22 octobre 2014  Actualités

Pour une politique climatique et énergétique visionnaire

Ce 24 octobre les dirigeants européens vont adopter les objectifs climatiques et énergétiques des 15 prochaines années !

Le 24 octobre 2014 pourrait devenir une journée historique. Personne ne va à nouveau marcher sur la lune pour la première fois, non, la Belgique ne va pas non plus jouer la demi-finale de la coupe du monde, et il n’y aura pas non plus d’élection historique. Non. Cependant, pour l’histoire de la Belgique et de l’Union européenne, le 24 octobre 2014 sera une étape clef : les dirigeants européens vont adopter les objectifs climatiques et énergétiques des 15 prochaines années, des objectifs qui influenceront les décennies suivantes.

Le degré d’ambition des documents préparatoires du Conseil est décevant, à peine plus élevé que le scénario actuel. S’ils sont adoptés tels quels, la Belgique et l’Europe manqueront l’opportunité d’une révolution énergétique verte et des millions d’emplois qui l’accompagnent. L’Europe doit remettre sur pied son économie, réduire le déficit de sa balance énergétique (aujourd’hui supérieur à 500 milliards d’euros et en hausse constante), créer de l’emploi, améliorer sa mobilité, investir dans un réseau électrique vieillissant… Ces objectifs ne seront rencontrés que par une politique ambitieuse d’efficacité énergétique et d’investissement massif dans les infrastructures de demain. Si elles ne rehaussent pas leur ambition, la Belgique et l’Europe laisseront passer leur chance de reconstruire leur économie et feront le choix implicite d’un monde irrémédiablement et gravement impacté par l’évolution du climat.

Un nouvel accord mondial pour le climat est en préparation : il doit être signé lors de la Conférence de Paris fin 2015.

En septembre, le sommet spécial des Nations Unies organisé par le secrétaire général Ban Ki Moon a créé un nouveau momentum politique. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues en Europe et partout dans le monde pour demander d’intensifier l’action climatique. La mobilisation a été d’une ampleur sans précédent, avec un demi-million de citoyens ordinaires, d’activistes et de décideurs politiques, défilant dans les rues pour réclamer l’ambition politique nécessaire à limiter le réchauffement de l’atmosphère et orienter nos sociétés vers des énergies durables 100% renouvelables.

Nous avons manifesté pour rappeler à nos décideurs que les plus pauvres et les plus marginalisés, surtout les femmes et les enfants, souffrent le plus des effets actuels des changements climatiques. Selon les derniers rapports de la Banque mondiale et du Groupe intergouvernemental des experts sur l’évolution du climat (GIEC), les émissions de gaz à effet de serre sont à la source de la hausse des températures, des perturbations des régimes de pluie, de l’intensification et l’augmentation de fréquence des événements climatiques extrêmes, avec les conséquences dévastatrices qu’ont ces changements climatiques et l’augmentation de la faim, de la soif et de la pauvreté. Les impacts sur la sécurité et la souveraineté alimentaire empirent et se manifestent plus tôt qu’estimé.

L’ultime injustice des changements climatiques réside dans le fait que ceux qui sont le moins responsables du problème sont forcés de faire face aux changements climatiques avec très peu de moyens pour se protéger. En même temps, le nouveau rapport sur l’économie des changements climatiques, paru le mois dernier, démontre clairement que l’action climatique et le développement économique peuvent se renforcer mutuellement si d’autres politiques sont adéquatement définies. La politique climatique et énergétique européenne est de celles-là. La première manière d’aider les pays vulnérables aux changements climatiques est d’agir ici, en Belgique et en Europe.

Le Premier ministre Charles Michel et les autres dirigeants européens entendent-ils cet appel ?

Pour faire face à deux des plus grands défis européens – les changements climatiques et la dépendance énergétique—, nous croyons fermement que l’Union européenne doit, au minimum [1], suivre la voix des députés européens [2] et adopter trois objectifs contraignants, cohérents entre eux et qui s’auto-renforcent : au moins 40% de réductions d’émissions de gaz à effet de serre, au moins 40% d’efficience énergétique, et au moins 30% de renouvelables.

Tout engagement moins ambitieux représenterait non seulement un pas en arrière par rapport à l’inévitable progression des énergies renouvelables en Europe, mais empêcherait aussi l’Union européenne de respecter son engagement à assumer sa part de l’effort dans le maintien de l’augmentation de la température globale sous le seuil menaçant des 2°C.

Les citoyens qui réclament plus d’ambition climatique n’accepteront pas ceci, non plus les entreprises actives qui sont déjà en train de décarboner l’économie [3], et encore moins les pays les plus vulnérables aux changements climatiques.

Un texte de la Plateforme Justice climatique - CNCD-11.11.11, 11.11.11, Entraide et Fraternité, Inter-Environnement Wallonie (IEW), Greenpeace, WWF, CSC, FGTB, Associations21, ADG, Médecine pour le Tiers Monde (M3M), Oxfam-Solidarité, Oxfam Magasins du monde, PROTOS, SLCD, SOS FAIM, Tourisme Autrement, Climate Express.

Publié dans : tribune publiée de L’Echo le 22 octobre 2014.



[1Le Climate Action Network demande 55% de réductions de gaz à effet de serre, 40% d’efficacité énergétique et 45% de renouvelables à l’horizon 2030.

[2Résolution du 5 février 2014

[3Voir à ce sujet la déclaration des entreprises du 14 octobre 2014 : www.degroenezaak.com/2030declaration.pdf



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