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Pierre Rabhi

L’agro-écologie est efficace et nécessaire

Tel est le message que Pierre Rabhi a délivré tout le long de cette journée du 28 février passée à Louvain-la-Neuve, à l’invitation d’Entraide et Fraternité.

D’abord face à des représentants du monde académique et du monde paysan, ensuite en compagnie de jeunes étudiants engagés dans les initiatives des kots à projet, enfin devant un public de 1000 personnes rassemblées dans deux auditoires de la Faculté des Sciences.

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Pierre Rabhi n’a eu de cesse de marteler son message : alors que l’humanité est confrontée au drame de la faim et à des scandales alimentaires à répétition, les techniques et pratiques agricoles douces qui respectent les sols, l’eau et la vie sont les seules à représenter une solution efficace.
Narrant son itinéraire de vie personnel, Pierre Rabhi a montré comment ce dernier l’a amené au cœur de la problématique mondiale de l’agriculture et de l’alimentation. Ayant fait l’expérience des transformations que la « modernité » a imposé aux modes de vie traditionnels, il parvient à la conclusion que le paradigme qui sous-tend l’ensemble de notre système économique et social actuel est erroné : « Le toujours plus, le toujours plus vite et la course effrénée au profit nous amènent à nous rendre la vie impossible et encore plus aux générations futures. »
Une agriculture destructrice
Pierre Rabhi assène « l’agriculture d’aujourd’hui est destructrice. Elle ne peut produire sans détruire : les sols, l’eau, le climat…. Si on continue dans cette impasse, si on pousse encore en avant dans cette voie, cela va affamer l’humanité y compris au Nord de la planète (…). Ceci n’est pas une théorie de plus, les pénuries alimentaires nous guettent tous, c’est un processus d’une gravité extrême que les gens et les politiciens ne mesurent pas. »
A l’origine de l’agriculture industrielle, il y a la nécessité de trouver de nouveaux débouchés pour les produits et substances de l’industrie de guerre. D’un côté l’industrie chimique a transformé ses gaz et autres produit organochlorés en pesticides et engrais, de l’autre les chars d’assaut sont devenus des tracteurs et des machines agricoles, et le monde s’est ainsi lancé dans une « agriculture guerrière » dont on mesure aujourd’hui l’impact catastrophique sur l’environnement et la santé.
Pierre Rabhi décide de tourner le dos à ces modes de productions mortifères. Il retourne à la terre dans une ferme des Cévennes où il expérimente une agriculture organique, qui petit à petit s’avère extrêmement efficace et productive : « j’ai vu les transgressions, et je suis passé en bio » déclare-t-il.
En 1981, après la visite d’un délégué du Burkina Faso, Pierre Rabhi se rend dans ce pays, un des plus pauvres du monde, pour y enseigner et appliquer ses méthodes culturales. Le président réformateur de l’époque, Thomas Sankara, le charge d’un plan de mise en œuvre de l’agro-écologie à l’échelle du pays. Malheureusement, il ne verra jamais le jour, suite à l’assassinat du jeune président. On ne peut s’empêcher de se demander combien de vie auraient été significativement améliorées sans ce crime.
Aujourd’hui, face à ces forces qui allient cupidité et vision à court terme, Pierre Rabhi est entré en résistance. Il se consacre à apprendre aux paysans du Sud, aux agriculteurs du Nord et à tous les citoyens à remettre en question le modèle dominant, à s’impliquer dans une « démarche de substitution technique ».

Il y a en effet des solutions. A nous de les mettre en œuvre, chacun à son niveau, comme le courageux petit colibri qui fait sa part de travail pendant l’incendie de la forêt.
Le problème est énorme et les gens se sentent dépassés, mais ils ne doivent pas baisser les bras : « J’ai le sentiment que plutôt que de couler, la société est en train de changer radicalement et vous en êtes la preuve vivante » dira-t-il à la cinquantaine de jeunes étudiants de l’UCL rassemblés pour dialoguer avec lui.

Dans la multitude de solutions à mettre en œuvre collectivement ou individuellement, la sobriété tient un rôle important. Elle est une posture. L’antidote à la surabondance et à la surconsommation qui alimentent les multinationales et le système.
Face à un public enthousiaste, ce grand monsieur, visiblement devenu une icône pour énormément de gens conclut : « devant la folie collective de notre inconscience, il importe de clamer que non seulement l’agro-écologie ça marche, mais qu’en plus, c’est une véritable éthique de vie ! »





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