Pour que la Terre tourne plus JUSTE !
RSS

Guy Grodent

Rencontre avec un homme impressionnant

Don Pedro Casaldaliga, évêque de Sao Felix (région du Mato Grosso) et poète

Don Pedro a 85 ans, il est d’origine espagnole. Défenseur des petits agriculteurs et des peuples indigènes, il a été la cible de nombreuses menaces de mort.

Il nous dit : "aujourd’hui le problème de l’agrobusiness est un problème structurel et de système. Les petits propriétaires souffrent beaucoup et ne peuvent pas critiquer l’agrobusiness qui représente la “richesse” du pays. Les gens disent que les Indiens sont contre le progrès mais le progrès pour qui ? C’est le capitalisme néolibéral qu’il faut remettre en question.
Quelle qualité de vie voulons nous aujourd’hui et pour qui ? "

Don Pedro croit que l’Europe a une certaine importance pour l’avenir de l’humanité mais elle est aussi entrée dans le “système” et a perdu des valeurs au nom du progrès.

Une partie importante de l’Eglise brésilienne ces 50 dernières années s’est engagée dans la lutte aux côtés des Indiens : c’est l’option pour les pauvres. Mais quels pauvres ? Il faut spécifier et non généraliser. Le contexte est important. Par contre, le gouvernement brésilien (majorité conservatrice) cherche à changer la constitution. Il mène à nouveau une véritable campagne contre les peuples indigènes et favorise l’installation de grandes fermes. En fait, au Brésil, il y a deux manières de s’approprier la terre : soit les gens s’installent sur une terre de l’Etat, soit ils arrivent avec des papiers officiels. Les petits n’ont pas de papiers et les puissants n’hésitent pas à faire des faux. Ce problème existe depuis l’invasion coloniale du Brésil (il y a 500 ans). Le premier objectif du Portugal était d’avoir le maximum de terres alors qu’il y avait déjà cinq à dix millions d’Indiens sur celles-ci. En 1968, à l’arrivée de Don Pedro, il ne restait que 150.000 Indiens mais aujourd’hui on les estime à un million.

A cause du conseil des Missionnaires et d’une évangélisation obligatoire, les Indiens n’ont pas valorisé leur culture et celle-ci a presque disparu. Au contraire, Don Pedro a choisi de les laisser dans leur culture car une évangélisation ne peut qu’être libre. En effet, au Mato Grosso, depuis 1952 des groupes évangélisent par la présence au milieu des Indiens et depuis est né en 1972 le Conseil Indigéniste des Missionnaires Œcuménique (C.I.M.I) et en 1975 la Coordination Pastorale de la Terre (C.P:T.) pour accompagner la lutte des sans-terre.

Question : Qu´est-ce que l´Eglise a à voir dans cette histoire ?
Don Pedro : Cela touche à l´Evangile. Les pauvres ont une identité. A l´époque de la dictature militaire, il n´y avait que l´Eglise qui pouvait défendre cette cause et elle a été considérée comme subversive, terroriste et … contradictoire. Une division s´est créée. Jadis les Colons n´ont pas éveillé une conscience des peuples. Aujourd´hui nous sommes dans une époque de post-colonisation, c´est la mondialisation de l’indifférence, c´est plus global, tout le monde colonise.

Nous sommes dans la petite chapelle de Notre Dame où sont gardées quelques reliques de martyrs, notamment de Monseigneur Romero.
Don Pedro : “Les martyrs sont des compagnons.”

Question : Est-ce que l´Eglise va porter plus en avant ce qu´il y a de révolutionnaire dans l´Evangile ?
Don Pedro : Une perspective : l´espérance mais avec un long processus de changement.

Question : Quel type d´appui pouvons-nous donner au Brésil ?
Don Pedro : Il faut informer, ne pas fermer les yeux, ne pas tourner le dos. Il est important de stimuler la conscience du peuple.

Don Pedro est impressionnant de simplicité. Il est fils de fermier. Il n´a jamais voulu perdre ses racines paysannes. Avant son envoi au Brésil, il a aussi vécu avec des gens du milieu ouvrier en Catalogne et cela l´a maintenu dans la flamme de l´Evangile. Dans notre société de consommation, il a toujours voulu être avec les gens, vivant à leur niveau et se rappelant sans cesse d´où il venait.

Il conclut notre rencontre en ces mots : “Nous restons unis.”, nous serrant chaleureusement dans ses bras.

Un poème de Don Pedro :

Confession d’un Latifundio
 
Par où je suis passé,
J´ai planté le fil de fer barbelé.
Par où je suis passé,
J´ai planté les feux de forêt,
La mort ;
 
Par où je suis passé j´ai tué la tribu la bouche fermée,
Le champ en sueur,
La terre espérée.
 
Par où je suis passé, j’avais en faveur de moi toute la loi.
J´ai planté le rien.

par Guy Grodent





A lire aussi