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Anne-Marie Grodent-Dethier

Visite d’un quartier périphérique de la ville de Goiania, capitale de l’Etat de Goias

Nous sommes dans une famille où sont réunies quelques personnes du voisinage et trois religieuses (dont deux Augustiniennes). Elles nous disent : nous sommes ici dans un endroit célèbre. En effet, ce quartier a toute une histoire bien compliquée et dure.

A Goiania, il y avait 5000 familles qui n’avaient pas de logement et ne savaient plus où aller. D’un autre côté, dans la périphérie de la ville, un immense terrain était laissé à l’abandon depuis plusieurs années. 5000 familles se sont donc installées sur ces terres en y construisant des baraques faites de bâches en plastique. Puis le gouvernement fédéral leur a demandé de déménager sur un autre terrain qui leur serait donné à condition d’y construire des maisons en dur. Mais auparavant ces familles devaient se rassembler 90 jours dans un grand centre sportif, ce qu’ils ont fait. La vie ici était horrible notamment à cause de la promiscuité sous les bâches. Certains y sont restés plus d’un an, deux ans, voire trois ans. Certains se sont donc mis à construire une maison en dur sur la nouvelle terre et se sont endettés même jusqu’à l’heure actuelle.

En 2005, le gouvernement fédéral a retourné sa veste et a lancé un mandat d’expulsion. Ils sont arrivés à 2000 policiers. L’expulsion a été très violente, tuerie d’animaux, assassinat de personnes ; ils ont mis les hommes en prison et les femmes à la rue.

Le peuple a continué la lutte pour le logement avec à son côté un Pasteur et Frère Marcus, un Dominicain. Lutte combative, revendicative au départ. Les Soeurs sont arrivées. Elles ont orienté la lutte avec le peuple pour qu’elle ne soit plus frontale mais plus responsable et citoyenne. Finalement, le gouvernement a acheté une nouvelle ère et a promis une petite maison à chaque famille.

Depuis 2007 le gouvernement construit petit à petit des maisons clé sur porte (trois petites chambres et une salle de bains). C’était un rêve pour les expulsés d’avoir leur petite maison. La joie, le bonheur se lisaient sur leur visage. Ils se sentent à nouveau considérés comme des « personnes ».

Les Soeurs ont aidé à réorganiser la communauté, à évangéliser et à continuer la lutte, car comme dans un assatamento, quand les gens ont obtenu leur terre, la lutte diminue.

De plus, 40 églises évangéliques se sont implantées dans les quartiers. Elles n’incitent pas les gens à lutter, mais au contraire, les démobilisent et créent une division religieuse. Les gens sont stigmatisés et ont des difficultés à obtenir du travail. Ils ont mauvaise réputation à cause de la drogue. Les jeunes volent, les enfants des familles les plus faibles ne vont pas à l’école car leurs parents se droguent.

Il faut sans cesse recommencer la lutte pour obtenir des routes, des égouts, des écoles. Il faut former de dames (23) pour venir en aide aux enfants dénutris ou toucher ceux qui n’ont rien à faire (pastorale des enfants), entrevoir des visites aux mamans et aux personnes âgées.

Leur espérance, c’est de construire une salle communautaire, pour les jeunes, pour la pastorale des enfants, entre autres pour leur lire des livres, pour l’étude biblique, réunir les gens pour discuter, échanger ou réaliser de l’artisanat, ce qui est très difficile. Les femmes participent plus à la vie de quartier, tandis que les hommes cherchent par des petits travaux à trouver des revenus à la famille.

De quoi vivaient tous ces gens durant tout ce temps ?

Au départ, quand ils étaient sous les bâches, le gouvernement amenait de la nourriture par camion.

Dans leur lutte, les familles ont développé un instinct de survie et ont appris la solidarité. Ils ont appris à partager la nourriture pour que chacun ait le nécessaire. Ils ont appris à se débrouiller. Ils font des petits jobs et vivent aussi de dons.

Nous sommes interpellés par la présence et le soutien des Religieuses auprès de cette population de gens pauvres (Soeur Marta sur la photo). Leur travail social et pastoral d’accompagnement est remarquable et efficace.

A la fin de la rencontre, nous avons non seulement admiré les réalisations de jolis vêtements artisanaux, mais aussi eu l’occasion d’en acheter.

par Anne-Marie Grodent-Dethier





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