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Soutenir les paysans, c’est combattre efficacement la faim

Aujourd’hui, la faim et la malnutrition représentent 58% de la mortalité dans le monde et elles ne cessent de progresser depuis dix ans. Les grandes firmes de l’agrobusiness veulent nous faire croire que seule une agriculture « productiviste et intensive » peut sauver l’humanité de la « pénurie alimentaire globale » qui l’attend. Pour Entraide et Fraternité, c’est le soutien à l’agriculture paysanne qui est une solution crédible au problème de la faim dans le monde.

Aujourd’hui, près d’un milliard de personnes souffrent de la faim et les deux tiers de ces personnes sont des paysans victimes de la libéralisation des marchés agricoles. Les grandes firmes de l’agrobusiness sont, elles, les principales bénéficiaires de cette libéralisation.

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Elles trouvent une oreille attentive auprès des décideurs politiques à qui elles dictent de nouvelles réglementations qui leur sont favorables. Partout dans le monde, elles gagnent du terrain, elles poursuivent leur stratégie de concentration et renforcent leur emprise sur le système agro-alimentaire. Elles se présentent comme de véritables actrices de développement, seules capables, grâce à leurs hautes technologies, d’enrayer la faim dans le monde.

« Nous voulons, avec nos partenaires, délégitimer cette thèse qui occulte les causes structurelles de la faim, déclare Daisy Herman, directrice du département Education d’Entraide et Fraternité. Nous souhaitons aussi mettre en avant le soutien à l’agriculture paysanne comme réponse crédible et durable au défi de la faim. »

On entend par agrobusiness l’ensemble des activités qui transforment des matières premières issues de l’agriculture en produits alimentaires destinés essentiellement à la consommation humaine. L’agrobusiness englobe tous les acteurs économiques impliqués dans l’agriculture, au niveau de la production, de la transformation et de la commercialisation.

Pourquoi l’agrobusiness pose-t-il question ?

L’objectif principal des sociétés agro-industrielles, c’est la recherche d’un profit maximum. Ces firmes n’ont aucun intérêt à soutenir un système alimentaire qui est sous le contrôle et au service de paysans qui ne produisent que pour leur famille et leur communauté.

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La concentration de ces firmes est également préoccupante. Ainsi, 85% du marché du blé, du soja et du maïs sont contrôlés par six sociétés et 67% du marché des semences par dix sociétés ! Une concentration qui se fait au détriment des producteurs (exploités) et des consommateurs (roulés en termes de prix et de qualité). Il n’est pas rare que les chiffres d’affaires de ces multinationales soient supérieurs aux revenus des états, ce qui leur permet d’imposer leurs vues lors de négociations. Sans parler de pressions politiques beaucoup plus explicites, comme le soutien à des coups d’état pour mettre en place des régimes favorables.

Enfin, la répartition géographique des centres de décision de ces entreprises pose également question. C’est, en effet, majoritairement au Nord que se prennent les décisions stratégiques et c’est dans cette direction qu’une part très importante des bénéfices est rapatriée. Les avantages pour les états du Sud sont donc minimes, voire inexistants.

L’agrobusiness n’est pas une solution au problème de la faim
Il convient de rappeler que, même si l’agrobusiness se propage dans le monde, il ne produit que 25% de la nourriture consommée par l’humanité, les 75% restant étant toujours produits par de petits paysans et consommés localement.

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Ensuite, il faut dire que la faim et la malnutrition n’ont pas pour origine une quelconque insuffisance de production agricole à l’échelle mondiale. C’est la pauvreté ou, plus exactement, le trop faible pouvoir d’achat qui explique l’incapacité des personnes affamées à se procurer, sur les marchés, les productions alimentaires. Celles-ci sont écoulées pour d’autres usages vers des populations ou des industries bien plus solvables.

Le paradoxe est que ce sont des agriculteurs qui, pour plus des deux tiers, souffrent de carences alimentaires ! Et les autres sont pour la plupart des enfants de paysans tombés en faillite et contraints de rejoindre la cohorte des chômeurs dans les bidonvilles, parce qu’ils n’ont pas pu concurrencer les puissances agricoles qui, grâce à des subventions, bradent leurs excédents à vil prix.

L’agriculture paysanne : une solution crédible
L’agriculture paysanne joue un rôle important dans la production et l’approvisionnement alimentaire mais elle maintient aussi des emplois et évite l’exode rural. Elle permet de lutter contre la pauvreté et les inégalités et elle joue un rôle crucial dans la gestion durable des ressources naturelles et la protection de l’environnement.

Pour accroître et renforcer ses capacités, la priorité est de redistribuer des terres aux petits paysans qui n’en ont pas ou pas assez. Dans la foulée, il faut assurer à ces derniers un accès au crédit, aux savoirs et favoriser la constitution d’organisations collectives.

Au niveau international, il faut également appuyer la transition vers une agriculture paysanne durable. Cela passe, entre autres, par la réforme du système de subventionnement agricole (c’est-à-dire environ 400 milliards de dollars distribués aux firmes de l’agrobusiness), l’interdiction de la spéculation sur les marchés des biens alimentaires ou l’instauration du droit pour les pays pauvres à protéger leurs marchés nationaux face à des importations susceptibles de porter atteinte aux productions alimentaires locales.

Un choix d’avenir, avec nos partenaires de l’Afrique des Grands Lacs
L’humanité est donc face à un choix entre deux modèles agricoles diamétralement opposés.

D’un côté, le modèle occidental productiviste. Poussé par les puissances financières, entièrement dépendant des énergies fossiles, il passe par l’épuisement des ressources naturelles, l’injuste répartition des terres, le pillage des pays pauvres…

De l’autre côté, une agriculture familiale agro-écologique comme celle que tentent de promouvoir nos partenaires au Burundi et dans l’Est du Congo.

Ici, des paysans nombreux, formés, coopérants et solidaires, approvisionnent en priorité les marchés locaux et régionaux grâce à des ateliers de transformation à taille humaine. Dans ce modèle, les liens directs entre les paysans producteurs et les consommateurs sont privilégiés, ce qui permet aux agriculteurs de garder une part importante de la valeur ajoutée créée dans leurs champs.

« Pas besoin de préciser qu’entre ces deux modèles, notre choix est vite fait, conclut Daisy Herman ! L’agriculture paysanne doit être encouragée. Pour nous, soutenir les paysans est la solution contre la faim car le but de l’agriculture, c’est de nourrir les gens, pas d’enrichir des actionnaires » !

François Letocart et Valérie Martin





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