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Transafrica 2016 - Message 21

Voici venu le terme de la Transafrica 2016 !

Visite de la prison de "Robben Island" à Cape Town et arrivée à Qunu, le village de Nelson Mandela

Avant de descendre vers le Transkei

En quittant l’hôtel de la Montagne à Lady Grey, je ne pourrai oublier l’accueil du couple qui m’a permis de planter ma tente dans le jardin de ce très vieux hôtel où il y a encore des vieilles charrettes du temps des boers ... et ce sans débourser le moindre rand (sauf pour les repas) et de prendre une bonne douche. "Des gens comme vous à vélo - me dit la gentille dame - il y en a un tous les trois ans qui passe par ici ! Alors, vous êtes le bienvenu." Je me suis dit que pareil accueil ne pourrait se faire en Belgique ou en France ! Imaginez-vous demander pour planter votre tente sur la pelouse d’un hôtel dans la vallée de la Meuse ! ... La réponse serait inévitablement "allez vous ... voir ailleurs !" ... Mais chez nous il y a des campings, ce qui n’est pas le cas ici.

Sur la route vers le sud, une voiture s’arrête ... "We have seen you in Lesotho, five days ago !" ... La dame (habitant le Lesotho) voudrait bien m’offrir une boisson ... elle va chercher dans son sac un billet de 100 rands (6 Euros environ) ... pour "m’acheter un coca !" Sûr que je pourrai m’en payer plus d’un et boirai à la santé des Sothos ! La journée du dimanche 28 février fut marquée par deux très longues côtes, dont celle pour sortir de la vallée de la rivière Krai avant d’arriver à la ferme d’un couple de fermiers retraités, Norman et Hilly, tous deux d’origine allemande ... je finirai par être accueilli par les représentants de toutes les origines en Afrique du Sud : néerlandaise, allemande, française (Huguenots : les "de Villiers"), anglaise, Xhosa (Mandela était Xhosa) ... sans oublier l’accueil d’une dame Swazi au Swaziland et d’une famille Sotho au Lesotho ... un arc-en-ciel à compléter vraisemblablement ... Norman (80 ans en septembre prochain) a 4 enfants mais aucun n’a voulu être fermier ("c’est un métier trop dur !") ; il a confié sa ferme à un autre fermier blanc pour la gestion. Il m’explique que depuis trois ans, il y a très peu de pluie ; le sol devient trop dur pour les cultures. Autre signe du réchauffement climatique : dans cette région montagneuse où il y a une station de ski ouverte en juillet (nous sommes dans l’hémisphère sud), il n’y a plus de neige (naturelle) depuis trois ans. Mais pour satisfaire l’appétit "sportif" des skieurs (souvent privilégiés) de Joburg, Cape Town et Durban, les canons à neige en fabriquent de l’artificielle ! A quand des canons à pluie pour les cultures ... l’être humain au cours de son histoire a bien inventé des tas de canons ... bien plus sophistiqués et ... destructeurs ?

Avec la réforme agraire mise en place depuis quelques années par le "nouveau" gouvernement (majoritairement ANC, African National Congress), Norman hésite à vendre sa ferme dans ce cadre car il sait que le travail de trois générations risque d’être démantelé en quelques années si elle est mal gérée (arbres coupés, animaux mal soignés, etc.) En ce qui concerne Nelson Mandela, il ne tarit pas d’éloges envers ce grand homme ; il affirme toutefois que ceux qui l’ont suivi en particulier le Président actuel n’est pas à la hauteur de la responsabilité d’un chef d’Etat : évocation de décisions prises en dépi du bon sens et de la corruption qui grangène l’Afrique du Sud comme pas mal d’autres pays ... et pas seulement africains.

