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13 décembre 2017  Actualités

Interview - Alphonse Habonimana

Le rôle des femmes au Burundi

La campagne de Carême 2018 met le focus sur le rôle des femmes au Burundi

CEPRODILIC-ADEPE est une petite association partenaire d’Entraide et Fraternité dans la province de Rutana, au Burundi. Elle développe des activités pour aider les femmes des villages et leurs familles à se sortir de la grande pauvreté en renforçant la sécurité alimentaire. Chargé de programme pour cette association, Alphonse Habonimana est notre prochain invité du Carême de partage 2018 pour rencontrer des jeunes. Il nous parle de son travail et des défis qu’il affronte au quotidien. 43 ans, marié, papa de trois enfants, Alphonse est ce qu’on appelle avant tout un homme de terrain…

Juste Terre ! : Quel est le champ d’action de votre association et pourquoi s’adresse-t-elle surtout aux femmes ?

Alphonse Habonimana : Dans notre région, les organisations partenaires d’Entraide et Fraternité tentent de promouvoir l’agroécologie, car celle-ci permet de restaurer l’environnement tout en rendant l’agriculture plus productive. Parallèlement, nous formons et conscientisons les femmes sur leurs droits et sur les enjeux d’une plus grande égalité entre elles et les hommes. Cinq associations, composées majoritairement de femmes, participent à notre projet. Parmi elles, on compte beaucoup de rapatriées qui rentrent de Tanzanie où elles avaient fui la guerre civile. Les activités que nous leur proposons favorisent leur intégration sociale.
Suite à nos formations, nous constatons que ces femmes prennent plus souvent part aux décisions dans la famille, dans les associations ou dans les coopératives. Grâce à cette dynamique, les conditions de vie des plus pauvres s’améliorent : on mange mieux et plus. Et les revenus supplémentaires sont investis dans l’éducation, dans la santé ou dans des logements plus dignes.

Juste Terre ! : Quelle est la situation des femmes et des jeunes dans les campagnes du Burundi ?

A.H. : Au Burundi, l’agriculture occupe la plus grande partie de la population et la majorité des travailleurs agricoles sont des femmes, des jeunes déscolarisés sans autre emploi et des groupes marginalisés comme les ex-combattants.

Juste Terre ! : Que pouvez-vous dire de la situation socioéconomique dans votre pays ?

A.H. : Après une longue période de conflit fratricide, la population burundaise vit dans des conditions encore très difficiles sur tous les plans. La crise économique mondiale, la faible croissance économique, le niveau élevé de chômage, la valeur de la monnaie burundaise contribuent énormément à la faible capacité d’accès aux moyens de subsistance et à l’augmentation des prix des produits de première nécessité.

Juste Terre ! : Comment améliorer les conditions de vie des gens ?

A.H. : La province où nous opérons se prête bien à l’amélioration de la rentabilité agropastorale à condition de veiller à amender et restaurer la fertilité des sols. Cela se fait par l’apprentissage de l’utilisation de compost. Mais cette action contribue également à une amélioration de l’environnement grâce à une approche agroécologique. CEPRODILIC-ADEPE veut renforcer la sécurité alimentaire des centaines de membres des organisations de base, en augmentant leur production et les revenus qu’ils en tirent.

Juste Terre ! : Votre association intervient-elle uniquement dans le domaine de l’agriculture ?

A.H. : Non, le CEPRODILIC-ADEPE développe aussi des projets dans le domaine de l’éducation : alphabétisation, enseignement primaire-secondaire et technique, enseignement supérieur à l’Université Lumière de Bujumbura, séminaires pour leaders des églises. Nous intervenons aussi dans l’octroi de microcrédits ou dans la promotion des Batwas (minorité pygmée).

Juste Terre ! : Quel est le message que vous porterez aux jeunes Belges lors de votre visite en Belgique en février ?

A.H. : Au fur et à mesure que les inégalités se creusent, le tissu social de nos sociétés au nord comme au sud se distend et les incertitudes économiques et sociales s’accentuent, allant parfois jusqu’à provoquer des troubles. Pourtant, l’inégalité n’a rien d’une fatalité. Notre but à tous devrait être de lever cet obstacle redoutable au développement et à la dignité humaine en prenant des mesures concrètes pour nous changer et pour changer le monde. Soyons le changement que nous appelons de nos vœux !

Christine, la fierté d’être paysanne solidaire

Christine a commencé à participer aux réunions d’une association de paysans encadrée par CEPRODILIC-ADEPE, il y a trois ans. Elle en est devenue la responsable, c’est elle désormais qui conseille le groupe lorsqu’il y a des conflits entre les 46 membres, qui représente légalement l’association devant les autorités et organise les réunions. « Je motive les membres à participer à toutes nos réunions, je suis attentive aux absents, je leur rappelle le règlement. »
Ensemble, ils ont entamé une formation à l’élevage. Comment s’occuper des chèvres, comment produire du compost avec leurs excréments, comment répandre la fumure dans les champs pour les fertiliser, semer en ligne et non à la volée ? Des méthodes simples mais efficaces pour augmenter la production. À chaque récolte, les membres de l’association épargnent 1000 francs burundais. « Ce n’est pas grand-chose mais grâce à notre cotisation de solidarité, nous avons pu distribuer des cahiers à une centaine d’enfants de Rutana. Et nous sommes fiers, nous les habitants de la colline de Kayove, de contribuer même avec nos faibles moyens à l’éducation des plus vulnérables de notre communauté. Nous aussi, nous pouvons être solidaires. »





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