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17 janvier 2022  Actualités

Brésil

Agro é Fogo lutte pour éteindre les feux de la déforestation

Mastodonte de la production agricole, le Brésil voit, d’année en année, ses terres de plus en plus pillées, accaparées, malmenées par un agrobusiness encouragé par le gouvernement brésilien.

Un système inéquitable qui laisse bien loin derrière des paysans et paysannes sans terre, menacés par la faim. Mais, dans ce triste paysage, la résilience est là. Les populations brésiliennes se lèvent, s’organisent, pour prendre la défense de leurs terres.

La Coalition brésilienne Agro é Fogo, partenaire d’Entraide et Fraternité depuis 2021, soutient des mouvements sociaux et des organisations qui œuvrent, depuis des décennies, pour défendre les régions de l’Amazonie, du Cerrado et du Pantanal. Un travail de titan pour faire entendre les voix de celles et ceux qui nourrissent les populations tout en prenant soin de la terre.


Lutter contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle nécessite de rompre avec le schéma hégémonique de l’agro-industrie, d’établir une nouvelle référence de production et de consommation, fondée sur les principes de l’agroécologie et des biens communs.

Diane, membre active de l’organisation Agro é Fogo


Plus de 30 organisations font partie de la Coalition Agro é Fogo. Parmi elles : des pasteurs ruraux, des mouvements, des organisations non gouvernementales, des groupes de recherche et d’étude alliés à cette cause, mais également des peuples et des communautés traditionnelles. En ligne de mire, Agro é Fogo a un objectif de taille : défendre les communautés traditionnelles contre le processus d’expansion de l’agrobusiness et de l’exploitation minière et forestière, qui utilisent les incendies et la déforestation pour s’accaparer les terres des autochtones.

Le feu comme outil d’accaparement

Au Brésil, il existe une coutume ancestrale qui consiste à utiliser le feu pour cultiver, appelée le défrichement par brûlis. « Le feu est un élément de la nature qui a été géré avec sagesse et soin par les peuples autochtones et les communautés quilombolas, traditionnelles et paysannes des régions de l’Amazonie, du Cerrado et du Pantanal depuis des millénaires, explique Agro é Fogo. Les connaissances accumulées au fil des générations, adaptées à divers écosystèmes et héritées par ces peuples et communautés, ont permis la conservation de la biodiversité. »

Malheureusement, avec des intentions tout à fait opposées et à une tout autre échelle, la filière agroalimentaire utilise le feu pour s’accaparer des terres. « Les incendies de forêt qu’elle déclenche dans ce processus causent des ravages environnementaux et, en même temps, sont utilisés comme armes pour menacer et expulser les peuples et les communautés de leurs territoires de vie », alerte l’organisation.

Conséquence : les départs de feux dans les zones de végétation indigène et les territoires traditionnels ont grimpé en flèche cette dernière décennie. Si les peuples traditionnels des plaines du Pantanal subissaient déjà les impacts de la déforestation dans les plateaux du Cerrado, ces deux dernières années, les ravages ont atteint des proportions catastrophiques. En 2020, on décompte plus de 22.000 points chauds, soit une augmentation de 218% par rapport à 2019.

La « journée des incendies »

L’année 2019 marque l’intensification des feux de forêt et de la déforestation, notamment en Amazonie. Selon les données de l’Institut national de la recherche spatiale (INPE), après le 10 août (la journée dite des incendies), il y a eu une augmentation significative des incendies dans les zones de végétation indigène. En deux jours seulement, l’INPE a enregistré environ 1500 incendies dans le seul État du Pará, soit une augmentation de plus de 1900% par rapport à la même période de l’année précédente. Au cours de cette même période, 53 incendies ont touché des territoires autochtones et 534 des unités de conservation, des zones de protection de l’environnement généralement utilisées par les populations et les communautés traditionnelles.

Le feu - associé à la déforestation et à l’occupation illégale de terres publiques - est souvent utilisé comme une arme contre les peuples indigènes et les communautés traditionnelles et paysannes. En règle générale, l’occupation illégale des terres et des forêts publiques commence par la coupe à blanc des arbres et l’enlèvement du bois le plus précieux par les sociétés d’exploitation forestière. Pendant la saison sèche, le bois excédentaire est brûlé pour dissimuler le crime environnemental et « nettoyer la terre » de la végétation et des personnes, en utilisant non seulement des forces de sécurité privées ou publiques, mais aussi le feu comme arme pour l’expulsion et le déplacement forcé des peuples autochtones et des communautés locales.


Il y a eu une perte de nombreux jardins et zones de culture. Des communautés entières ont cessé d’utiliser les eaux de la rivière, car elles étaient contaminées par les cendres. Nous récoltons toujours les pertes et cherchons des alternatives pour continuer à exister dans le Pantanal.

Un paysan soutenu par Agro é Fogo


Rendre visibles les droits des peuples autochtones

Pour contrer la méthode peu scrupuleuse de l’agrobusiness, Agro é Fogo cherche à différencier l’utilisation du feu dans les systèmes traditionnels de celui des incendies criminels perpétrés par l’agrobusiness. Pour ce faire, chaque mois, toutes les organisations se réunissent pour un temps de formation et de délibération sur les actions à mener pour alerter et dénoncer ces pratiques. À terme, Agro é Fogo souhaite augmenter la systématisation du signalement des cas d’utilisation du feu comme arme d’accaparement.

Les menaces contre les modes de vie traditionnels, la déforestation et la perturbation de la gestion des agro- écosystèmes basée sur les connaissances traditionnelles signifient la perte de l’agrobiodiversité. En 2020, en plus de la pandémie de Covid-19 qui a progressé sur les territoires brésiliens - condamnant femmes, hommes et jeunes -, les incendies ont encore aggravé la situation de vulnérabilité de ces populations. Les fumées ont abîmé les cultures, les fortes températures provoquées par les incendies ont rendu les terres incultivables pendant plusieurs saisons. Heureusement, les populations locales peuvent compter sur Agro é Fogo et ses membres qui ne les lâcheront pas.

La déforestation au Brésil : chiffres-clés

  • 10.000 km² de forêt en moins chaque année
  • 22% d’augmentation du déboisement par an
  • 5.500 départs de feux enregistrés en août 2019
  • 59,4% de diminution des surfaces boisées enregistrés en 2020




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