Les maisons nouvelles du "nouveau" gouvernement

Un point positif toutefois pour la gestion du gouvernement élu à la suite de la fin de l’apartheid : la construction de très nombreuses maisons "sociales" pour les populations noires des "townships" où celles-ci étaient confinées du temps des Verwoerd et autre Botha. Des maisons qui ne sont ni minuscules ni très grandes mais qui ont l’air d’être bien construites ... et colorées à l’image de l’arc-en-ciel (voir photo) ; ce qui contraste avec le temps des "bidonvilles" construits avec des tôles et matériaux de tout venant et également avec les très tristes cités des pays de l’Est (Roumanie en particulier).

Tout autre chose : dans cette ferme, il y a quelques mois, un cycliste français, Guy Baudry de Poitiers, a aussi été accueilli par Norman et son épouse : il venait de Joburg vers Cape Town par le Lesotho mais via la partie centrale la plus pentue de ce pays, aussi était-il tout à fait crevé en arrivant ici. ... Ce soir, j’irais bien aussi me reposer en prévision des jours à venir.
Préparation de la traversée du Transkei.

De Barkly East, je quitte les terres des hauts plateaux (le "pass" du même nom et d’une très grande beauté de par ses rochers culmine à 1.990m) ; ces terres sont trop froides pour les populations noires qui se concentrent dans les terres plus basses du Transkei. Une belle et facile journée que celle de ce lundi 29 février (tiens cette année, j’ai un jour de plus pour pédaler) car la route ne fait pratiquement que de descendre vers la ville d’Elliot. Douze kms après la sortie de cette ville, je me hasarde vers une ferme où les patrons ne sont pas là. Les deux dames noires qui y travaillent me semblent très craintives. La fermière et son mari ne tardent pas à arriver et sont ravis de m’accueillir : boisson fraîche offerte par la petite fille de 8 ans, emplacement libre pour la tente, des réserves (fruits, viande sèchée sud-africaine appelée biltong, bonbons, etc.) pour la route, un bon repas du soir, un bon bain bien chaud ... un wisky que je décline ... ma "religion" de cycliste ne me le recommandant pas !

Préparer la traversée du Transkei

Vient ensuite le plus intéressant. Peet et Anél m’avertissent du (des) danger(s) que je risque de rencontrer en traversant le Transkei (jusque Umtata et au delà jusque Port Edward sur la côte). Dans cette région, il n’y a pas de fermiers blancs. Le taux de criminalité y est élevé ... ce que je savais précédemment mais maintenant il faut s’y préparer mentalement pour le traverser ! Mes hôtes m’indiquent des endroits "sûrs" pour passer la nuit et vont contacter le maire d’Elliot pour qu’il se renseigne sur des lieux sécurisés au-delà de Umtata (qui s’écrit Mthatha en Xhosa). Nous communiquerons par nos "cell phones". Ils me disent que je dois me méfier des policiers du Transkei dont certains seraient corrompus ... ayant eu eux-mêmes une mauvaise expérience avec leur camion traversant cette région.

Arrivée à Mthatha, "capitale" du Transkei

Ce mardi 1er mars, bien arrivé à Mthatha après une très très longue journée de 126 km via un itinéraire magnifique du point de vue paysage mais avec de très nombreuses côtes (j’en ai comptabilisé 35) et pas des côtelettes ! En arrivant dans cette grande ville du Transkei, je me rends à l’hôtel renseigné par Anél et Peet. Pas possible de planter la tente de même qu’à l’hôtel voisin ... où le prix d’une chambre est encore plus élevé. De plus en plus audacieux, je tente le coup au "Green Park Lodge", un très grand hôtel ... et à ma plus grande surprise, après avoir expliqué le sens de mon voyage depuis Harare jusque Qunu "On the road again with Nelson Mandela", la gérante, une dame blanche, m’indique un endroit herbeux pour planter la tente, une toilette, une salle où je puis bénéficier d’eau chaude et où mon vélo et ses nombreux bagages resteront en sécurité pendant mon voyage en bus à Cape Town, ... et me réchauffe "gratos" un plat de la veille ! De plus, demain, elle s’occupera de la réservation du billet de bus (près de 22 heures de voyage assez confortable) pour Cape Town ... où je compte visiter la célèbre prison "Mandela" de Robben Island.

