16 octobre 2014  Actualités

Journée mondiale de l’alimentation 2014

Pourquoi en 2014 le monde a encore faim ?

Le 16 octobre est la journée mondiale de l’alimentation. En 2014, le monde a encore et toujours faim.

La faim et la malnutrition, comme l’obésité sont la face visible d’un système agricole et alimentaire malade.Si 2014 est l’année internationale de l’agriculture familiale, c’est surtout la fête pour l’agro-industrie et l’agroalimentaire qui augmenteront encore leurs profits cette année. Un système qui a parié sur l’agrobusiness pour nourrir le monde en évinçant les paysans.

2014 est l’année internationale de l’agriculture familiale, mais c’est surtout la fête pour l’agro-industrie et l’agroalimentaire qui augmenteront encore leurs profits cette année. Un tiers de leurs dirigeants pourront sabrer le champagne pour fêter des profits en hausse de plus de 10%. Dans le même temps, le nombre de personnes souffrant de la faim est identique à celui des années 1970. A ce chiffre, il convient d’ajouter 1,4 milliards de personnes qui souffrent de surpoids ou d’obésité.
La faim et la malnutrition, comme l’obésité sont la face visible d’un système agricole et alimentaire malade. Un système qui a parié sur l’agrobusiness pour nourrir le monde en évinçant les paysans … et qui, dans la perspective d’une population mondiale en augmentation prône toujours plus de concentration, d’industrialisation et de marchés internationaux …

La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) tente bien de traficoter les chiffres depuis quelques années pour laisser entendre que la lutte contre la faim progresse et que nous sommes sur la bonne voie. Ce n’est pas le cas !
L’érosion des terres fertiles et la bétonisation n’ont jamais été aussi importantes qu’aujourd’hui et plus de la moitié des sols du monde sont déjà dégradés par l’activité humaine. Chaque jour des multinationales accaparent les terres des paysans, au Sud comme au Nord. Cela concerne une surface équivalente à douze fois la Belgique en moins de dix ans.

Plus de 30% de la nourriture est gaspillée au Nord. L’Europe est fortement dépendante puisqu’elle importe beaucoup plus de nourriture qu’elle n’en exporte. Cela signifie que nous jetons la nourriture produite par des populations qui auraient mieux fait de la garder pour assurer leur propre sécurité alimentaire. À cela nous devons ajouter la nourriture gaspillée dans nos moteurs, qui représente aujourd’hui 4% de chaque plein à la pompe, et ce n’est qu’un début. Pour chaque pourcentage d’agrocarburants dans nos réservoirs européens se sont 2 millions d’ha (1,3 fois la surface agricole belge) de terre qui sont ainsi gaspillées. De quoi remettre en question l’argument simpliste du productivisme pour faire face à l’augmentation exponentielle de la population mondiale.

Les soutiens au modèle agricole et alimentaire industriels constituent le problème principal. Sans parler des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui mettent tous les paysans du monde en concurrence avec quelques entreprises multinationales et de la tendance actuelle à systématiquement mettre les intérêts économiques devant les droits humains dans les politiques publiques. Et dernièrement il y a les pressions de la Banque mondiale qui poussent les États dans le dos pour être toujours plus favorables aux investisseurs privés. L’Union européenne (UE) n’est pas en reste dans ce diaporama, elle a sacrifié les outils de sa politique agricole commune sur l’autel de la libéralisation, au bénéfice de l’agriculture industrielle et des entreprises. Ces entreprises appliquent un modèle agricole à l’antithèse de celui des organisations paysannes : créer de la croissance pour une minorité et de l’exclusion pour la majorité. De plus, il est incapable de préserver l’environnement et de résister aux changements climatiques et à la pénurie de pétrole.

Opérer la transition vers l’agro-écologie et l’alimentation durable est possible, cela a déjà commencé. Des chercheurs se sont regroupés et donnent des formations certifiantes, des Hautes écoles d’agriculture introduisent la souveraineté alimentaire dans le cursus, des paysans résolus à produire autrement sont de plus en plus nombreux mais buttent sur l’accès à la terre, le réseau des consommateurs responsables rassemble sur son site les centaines d’initiatives de circuits courts et de potagers collectifs, des mutualités travaillent avec les ONG et des organisations de producteurs à l’accessibilité sociale de l’alimentation durable….

Il est cependant révoltant de constater que le foisonnement d’initiatives de citoyens, paysans, chercheurs, consommateurs n’arrive pas à influencer des dirigeants qui continuent majoritairement à soutenir l’agro-industrie et l’alimentation industrielle. Seul le niveau régional, plus en contact avec les citoyens, a commencé à réorienter l’agriculture.

Changer prendra du temps, mais il faut surtout du courage politique pour cesser de soutenir l’agro-industrie qui ne se gênera pas pour faire du chantage à l’emploi, en faignant d’oublier qu’elle détruit beaucoup plus d’emplois qu’elle n’en crée. Il faudra du courage politique pour financer la transition agro-écologique, financer le désendettement des producteurs et financer le développement de l’agriculture paysanne. Et puis, il faudra du courage politique pour repenser l’accès et le contrôle des ressources productives et surtout notre relation à la terre.

La compétition mondiale a construit son discours sur la baisse des prix. Depuis la crise de 2008, nous savons que la dépendance alimentaire est dangereuse. Nous savons aussi que les prix peuvent grimper subitement suite à la spéculation et l’hyper pouvoir des grands groupes agro-alimentaires. Nous connaissons le prix des bas prix : l’exploitation des travailleurs et de la nature. Refuser cette exploitation c’est affirmer que les prix justes et rémunérateurs seront plus élevés. C’est pour cela que nous affirmons qu’il ne peut y avoir de transition sans renforcement de la protection sociale. La course aux prix le plus bas visait d’abord à éloigner la question de la redistribution des richesses. La réussite de la transition passera par le renforcement de la protection sociale pour que l’alimentation de qualité soit accessible à toutes et tous.

L’histoire récente le montre clairement, le recul de la faim est le fruit des politiques publiques sociales basées sur les droits, la lutte contre les inégalités et des politiques agricoles promouvant l’agriculture paysanne.

Signataires :
Carmelina Carracillo, Entraide et Fraternité
Stéphane Desgain, CNCD-11.11.11
Virginie Pissoort, SOS Faim
Thierry Kesteloot, Oxfam Solidarité
Florence Kroff, FIAN Belgique

Source : carte blanche publiée dans La Libre (www.lalibre.be), le 16 octobre 2014.





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