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G8

"Le début de quelque chose de grand"

François Letocart nous livre ses impressions, de retour d’Edimbourg, où il a accompagné une délégation d’E&F à "l’autre G8".

En bon altermondialiste, il est certains principes avec lesquels on ne peut transiger. Ainsi, prendre l’avion pour Edimbourg (Ecosse), afin de participer à un contre sommet du G8 qui débattra, entre autres, de l’effet de serre et du réchauffement climatique, c’est pour le moins impensable, encore plus si la compagnie qui assure la ligne est connue pour ses pratiques anti-sociales…

Il n’empêche : 45 heures de car aller-retour, dont une bonne part d’attente à la douane et sur les parkings d’Eurotunnel, ça vous fait douter de vos convictions les plus profondes. Un grand coup de chapeau donc, à la « jeune et dynamique » délégation d’Entraide et Fraternité qui a participé à cette expédition écossaise !

Alors qu’initialement on avait espéré mobiliser une quinzaine de personnes pour cet événement, ce sont finalement 65 militants, dont 55 jeunes de moins de 25 ans, qui se sont retrouvés à la gare du Nord avec guitares, drapeaux et bagages pour embarquer vers la ville native du père du libéralisme, Adam Smith.

Très vite, on a compris ce que les mots « Europe » et « liberté d’expression » veulent dire en anglais : en effet, appliquant à la lettre les consignes de Londres, les douaniers « british » contrôlent minutieusement tous les passagers, tandis que leurs collègues de la police des frontières passent nos autocars (visiblement attendus) et les bagages au peigne fin. Autant de contraintes qui n’entament nullement le moral des troupes. Nous débarquons comme prévu vendredi en fin de journée dans la capitale écossaise et nous nous installons dans nos pénates : un hangar et une salle paroissiale obligeamment mis à disposition par des habitants sensibles à la « cause ».

Accueil chaleureux

Partout dans la ville, sur les portes des maisons, dans les vitrines des magasins, sur les murailles du château, on peut apercevoir le slogan de la mobilisation populaire « make poverty history – faites de la pauvreté une histoire du passé ». Pour les « vétérans » altermondialistes, il n’y a qu’à Florence lors du premier Forum Social Européen qu’on a vu pareil accueil et pareil soutien de la part de la population locale. C’est de bonne augure pour la manif du lendemain...

Pour nous, après quelques repérages et une courte nuit, il est déjà temps de s’habiller en blanc et de rejoindre le parc Meadows d’où démarrera la grande marche dont l’objectif est d’encercler le cœur historique et la vieille ville d’un bandeau blanc humain. Les organisateurs de cet événement sont les membres de la plate-forme Make Poverty History – le relais britannique de l’Action Mondiale contre la Pauvreté – dont font partie les ONG d’inspiration chrétienne comme Christian Aid, CAFOD, SCIAF…

Alors qu’on attendait initialement 100 000 personnes, ce sont finalement 225 000 personnes qui défilent en espérant que, cette fois, les chefs d’Etat ne se contenteront pas seulement d’entendre le cri de la rue mais aussi d’écouter ce message maintes fois répété :

« Nous sommes à un tournant de l’histoire de l’humanité : pour la première fois notre génération dispose des moyens techniques et financiers pour éradiquer complètement la pauvreté de la surface du globe. Nous refusons de rater cette occasion et nous exigeons que vous preniez les mesures nécessaires pour mettre fin à ce scandale qu’est la mort d’un enfant africain toutes les 3 secondes pour cause de pauvreté. Cessez de faire des compromis pour une fois, soyez vraiment grands ! »

Conscience mondiale

Dans ce grand cortège bariolé mais très pacifique et familial, le groupe d’Entraide et Fraternité est loin de passer inaperçu : musique, drapeaux, chansons et enthousiasme jalonnent notre route qui nous ramène au parc pour une après-midi de meeting. Durant celui-ci, nous avons l’occasion, entre autres, de voir Sir Bob Geldof, promoteur de la série de concerts « live 8 » dans les capitales du G8. Par un effet de mondovision typiquement « cathodique », on se retrouve connectés avec le public des autres villes : 1,5 millions de spectateurs au total et 550 millions de téléspectateurs !

Si certains ont raison de regretter que cette initiative lancée tardivement a trop sacrifié au show business et est venue médiatiquement éclipser la campagne plus classique des associations, on sent quand même nettement que « quelque chose est en train de se passer ». C’est comme un mouvement d’opinion mondiale, un rapport de force qui se met en place et pourrait faire basculer les idées de nos dirigeants en les amenant à des actes de vraie solidarité…

C’est sur ces impressions un peu euphoriques qu’on termine cette journée de manif dans les pubs d’Edimbourg où l’on fraternise en chansons avec les Ecossais. Nous terminons notre trop bref séjour au pays des kilts en assistant le lendemain aux quatre coins de la ville à diverses sessions du « contre-sommet ». Conférences et ateliers sur des sujets liés à la mondialisation se déroulent en continu mais, hélas, tout est payant ! On est bien au pays du libéralisme triomphant et les organisateurs n’ont eu aucun soutien de la part des pouvoirs publics.

Alors qu’un petit groupe d’irréductibles reste sur place pour participer aux autres manifestations (notamment à Gleneagles même), le gros de notre troupe remet le cap sur Bruxelles. Au programme : retrouvailles en été, forum social des jeunes en automne et rencontre-débat avec notre Premier Ministre en septembre, pour lui remettre le volet belge de notre pétition. En effet, la Belgique, elle aussi, peut faire beaucoup plus pour atteindre les Objectifs du Millénaire et en particulier pour le droit d’accès à l’eau.

En tout cas, même si le séjour fut bref, il fut intense et marquera les esprits en nous donnant encore plus envie de nous engager pour plus de justice globale car, pour reprendre le mots de l’artiste sénégalais Youssou N’Dour, participant au « Live eight », « ça fait longtemps qu’on se bat pour l’effacement de la dette, pour plus de justice dans le commerce mondial, pour l’augmentation de l’aide ; mais aujourd’hui, c’est le début de quelque chose de grand ! »

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