Robben Island ... la mémoire de Mandela et du "long chemin vers la liberté"

L’île de Robben Island au large de Cape Town ("Kaapstad" en Afrikaans) a "accueilli" successivement des esclaves, des lépreux, des malades mentaux, des prisonniers de guerre et de droit commun et surtout les opposants à l’apartheid dont le plus célèbre Nelson Mandela. Celui-ci y passa 18 des 27 années passées en prison à la suite de la condamnation du procès dit de "Rivonia" (octobre 1963 - juin 1964). En visitant cette prison, l’on a l’impression que les murs se souviennent encore des souffrances endurées par ceux qui y furent incarcérés . Toutefois l’on ressent en même temps un sentiment de liberté qui règne sur cet endroit tellement le courage, la détermination et l’intelligence de Madiba a réussi à les imprégner plus que la méchanceté et la cupidité de ses gardiens et d’un des systèmes carcéraux les plus ignobles inventé par les dirigeants de l’apartheid Sud-Africain.

C’est avec une foule de visiteurs respectueux représentant la diversité raciale du continent africain et des continents Européen et Nord-Américain que j’ai visité ce lieu durant trois heures le vendredi 4 mars. Un ancien détenu nous a guidé dans les différents lieux de détention. Celui où Robert Sobukwe (fondateur du PAC - Pan African Congress, rival de l’ANC de Mandela) fut détenu alors qu’il avait terminé de purger sa peine de trois ans. Il ne fut pas relâché et envoyé à Robben Island, à la suite d’une nouvelle loi autorisant le ministre de la Justice à prolonger la détention de condamnés pour des motifs de sécurité nationale. Cette loi fut surnommée "la clause Sobukwe" car il fut le seul condamné à avoir eu sa détention en prison prolongée sur cette base législative ... décision étonnamment injuste pour un ministre de ... la "Justice" ...

Nous avons également vu la carrière où Mandela et ses compagnons furent contraints de se rendre durant de nombreuses journées pour travailler sous les railleries des gardiens mais où ils pouvaient aussi rester en contact avec la nature et le monde des animaux (koudous, springbox), dont certains sont bien plus pacifiques que d’aucuns de notre "espèce" humaine. Des explications aussi sur les visites annuelles des représentants de la Croix Rouge qui s’inquiétaient si les prisonniers pouvaient "faire du sport", d’un rare journaliste de l’AFP qui, en 1977, prit - malgré la désapprobation de Mandela - une photo de lui, la pelle à la main. Détail surprenant, les gardiens, en prévision de la visite avaient repassé son pantalon ...! De la visite également de la seule opposante féminine blanche d’origine juive et lithuanienne, Helen Suzman, ancienne élue du Parti fédéral progressiste (FPP), seule à tenir tête aux "hommes" de l’apartheid et qui fut la première femme à rendre visite à Mandela en prison en 1967. Nous terminons notre visite par les cellules dont celle de la "quatrième porte" où Madiba passa de très longues années. C’est là qu’il réussit à écrire en cachette une partie du livre autobiographique intitulé "Un long chemin vers la liberté" avec la complicité et l’intelligence de l’un et l’autre de ses compagnons codétenus qui en recopiaient les chapitres terminés, notamment sur du papier toilette où en écrivant avec du lait sur du papier de fortune. Idée intelligente car l’original des mains de Mandela fut découvert, subtilisé par la direction de la prison et finit par disparaître ... sauf la copie !

