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Mgr Eugène Rixen

Dom Eugênio

Né en juin 1944, à La Calamine (Belgique), il est évêque de Goiás, au Brésil. D’origine belge, il est maintenant citoyen brésilien.

Dom Eugênio, comme l’appelle affectueusement ses paroissiens, est connu pour son engagement pastoral auprès des paysans sem terra (sans terre), ceux qui sont spoliés de leurs terres. Dans la chapelle du centre diocésain de Goiás, l’option fondamentale du diocèse est inscrite sur une grande affiche : L’Église est le Peuple de Dieu. Une affirmation qui guide quotidiennement le travail de Mgr Eugène Rixen pour qui l’Église doit être au cœur des combats sociaux, de manière très pratique et très convaincue.

L’église au service des paysans

Interview Juste Terre !

Occuper la terre, résister à la domination de l’agro-business, produire écologiquement, telles sont es trois missions de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), à Goiás, pour défendre la dignité des paysans. La CPT est une commission de l’Eglise catholique brésilienne qui se veut au service des paysans. Entraide et Fraternité soutient la CPT du diocèse de Goiás depuis de nombreuses années.
Juste Terre ! a demandé à Mgr Rixen, évêque de Goiás, d’évoquer les problématiques agraires actuelles dans son diocèse mais aussi les réalisations et les défis de la CPT.

Juste Terre ! : Quelles sont, aujourd’hui, à Goiás, les principales difficultés qu’affrontent les paysans ?
Mgr Rixen : Comme partout au Brésil, on y constate l’expansion de l’agrobusiness largement soutenu par le gouvernement. Des grandes monocultures destinées à l’exportation et aux mains de quelques gros proprié-taires rendent la terre de plus en plus rare pour les pay-sans sans moyens.En plus, le gouvernement soutient
une politique de développement de la croissance par la réalisation d’infrastructures lourdescomme les barrages hydro-électriques, ce qui provoque le déplacement des po-pulations et une raréfaction encore accrue des terres.
Juste Terre ! : Que fait la CPT dans ce contexte ?
Mgr Rixen : Face à ce phénomène, la CPT essaie de dé-fendre l’agriculture paysanne à petite échellecar c’est cette dernière - et pas les cultures d’exportation - qui four-nit la majorité de l’alimentation consommée localement.
La CPT mène une politique de formation à des techniques agro-écologiquespour permettre aux paysans d’amélio-rer leur production sans tomber dans la dépendance aux intrants industriels. Par ailleurs, on a de très beaux projets comme des jardins communautaires ou des coopératives qui commercialisent les productions de fruits et légumes des petites exploitations familiales. Car, le problème est aussi pouvoir vendre les surplus.
Juste Terre ! : Quelles sont les grandes priorités au Brésil et à Goiás pour les années à venir ?
Mgr Rixen :Il y a, bien sûr, le combat pour l’accès à la terre, qui reste d’actualité. Car le Brésil n’a pas encore connu de véritable réforme agraire même si, globale-ment, le nombre de paysans sans terre diminue. Rien que pour le diocèse de Goiás, il y a actuellement 45 assenta-mentos(terres pour lesquelles les paysans ont obtenu des
titres de propriété après des années de lutte) et de nom-breux acampamentos (campements pour occuper la terre en vue d’obtenir des titres de propriété).
Au-delà de cette question, notre travail consiste encore et notre défi : il faut aider les paysans, une fois installés, à produire et à vendre.Il faut leur donner la possibilité d’avoir un revenu et, donc, la perspective d’une vie digne.
Concrètement, cela revient à développer les marchés lo-caux et à diversifier la production (lait, miel, riz…).
C’est une déception énorme que de voir un nombre significatif de personnes quitter leur terre après avoir lutté si durement pour l’obtenir parce qu’ils n’arrivent pas à vivre de leur travail.
Juste Terre ! : … et pour la CPT ?
Mgr Rixen : Aujourd’hui, le mouvement pointe trois prio-rités. En premier lieu, la réaffirmation de la dimension pastorale de la Commission : « La mission de ses membres consiste à être présents et à travailler aux côtés du monde rural, dans une dimension éducative et transformatrice ».
Mais, il faut aller plus loin : « La lutte pour la terre n’est plus suffisante en soi, il faut maintenant intégrer la notion de permanence sur la terre et, donc, celle du respect de l’environnement. C’est dans cette optique qu’il faut lutter contre la voracité de l’agrobusiness et des grands proprié-taires. Ces derniers sont, en effet, prêts à tout pour exploiter la terre, quitte à provoquer la déprédation de l’environ-nement et à ruiner l’existence de millions de personnes ».
La troisième priorité est directement liée à ce constat.
Il s’agit de renforcer l’agriculture familiale durable, res-pectueuse de l’environnement, qui permet aux hommes et aux femmes de vivre dignement de la terre.





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