30 avril 2014  Actualités

Témoignage de Vestine, Rwandaise sans abri

Partagé par Redempta Mukantagara, chargée de projets Afrique.

Redempta partage avec nous le témoignage poignant de Vestine, une femme seule et sans abri pour qui les jeunes ont fabriqué des briques pour construire une maison.

Le récit des voyageurs de Move with Africa a suscité de la curiosité en moi. J’ai eu envie de rencontrer des gens qui les ont reçus pour savoir ce qu’ils gardent de cette expérience. Eugène, coordinateur de l’APROJUMAP, m’a alors proposé d’aller rencontrer Vestine, une femme seule et sans abri pour qui les jeunes ont fabriqué des briques pour construire sa maison. Ci-après son récit et quelques photos.

Vestine IGENUKWAYO se souvient avec émotion du passage du groupe Move with Africa et de la participation des jeunes et des personnes d’Entraide et Fraternité à la fabrication des briques qui ont servi à construire sa maison, qu’elle occupe depuis deux jours. 333 briques fabriquées ! Elle pleure quand elle raconte comment elle a vécu l’expérience. Elle dit ne pas encore réaliser que tout cela soit vrai.

Vestine est très émue quand elle raconte son parcours et la façon dont sa vie a changé en quelques jours : c’est une longue histoire. Je vivais dehors avec mes trois enfants. Je me sentais comme un animal ; je me couchais comme une vache en observant mes enfants. Je temporisais jusqu’à ce qu’ils s’endorment car souvent, je ne pouvais pas leur donner à manger ; je n’avais rien. Comme je n’ai pas de champ, je cultivais pour les autres ; mais la paie journalière ne suffisait pas pour nourrir mes enfants, d’autant plus que je ne trouvais pas du travail tous les jours. J’étais tellement désespérée que j’ai même envisagé d’avaler un produit pour mourir. Je me disais que mes enfants trouveraient un bienfaiteur qui les recueillerait et leur offrirait une meilleure vie.

La première fois que j’ai vu ces deux personnes venir vers moi (il s’agit d’Eugène, le Coordinateur de l’APROJUMAP et Edith, l’assistante sociale avec qui j’effectue la visite), j’ai pensé que c’était les autorités administratives. Je me suis inquiétée. Mais quand ils ont commencé à me poser des questions, j’ai senti que c’était pour mon bien. Je ne savais pas quoi répondre, je pleurais simplement. J’étais dépassée par le fait qu’on m’ait repérée et qu’on veuille m’aider. J’ai commencé à me sentir comme une personne. Tout est parti de là.

Elle enchaîne en nous racontant comment elle a vécu l’arrivée des visiteurs de Move with Africa. Les gens de l’Aprojumap sont venus me voir en me disant qu’il y avait un groupe de jeunes venus d’Europe qui viendraient me rendre visite et donner un coup de main pour la fabrication des briques. Je n’y ai pas cru. Je ne pouvais pas imaginer des blancs mettre leurs mains dans la boue ! Quand ils sont venus et qu’ils ont commencé à travailler, je croyais rêver, j’étais tellement heureuse. C’est comme si j’étais arrivée au ciel avant la mort. Les paysans ici me demandaient quelle pommade j’avais mise sur la peau pour attirer les blancs ? Je disais simplement que c’était l’œuvre de Dieu.

A la question de savoir quel message elle voulait que je transmettre aux visiteurs, les yeux de Vestine se remplissent à nouveau de larmes : transmets mes salutations aux jeunes et aux personnes d’Entraide et Fraternité qui les accompagnaient. Dis-leur : que Dieu vous bénisse et vous comble de ses bénédictions. Dis-leur que le fait de réaliser que je ne retournerai plus où j’étais me dépasse. Aujourd’hui, les gens me disent : tu as un don ; Dieu te connaît. Tu auras des grâces. Je commence à vraiment y croire. J’étais prisonnière, aujourd’hui je me considère comme une personne. Dis-leur que je n’ai rien à leur offrir en retour, mais que je prierai sans cesse pour eux. Je récite le chapelet tous les soirs. Je prie pour ces gens qui m’ont aidée sans me connaître. Je demande pour eux des bénédictions. Que Dieu leur rende la force qu’ils ont utilisée pour m’aider et qu’Il les protège.

Maintenant que Vestine est redevenue « une personne » et qu’elle habite dans sa maison, elle va pouvoir bénéficier des appuis du projet de l’APROJUMAP. L’organisation compte d’abord l’aider à commencer un petit élevage. Elle aura le choix entre une chèvre et un porcelet pour intégrer la chaîne de solidarité (chaque bénéficiaire remet au projet un animal à la mise-bas pour qu’un autre bénéficiaire soit servi, ainsi de suite). Elle sera ensuite soutenue pour mettre en place un jardin potager (kitchen garden) à côté de sa maison. Le petit élevage, en plus de constituer une source de revenus, servira à fertiliser son potager. Avec les briques qui restent, APROJUMAP va aider Vestine à avoir une petite cuisine en mobilisant les autres membres de la coopérative pour la construction.

L’APROJUMAP a identifié d’autres personnes en situation précaire qui seront aidées de la même façon que Vestine grâce à votre soutien.

En plus de remercier Dieu et les gens qui l’ont sortie de la situation où elle était, Vestine veut elle-même s’impliquer dans l’assistance aux autres démunis. Je serai toujours solidaire avec les autres bénéficiaires. Et chaque fois que je verrai quelqu’un dans le besoin, je tâcherai de l’aider à mon tour.

C’est avec une très grande émotion que je dis au-revoir à Vestine, dont le visage ne présente plus aucune trace de larmes, mais affiche un sourire craquant.

Butare, le 9 avril 2014
Redempta Mukantagara
Chargée de projets Afrique des Grands Lacs





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