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BIMTT

Lutter pour le droit à l’alimentation et l’accès à la terre

Afin de lutter pour le droit à l’alimentation du peuple malgache, Entraide et Fraternité soutient un nouveau partenaire, le BIMTT. Jao Rajoelisolo, son coordinateur, nous explique dans cette interview l’action du BIMTT et les principaux défis auxquels son organisation doit faire face.

Juste Terre ! : Pouvez-vous nous présenter en quelques mots le BIMTT ?

Jao Rajoelisolo : Le Bureau de liaison des Institutions de Formation Rurale (BIMTT) coordonne plus de 120 associations rurales liées à l’Église chrétienne à Madagascar. Le BIMTT plaide pour le renforcement d’une agriculture familiale qui nourrit le peuple malgache. La mission initiale du BIMTT est de renforcer les capacités de ses membres dans la formation agricole des communautés paysannes afin que celles-ci puissent vivre dignement de leur activité. Cet appui se réalise au niveau des compétences techniques en agronomie mais également et surtout au niveau pédagogique (avec, par exemple, la production de fiches techniques utilisables directement par les paysans et paysannes).

Juste Terre ! : Quel est le plus grand défi rencontré par votre organisation ?

Le plus grand défi est le manque de terres pour les paysan·nes vu que la terre constitue leur seule source de revenus et de survie. En effet, l’État malgache favorise les investisseurs étrangers qui accaparent et utilisent la riche terre des Malgaches afin d’y développer l’agriculture industrielle qui, pourtant, ne permet pas de nourrir le pays. Ce sont des exploitations tournées vers l’exportation alors que le pays connaît des famines. Malheureusement, l’accaparement de terres à grande échelle va encore s’accroître, l’État prévoyant dans sa nouvelle stratégie d’affecter dans les dix prochaines années quatre millions d’hectares de terres aux grandes entreprises privées. Cette surface dépasse la totalité des terres cultivées par les paysan·nes malgaches sur l’ensemble de l’île. La volonté des dirigeants n’est donc pas de protéger le peuple malgache. Il est très facile pour les puissants de s’approprier les terres à Madagascar car seulement 15 % de celles-ci sont protégées juridiquement. La majorité des paysan·nes cultivent la terre depuis des générations mais n’ont pas connaissance des moyens pour la protéger ou bien n’ont pas les moyens de le faire. La procédure est compliquée, chère et la corruption affaiblit les protections. C’est pourquoi le BIMTT a fait de l’accès à la terre pour les paysan·nes une mission centrale depuis quelques années. Car quelle est la pertinence de former les paysan·nes si ils et elles n’ont pas de terre ?

Juste Terre ! : Comment le BIMTT répond-il à ce problème d’accès à la terre ?

Le BIMTT a mis en place un observatoire du foncier qui a pour objectif de promouvoir l’accès à la terre pour les paysan·nes malgaches. Ses missions sont multiples.

Une première mission est d’informer et former les paysan·nes sur leurs droits existants, mais aussi sur les faiblesses et problèmes du code juridique actuel afin de les amener à revendiquer davantage de droits. La deuxième mission est de mettre en réseau les paysan·nes, les aider à se structurer afin de renforcer leur lutte pour une vie plus digne. Une troisième mission consiste à accompagner les communautés paysannes pour qu’elles obtiennent un certificat foncier qui augmente la protection juridique face aux accaparements de terres. Enfin, une autre mission est la promotion, auprès des autorités, d’autres manières de gérer la terre, basées sur les expériences actuelles concluantes ainsi que celles issues du système qui était en place avant la colonisation du pays. Il me semble important de souligner que nous réalisons aussi un plaidoyer direct auprès des responsables des Églises à Madagascar. L’Église catholique, qui a beaucoup de poids dans notre pays, se doit, en effet, de protéger le peuple malgache.

Juste Terre ! : Avez-vous déjà subi des pressions des autorités ou des entreprises ?

De nombreux dirigeants sont liés aux problèmes d’accès à la terre pour le peuple malgache. C’est un sujet très sensible dans notre pays. Nous réalisons des reportages vidéo sur les problèmes fonciers qui sont diffusés sur la chaîne nationale malgache ainsi que sur notre site internet. Et nous sommes malheureusement souvent victimes de piratage, ce qui nous empêche de diffuser certaines enquêtes. Au BIMTT, nous savons que nous avons choisi une voie qui peut être risquée. Mais si on ne le fait pas, qui va le faire ?

Juste Terre ! : Les jeunes Belges peuvent-ils aider Madagascar ?

La seule mobilisation des Malgaches ne sera pas suffisante pour gagner la lutte. Le gouvernement malgache, comme dans beaucoup de pays africains, n’écoute que trop peu sa population. Le moyen de renforcer la pression est d’en faire une affaire internationale car Madagascar dépend en partie des financements étrangers. Seule, il sera difficile pour la population malgache de reprendre le contrôle de sa terre. J’appelle donc les jeunes en Belgique et à travers toute l’Europe à se mobiliser pour faire bouger leur gouvernement, ainsi que leur Église.





Tags : BIMTT Madagascar

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