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Sans terre, pas d’avenir

Les agriculteurs font face à de nombreux problèmes : faiblesse des rendements vu la taille réduite des terres qu’ils cultivent, manque d’infrastructure, de capital, de technologie leur permettant de produire en suffisance pour nourrir leurs familles et vendre leur production sur le marché afin d’ en obtenir un revenu suffisant pour vivre. Cinq organisations partenaires d’Entraide et Fraternité les épaulent pour relever le défi d’une agriculture paysanne dans l’île de Mindanao.
Aux Philippines, sur l’île de Mindanao, 20 groupes de paysans et paysannes se sont engagés dans 12 villages (barangays) dans un vaste programme de promotion de l’agriculture paysanne durable.

Mindanao est une des îles de l’archipel des Philippines où l’on produit riz, bananes, ananas, maïs, bois, huile de palme en abondance. Trois communautés s’y côtoient : les Moros (musulmans), les Lumads (population indigène) et les migrants (catholiques).

En dépit de ses ressources abondantes et d’une économie dite en croissance, les trois populations de Mindanao vivent toujours dans la pauvreté. 51,2% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. L’incidence de cette pauvreté peut être observée par le manque d’accès aux services de base tels que la nourriture, le logement, l’eau potable, l’éducation et les services de santé, l’absence de propriété terrienne et une situation politique instable.

Ces terres fertiles et le sous-sol très riche en minerais attirent la convoitise des compagnies multinationales et de grands propriétaires terriens. Ceux-ci jouent des divisions entre les trois communautés pour s’approprier toutes ces richesses. Le prix à payer est très lourd pour les populations locales : une guerre de plus de quarante ans et la négation des droits des Moros et des Lumads sur leurs terres ancestrales, une coexistence souvent conflictuelle entre les membres des trois communautés mais aussi avec le gouvernement central.

Aux Philippines, la répartition des terres est inégale, 7 paysans sur 10 ne possèdent pas de terre et sont contraints de reverser une large partie de leur récolte aux propriétaires pour avoir le droit de cultiver. Les petits paysans versent 30 % à 90 % (dans les cas extrêmes) de leurs récoltes au propriétaire foncier pour lequel ils travaillent.

Il y a 20 ans, une vaste réforme agraire visant à redistribuer 10,2 millions d’hectares aux familles paysannes a été mise sur pied par le gouvernement philippin. Vingt ans plus tard, à peine 3 millions de terre ont été redistribués et on estime encore à 10 millions le nombre de paysans sans terre. Le programme a été reconduit pour une durée de 5 ans.

Les difficultés rencontrées par les paysans sont multiples : les titres de propriété ne sont pas attribués au nom des bénéficiaires réels en droit, certains paysans sont harcelés et menacés par la police privée armée des grands propriétaires, le suivi juridique est long et coûteux (certaines actions durent depuis 18 ans). Le responsable de la réforme agraire signale qu’il est difficile de mener à bien une telle réforme sur le terrain quand les ressources sont insuffisantes.

Un programme d’appui à une agriculture paysanne durable


C’est dans ce contexte que travaillent 5 organisations philippines, partenaires d’Entraide et Fraternité pour mettre en œuvre un ambitieux programme de promotion de l’agriculture paysanne durable. Les organisations paysannes assistent leurs membres dans tout le processus de lutte pour la terre.
Ces projets incluent la production agricole et du bétail, une aide pour obtenir des capitaux pour la production, le renforcement des capacités d’organisation. Pas de méthode révolutionnaire, mais seulement la promotion d’une agriculture familiale et vivrière, respectueuse de l’environnement : fabrication et utilisation d’engrais biologiques et pesticides naturels, diversification des cultures, appel aux savoirs et aux traditions et conjointement formation aux nouvelles méthodes de culture et d’élevage, distribution d’équipements collectifs améliorant le rendement.

Toutes ces initiatives prennent racine dans les campagnes les plus reculées de l’île. Une jeune équipe dynamique a pris comme tâche de faire comprendre aux paysans qu’ils peuvent se mobiliser et faire pression sur le gouvernement philippin pour qu’il remplisse ses obligations et fasse appliquer la réforme agraire.

Avec ses partenaires philippins, Entraide et Fraternité veut réaffirmer que, davantage soutenue et protégée, l’agriculture paysanne et familiale est en mesure de nourrir les communautés locales, de créer des emplois, de freiner l’exode rural et de gérer les ressources de façon durable.