Puisse cette visite nous aider à garder en mémoire l’héritage que Nelson Mandela nous a légué de par son combat contre l’apartheid et l’instauration des bases d’un système démocratique dans une société multiraciale. Soyons toutefois bien lucides et conscients que l’arc-en-ciel tracé grâce à lui dans le ciel et sur la terre de l’Afrique du Sud est une oeuvre d’art en grande partie inachevée et dont nous sommes tous et toutes les artisans actuels et futurs en puissance. ... Message à transmettre à nos enfants et petits-enfants ... En quittant Cape Town d’où je ramène une photo de la pointe extrême du continent africain (je n’irai pas plus loin ... plus au sud, c’est l’antartique), un arc-en-ciel apparait dans le ciel, comme signe d’espoir pour l’Afrique du Sud et le monde après être passé au cap "of good hope".

Le cap de bonne espérance ...

C’est de cet endroit que Alexandre et Sonia Poussin sont partis pour la traversée de l’Afrique depuis cette extrémité jusqu’au lac de Tibériade en un peu plus de trois ans de 2001 à 2004. Durant la Transafrica, ce livre de chevet (deux tomes intitulés "Afrika trek") m’a permis de comprendre mieux la diversité des situations, des croyances, des souffrances et des luttes des peuples des pays traversés à savoir : l’Afrique du Sud, le Lesotho, le Zimbabwe, le Mozambique, le Malawi, la Tanzanie, le Kenya, l’Ethiopie, le Soudan, l’Egypte, Israël et les Territoires Palestiniens. 14.000 kms pour un étonnant voyage, non sans dangers (venant des humains et des animaux : hippos, buffles, lions, serpents, etc.) en partie le long du rift sur les traces de l’Homme et de l’histoire de l’humanité. Voir leur site : www.africatrek.com

L’Afrique du Sud, le pays des cyclos ...

Cape Town dimanche 6 mars 2016 : 35.000 cyclistes ... j’en ai vus quelques centaines au départ d’une boucle de 110 Kms dans la péninsule du Cap ... je ne savais pas qu’il y avait tant d’adeptes de ce sport (mon sport préféré comme vous vous en doutez) en Afrique du Sud.

Qunu, le village de Nelson Mandela

Ce mardi 8 mars, il me reste 30 kms pour rejoindre Qunu depuis Mthatha sur la N2 vers Cape Town. Au moment de partir, un orage et une pluie diluvienne ouvrent les vannes célestes sur une région qui en a tant besoin depuis des mois ... par conséquent pas le moment de râler ... les paysans et la terre en ont trop besoin ... mais comme dit Ma Danielle, "pas d’état d’âme" et fort de cet encouragement lointain, je démarre sans attendre la fin de la pluie. Les employées de l’hôtel me regardent partir avec étonnement ("Pourquoi ne prend-il pas un bus ?"). Sur la route, l’eau ruisselle de partout mais je passe ... plus léger car, comme je fais un aller retour, je n’ai pris qu’un minimum de bagages. Les trente kilomètres restant sont bien vite parcourus et j’arrive au Musée Nelson Mandela à Qunu. Depuis Kigali au Rwanda, 5.813 kms ont été parcourus

Cette construction moderne et multifonctionnelle fut inaugurée tout juste dix ans après la libération de Mandela par lui-même et se veut être un lieu rappelant l’héritage légué par Madiba surtout aux jeunes mais aussi au service du développement de la communauté villageoise. Bien accueilli par une dame qui m’invite d’abord à me changer car je suis trempé des pieds à la tête. C’est ensuite en compagnie d’un guide que je visite le musée en prenant quelques clichés à insérer dans le prochain film "Transafrica 2016". Ensuite, je vais me sècher et me réchauffer dans un lodge situé au coeur même du village de Qunu. Le soir coup de fil d’une employée de l’hôtel de Mthatha qui s’inquiète si j’ai bien trouvé un endroit pour dormir ... sympa non ?

La famille de Nelson Mandela n’ayant pas souhaité que la tombe de Madiba devienne un lieu de pélerinage, il n’est pas possible de se rendre à cet endroit car c’est une propriété privée. Dès lors les cailloux transportés depuis Kigali et Harare et provenant du Square Nelson Mandela de Gesves ont été déposés symboliquement à l’entrée du Musée de Qunu.





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