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Marie-Louise Hiligsmann

Visite de la Chácara de Recuperação Paraíso

Ce vendredi 9 août, nous nous sommes rendus dans une « petite ferme de récupération » située dans un décor de carte postale, dans les campagnes situées à quelques km de Goias.

"Récupération", voilà un mot qui ce matin encore résonnait bizarrement dans notre langue, d’autant qu’il s’agissait de récupération d’êtres humains. S’agit-il d’une forme de recyclage ? Sont-ils des déchets ?

A notre arrivée, nous sommes accueillis par Norma, thérapeute occupationnelle du centre. Les internes sont présents. Ils sont une douzaine, âgés de 25 à 69 ans (moyenne 35 ans). Ils se présentent à tour de rôle et nous expliquent qu’ils ont choisi de venir à la Chácara pour se reconstruire après les dégâts causés par la drogue et/ou l’alcool.

Nous comprenons très vite que leur reconstruction ne dépend pas d’un traitement chimique mais que leur problème est traité de manière globale. Ils viennent pour « récupérer » les valeurs qu’ils ont perdues, valeurs de travail mais aussi de spiritualité. De manière concrète, cela se décline sous la forme de thérapie occupationnelle, de travail avec le psychologue, de thérapie par le yoga, de travail dans la ferme avec une dimension spirituelle omniprésente.

Les journées au centre sont bien rythmées et ce rythme exige beaucoup de discipline et de rigueur de la part des participants qui se gèrent même quelques fois de manière autonome. Ils cultivent un potager 100% biologique et font eux-mêmes leur pain, traient leurs vaches, ce qui leur permet d’être presque autonome du point de vue de l’alimentation. Ils nous confieront que les travaux les aident beaucoup à retrouver leur estime de soi et à découvrir d’autres choses qui cassent les répétitions caractéristiques du problème de la prise de drogues.

La « cure » dure 9 mois, dont les 5 premiers mois en interne (sans téléphone et avec pour seule montre le son d’une cloche !). Après 5 mois, ils alternent une semaine au centre avec une semaine de réintégration dans leur milieu. Cette phase de réintégration est très importante et garante de la réussite de leur sortie car cela leur donne la possibilité de chercher un travail. Et comme la drogue est une "maladie dont on ne guérit pas mais que l’on traite", les patients sortis participent tous les lundis à une réunion « post-traitement ».

L’implication des familles est aussi un facteur de réussite important. Celles-ci participent mensuellement à des réunions au centre pour mieux comprendre la maladie et pouvoir soutenir le membre de leur famille dans sa « récupération ». Ces réunions sont aussi l’occasion de rester en lien avec la famille.

Après quelques échanges, les résidents nous ont ensuite montré leur maison et le potager qu’ils cultivent. L’endroit et les personnes reflètent liberté et paix.
Notre visite se termine autour d’un délicieux repas préparé par nos hôtes.

Et le mot « Récupération » a désormais un tout autre sens pour nous. C’est tout un chemin que ces personnes parcourent pour redevenir des hommes « debout ».

Voici quelques témoignages qui en disent long sur l’espoir des patients…

« Je suis alcoolique. Ici, c’est pas un lieu fermé avec des murs. Il y a toujours la liberté. Cela aide beaucoup. On n’est pas capable de changer si on est prisonnier. Le seul mur que l’on a ici, c’est le mur de notre désir. Ici, pas de murs, pas de remèdes chimiques mais la thérapie : on discute avec le psychologue et l’occupation est pleine ici. La volonté de vivre surgit peu à peu. »

« J’ai lutté beaucoup en-dehors pour sortir du vice mais je n’y suis pas arrivé. J’avais perdu le goût de vivre. Dieu m’a envoyé une personne. Grâce à Lui, je suis ici et ai retrouvé cette volonté de vivre. Tous les jours, j’apprends un peu… J’ai l’intention de récupérer tout ce que j’ai perdu. »

« J’avais perdu le contrôle de ma vie. J’avais besoin d’aide et suis venu. Je bénéficie de la thérapie, de Dieu, chose importante pour changer mon cœur. »

« Dans cette chãcara, tout le travail se fait à l’interne mais il y a aussi des groupes à l’extérieur. Ils travaillent aussi avec les familles (groupes « Amour et Exigence »), ce qui fait que lorsque l’on sort, on ne retombe pas. »

« Ce qui m’a amené ici, c’est la souffrance et l’impossibilité de réaliser mes rêves. » J’ai de nouveau l’espoir de réaliser mes rêves et d’autres encore. J’espère un jour travailler à la prévention pour les jeunes. C’est un miracle qui fait que je vais rester propre à l’extérieur. »

" Quand on vient ici, notre vie est complètement en pièce. Comme on vit sous l’influence de la drogue, on perd les principes qu’on a reçu de notre famille. C’est important une institution qui travaille avec toutes les dimensions touchées par la maladie. »

« Après 9 mois, on sort avec toutes les armes nécessaires pour rester « propre ». Et même s’il y a rechute, on a la chance de pouvoir revenir 3 mois pour une thérapie d’évitement de la rechute. La chácara est une 2e maison ; on peut compter sur tous ceux qui y sont. »

par Marie-Louise Hiligsmann





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