins à l’électricité. À côté de tout cela, beaucoup d’Haïtiens sont contraints de vivre au jour le jour, et doivent sortir quotidiennement pour trouver de quoi nourrir leur famille, leurs enfants. Ces dernières années, le pouvoir d’achat de la population s’est considérablement réduit et c’est une situation qui empêche la population de respecter convenablement les annonces et décisions des autorités. La majorité de la population ne peut pas rester confinée. Certaines personnes vont jusqu’à dire qu’elles préfèrent mourir debout dans la rue que de rester confiner dans un coin et mourir de faim, et voir leur famille mourir de faim. Les autorités n’offrent actuellement pas une aide systématique et consistante pour soutenir ces familles qui doivent quand même vivre leur vie normalement.

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Avec l’arrivée du coronavirus, les habitants des bidonvilles sont encore davantage précarisés.
© C.Smets/La Boîte à Images

La parole des autorités mise en doute

À côté de cette situation socio-économique, il faut parler de l’image et de la perception que la population se fait des autorités. En 2019, les Haïtiens se sont mobilisés en masse contre la corruption en Haïti. De ce fait, les autorités sont aujourd’hui décrédibilisées aux yeux de la population. Cela va parfois très loin. Certaines personnes pensent que la question du coronavirus n’est qu’un nouveau stratagème des politiciens pour bénéficier d’aides financières sur le dos de la population. C’est une situation qui pèse lourd, les gens commencent à demander à ce que tout se fasse dans la transparence.

Le travail de la SAKS en période de confinement

Avant même l’annonce du premier cas en Haïti, la SAKS a commencé à diffuser des émissions sur le coronavirus qui était déjà une réalité dans les pays étrangers. Le lendemain de l’annonce de son arrivée dans notre pays, nous avons commencé à sensibiliser les gens sur les mesures à prendre pour éviter la propagation du virus. Pour ce faire, nous avons produit des émissions, des spots, des messages très courts à diffuser à travers une quarantaine de radios communautaires dans tous les départements du pays. Chaque semaine, nous abordons un aspect du problème. Nous avons d’abord parlé du Covid-19, et de ce qu’est une pandémie, comment se protéger, quels sont les signes de contamination, ce qu’on doit faire, etc. Ensuite, nous avons abordé la question de la solidarité parce qu’en Haïti nous avons un peuple qui a la solidarité dans l’âme. Nous avons fait face à une série de difficultés dans notre histoire, grâce à la solidarité. À SAKS on a réfléchi, c’est vrai qu’il y a la distanciation, il y a des précautions à prendre. Mais on ne veut pas que cette pandémie vienne modifier cette valeur de manière drastique. Maintenant nous sommes occupés à travailler sur la question de l’agriculture. Parce qu’une chose qu’on a ignoré, c’est l’agriculture.

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La production agricole est essentielle pour la survie des communautés.

Notre pays importe beaucoup des produits de première nécessité. Alors, maintenant que le monde est en difficulté et que les frontières sont fermées, le commerce n’est plus le même. Il faut, plus que jamais, penser à l’agriculture, et donner à l’agriculture toute son importance. Aujourd’hui nous sommes à 40 cas, mais si nous devons faire face à une crise plus grande, on ne pourra pas compter sur l’extérieur. Il faut compter sur notre agriculture. Cette agriculture qui a été démantelée, épuisée par les autorités. Une fois pour toute, il faut recentrer le débat sur la question de l’agriculture.

En outre, nous sommes en train de voir comment nous pouvons assurer la permanence des radios communautaires. C’est un peu difficile mais nous allons voir comment nous pouvons procéder. Les membres des radios communautaires travaillent de manière bénévole, et aujourd’hui la situation est difficile dans les communautés. Il faut voir comment on peut aider les radios communautaires à avoir une équipe, 2-3 personnes qui travaillent de manière permanente, durant les heures d’antenne, et aussi pour que la radio ait du carburant adéquat pour fonctionner pendant une certaine période de manière régulière.

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Malgré le coronavirus, la SAKS poursuit sa mission essentielle d’information.

Face à la crise, un seul mot d’ordre : solidarité !

Il est évident que la situation ne va pas s’arrêter là. Et c’est très probable qu’Haïti doive faire face à une crise qui ne sera pas de la même dimension que celle dans les autres pays qui ont des infrastructures. Si on prend en compte les nouvelles qui nous viennent, même les pays dits développés font difficilement face à cette crise. Et en Haïti, un pays dépourvu, dominé par l’exclusion, par la pauvreté, alors il sera très difficile pour nous d’y faire face. Je ne vois pas encore comment on va y faire face.
Nous aurions souhaité que la situation n’évolue pas, mais ce n’est pas le cas. Alors ce sur quoi nous pouvons compter, c’est cette solidarité en Haïti, mais également la solidarité au niveau international. Nous subissons encore les effets du tremblement de terre du 12 janvier, et du changement climatique… aujourd’hui, si on doit faire face à cette crise qui bouleverse le monde, cette crise qui bouleverse les pays développés, je ne sais pas comment on va y arriver en Haïti. La situation sera très difficile.





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