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24 mars 2015  Actualités

Séminaire CIDSE 17-18/03/2015 :

Regagner le contrôle de notre système alimentaire

Thématiques : Accès au marché ou la construction d’un marché pour les petits paysans, accès à la terre et politique des semences.

Les 17 et 18 mars derniers, des représentants d’Entraide et Fraternité ont assisté au séminaire de la CIDSE [1] . Ce séminaire a rassemblé une quarantaine de personnes : des membres venus d’Europe mais aussi des invités du Sud, parmi lesquels deux partenaires d’Entraide, Gittel des Philippines et Camille d’Haïti. Des représentants d’autres pays comme l’Inde, la RDC, la Côte d’Ivoire, la Colombie, le Nicaragua et l’Afrique du Sud étaient également présents. L’objectif de cette rencontre était de partager nos expériences et nos réflexions autour du thème central : « regagner le contrôle sur notre système alimentaire », afin de continuer le combat pour un système alimentaire plus durable et plus juste avec une vision enrichie, et donc plus pertinente, des enjeux qui y sont liés.

Trois thématiques ont structuré les échanges : l’accès au marché ou la construction d’un marché pour les petits paysans, l’accès à la terre et la politique des semences. Des présentations éclairantes sur des expériences du Nord et du Sud étaient proposées afin d’introduire les différents sujets. Par la suite, l’assemblée se divisait en petits groupes de travail pour faciliter les discussions.

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La première session, centrée sur l’accès au marché, nous a amené à nous questionner, par exemple, sur l’échelle du marché pour les paysans (locale, régionale, nationale, internationale), les difficultés liées à l’adoption des techniques agroécologiques, les risques de récupération institutionnelle ou par le secteur des grandes entreprises. Nous avons aussi insisté sur l’importance de renforcer le lien entre les producteurs de notre alimentation, et nous-mêmes, les consommateurs.

Ensuite, nous nous sommes arrêtés sur la question centrale de la terre, colonne vertébrale de la vie de chacun, et de celles des paysans en particulier. Or, la terre suscite bien des convoitises. Tantôt exploitée de façon irraisonnée par une agriculture industrielle destructrice, tantôt captée pour des projets d’urbanisation ou des activités de spéculation. Les véritables travailleurs de la terre se voient dépossédés petit à petit de ce bien précieux. Le rapport de force ne penchant manifestement pas en leur faveur… Une des lignes directrices qui est ressortie des discussions est qu’il est nécessaire de « démarchandiser » la terre afin de lui redonner la valeur qu’elle mérite, à savoir celle d’être un bien commun à préserver.

Enfin, c’est au sujet des semences que nous avons réfléchi pendant la dernière partie du séminaire. Comme l’a rappelé une participante, le choix de la graine détermine le type de système auquel on participe. Le contrôle des semences, qui sont à la base de la vie, opéré par des certifications et des brevets, induit des conséquences désastreuses sur l’état de la biodiversité, et donc sur l’environnement. C’est en acceptant un tel système que l’on arrive à une situation comme aujourd’hui, où 75% de notre alimentation provient uniquement de 12 types de plantes et de 5 espèces animales. Il est inacceptable que 10 entreprises contrôlent 55% du marché des semences, car il ne s’agit ici de rien d’autre que d’un processus de privatisation de la vie. Ici encore, il faut lutter contre la marchandisation du vivant !

Convaincus que « le système alimentaire est une base commune globale pour un changement sociétal », nous avons tenté d’avancer des pistes pour libérer nos systèmes alimentaire et agricole de leur asservissement envers la vague de privatisations, répondant à la maxime capitaliste du « tout au profit », laissant de côté la dignité des paysans et la santé de notre planète.

Cet événement était également l’occasion pour la CIDSE de faire le lien avec sa réflexion sur le « changement de paradigme » qui vise une transition vers un monde plus juste et durable. À l’échelle de nos organisations, cela requiert des modifications dans notre manière de travailler ensemble. Ce séminaire a montré que la CIDSE mettait en pratiques ses nouvelles attentes. En effet, des innovations au niveau du fonctionnement se sont manifestées notamment par la présence de partenaires du Sud, l’ouverture des discussions à des représentants de mouvements paysans (tel que la Via Campesina), qui ne sont pas membres de la CIDSE. Cela témoigne dès lors d’un rapprochement avec les mouvements sociaux, à la base du changement que nous désirons. Par ailleurs, les thématiques de discussion ont été choisies après de nombreuses consultations, surtout avec les partenaires du Sud. Ainsi, le travail de préparation mais également le déroulement de l’événement se sont réalisés de façon collective et participative.

« La souveraineté alimentaire fait partie d’un changement du système économique, basé sur la solidarité »

Au terme de ces deux jours au contenu assez dense, plusieurs personnes ont eu l’occasion d’émettre quelques mots de conclusion nous rappelant par exemple que, parallèlement à notre travail de plaidoyer, nous devons être attentifs au changement mis en place par les gens, parce que le changement proviendra de la base. Comme le dit un proverbe malgache, « c’est à partir du fond que la casserole commence à bouillir ! ».

Les messages de conclusion traduisaient l’envie et la motivation de poursuivre notre lutte, en mettant à profit toutes nos compétences, car « nous avons la tête, mais nous avons aussi le cœur ! ». Ce séminaire n’était en fait que le commencement du changement que nous voulons voir dans le monde. Il nous a permis de nous mettre en confiance et de mieux comprendre les différentes visions du système alimentaire actuel et la diversité de situations auxquelles nous sommes confrontés. C’était aussi l’occasion de partager nos espoirs et de faire converger nos luttes.

« La production alimentaire est un art. Nous allons peut-être dormir en ayant faim, mais nous sommes malgré tout heureux parce que nous avons nourri quelqu’un » Georges, paysan indien



[1La CIDSE (Coopération Internationale pour le Développement et la Solidarité) est une coalition internationale d’ONG catholiques dont Entraide et Fraternité fait partie. Cette coalition a pour but de coordonner le travail de ses ONG membres et surtout de faire avance la réflexion sur les thématiques de la souveraineté alimentaire, du changement climatiques et des inégalités sociales et de genre.



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