10 janvier 2014  Actualités

Le reconstruction d’Haïti : renforcer les solidarités !

Entretien avec Marc-Arthur Fils-Aimé

Marc-Arthur, formateur pour ICKL, est en déplacement en Belgique jusqu’au 17 janvier pour plusieurs visites et rencontres.

Marc-Arthur est président de l’Institut catholique Karl Lévêque (ICKL), partenaire d’Entraide et Fraternité en Haïti depuis une vingtaine d’année. Les activités d’ICKL sont développées à travers tout le pays, aussi bien dans les milieux populaires urbains que dans les communautés rurales les plus reculées.

Juste Terre ! :
Alors que les images du typhon qui s’est abattu sur les Philippines le 8 novembre rappellent que la désolation et l’extrême précarité des rescapés est une tragédie pour tous, comment voyez-vous la reconstruction en Haïti quatre années après le séisme ?

Marc-Arthur :
En effet, cela rappelle beaucoup le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Mais la situation d’Haïti ne se limite pas au séisme. Chaque année, la saison des cyclones cause de grands dégâts dans le pays. Cette situation de catastrophe naturelle rappelle aussi l’importance des ONG de base, présentes à travers leurs activités régulières sur le terrain, qui viennent en aide directement aux populations. Cela contraste avec l’aide internationale souvent loin des populations dont elle ne parle pas la langue et dont les moyens sont gigantesques et les frais de fonctionnement énormes.

Juste Terre ! :
Comment les projets mis en place dans les mois qui ont suivi la catastrophe, par vous et les organisations avec qui vous collaborez, ont pu se poursuivre à moyen terme et s’inscrire dans la durabilité ?

Marc-Arthur :
Après le séisme, les besoins exprimés par le réseau de nos organisations partenaires n’étaient pas de recevoir de l’argent ou de la nourriture mais plutôt de demander de l’aide pour construire des centres de santé et réparer les écoles communautaires. Ces actions se maintiennent et ont été renforcées par des formations pour mieux préparer les gens aux catastrophes naturelles, avec un impact concret dans la vie des gens. Des livrets explicatifs ont été élaborés avec les enseignants pour pouvoir être aussi distribués aux élèves dans chaque école. Les écoles bénéficient également de projets de petites entreprises locales qui peuvent apporter des ressources financières nouvelles. Par exemple, le moulin communautaire utilisé moyennant paiement par les familles pour produire leur farine et dont les bénéfices perçus sont reversés pour le fonctionnement de l’école (matériel en classe, salaire des instituteurs…).

Juste Terre !  :
Quels sont les programmes et actions qui touchent le plus profondément la société haïtienne pour aider efficacement à la reconstruction ?

Marc-Arthur :
Tout le volet formation est primordial. Soutenir les organisations paysannes et les populations urbaines permet de toucher la société haïtienne en profondeur. Leur apporter une meilleure compréhension de ce que sont les catastrophes naturelles, l’impact du changement climatique ou le phénomène de la déforestation qui aggrave l’érosion des terres, alors que bien souvent les catastrophes sont vues comme la punition de Dieu. Il s’agit aussi de les amener à réfléchir à leur engagement et à s’impliquer pour mieux réagir face à ces catastrophes. Cela passe aussi par les mouvements populaires ou organisations sociales et politiques.

Juste Terre ! :
Selon vous, quelles sont les activités de l’ICKL, soutenues par Entraide et Fraternité, qui sont des priorités cette année ?

Marc-Arthur :
Une priorité concerne la santé et la réapparition dramatique du choléra, qui est quasiment redevenu un problème national. Autre priorité, celle de la malnutrition chronique, inégale selon les régions. ICKL ne participe pas à des programmes d’aide alimentaire mais soutient les paysans et paysannes d’Haïti pour développer une agriculture « qui nourrit », en préparant mieux les terres, en utilisant davantage d’engrais organiques et des techniques agricoles adaptées.

Juste Terre ! :
Y a-t-il des signes d’encouragement pour Haïti ?

Marc-Arthur :
Oui, bien sûr ! Des signes d’espoir existent ! Voir ces enfants de paysans aller chaque jour en classe, c’est une vraie satisfaction. Et on voit également se développer une plus grande autonomisation des organisations partenaires, ça va dans le bon sens.

Propos recueillis par Claude Mormont (directeur département Partenariat International), avec Elise Sabourin (département Communication).





Retrouvez-nous sur : facebook twitter youtube flickr