L’agroécologie à Madagascar

Une véritable place aux paysans

À Madagascar, 36 % des ménages ruraux vivent en insécurité alimentaire. L’agroécologie peut être une réponse crédible à un grand nombre de problèmes rencontrés par les paysans malgaches et, en premier lieu, aux changements climatiques. Cependant, elle ne peut, à elle seule, répondre à tous les enjeux de la paysannerie malgache.

Je soutiens les paysans de Madagascar

Madagascar est un des pays les plus pauvres de la planète avec 92% de sa population gagnant moins de 2 dollars par jour. C’est également un pays agricole avec plus de 80% de sa population vivant en milieu rural. Malheureusement, le manque de soutien du gouvernement aux agriculteurs et les crises économiques et politiques ont fragilisé l’agriculture familiale peinant à survivre dans un contexte qui lui est de plus en plus hostile.

En effet, Madagascar ne fait pas exception à la tendance actuelle des États africains où l’agrobusiness, la culture de rente et d’export sont favorisés au détriment de l’agriculture paysanne. Avec pour conséquence, une insécurité alimentaire qui touche 36% des ménages ruraux. Conséquence aussi des politiques gouvernementales en faveur de l’agrobusiness : les accaparements de terres.

À cette situation pour le moins précaire, d’autres facteurs aggravants viennent ajouter leurs lots de difficultés pour les paysannes et les paysans malgaches.

Les changements climatiques

Comme de nombreux pays tropicaux, Madagascar subit d’ores et déjà, de plein fouet, les conséquences du réchauffement climatique. Mis à part l’augmentation en nombre et en intensité des événements climatiques extrêmes tels que les cyclones, les inondations et les sécheresses, le dérèglement climatique se manifeste par de petits changements qui pourtant ont un impact énorme sur l’agriculture paysanne (apparition de nouveaux ravageurs et de nouvelles maladies pour les plantes et les animaux, dérèglement des saisons…). Les paysans voient leur production et leurs revenus diminuer tandis que l’insécurité alimentaire augmente.

Croissance démographique et dégradation de l’environnement

À cette pression climatique vient s’ajouter une pression démographique toujours plus lourde. Avec, pour principale conséquence, la diminution des surfaces cultivées par ménage. Il y a moins de ressources disponibles et toujours plus de bouches à nourrir.

La pression démographique et la pression exercée par l’agrobusiness et l’exploitation minière, qui s’accaparent les terres, poussent les paysans malgaches, privés de toute autre alternative, à déboiser des terrains et à épuiser les sols pour tenter de produire plus. Ceci entraîne une dégradation de l’environnement (érosion, perte de fertilité, maladie des plantes...).

Il va sans dire que les paysans malgaches sont mal lotis. Ils sont isolés, pauvres, mal nourris alors même qu’ils cultivent la terre, ne disposant ni des services publics de base (écoles, hôpitaux…) ni des infrastructures nécessaires au développement de leur activité (routes, électricité, eau saine…). Pourtant, des solutions existent qui offrent des pistes concrètes et crédibles pour améliorer la situation de l’agriculture paysanne malgache. L’agroécologie en est une, mise en pratique depuis plusieurs années par un nombre croissant de paysans.

L’agroécologie ?

L’agroécologie est avant tout un ensemble de pratiques agricoles qui observe les mécanismes de la nature et les adapte à l’agriculture. La nature est donc au centre de l’attention. L’agroécologie est aussi une approche scientifique dont le but est à la fois de mieux comprendre les processus naturels et les pratiques traditionnelles des paysans pour les améliorer. Les paysans y occupent une place centrale comme détenteurs de savoirs ancestraux. L’agroécologie est également un mouvement social, imbriqué dans le mouvement de la souveraineté alimentaire, qui rejette l’agriculture industrielle, destructrice de l’environnement et du lien social. L’humain et la nature sont au centre de ses préoccupations.

L’agroécologie à Madagascar 

Les pratiques traditionnelles des paysans malgaches sont agroécologiques parce qu’elles se basent sur l’observation de la nature et son imitation dans l’agriculture. Mais avec les changements climatiques, ces pratiques traditionnelles ne sont plus efficaces, elles doivent évoluer. C’est pour cette raison que, depuis le début des années 1980, des scientifiques, des techniciens de terrain et des animateurs paysans ont entrepris de mieux comprendre le travail des paysans et leur proposent de nouvelles techniques ou simplement des améliorations de leurs pratiques traditionnelles.

L’agroécologie peut améliorer la sécurité alimentaire

L’agroécologie permet une augmentation de la production alimentaire tout en diminuant les ressources nécessaires. En réduisant les coûts de production et en augmentant les rendements, les techniques agroécologiques améliorent à la fois la sécurité alimentaire des petits agriculteurs et leur permet d’augmenter leur revenus.

La technique de riziculture intensive (SRI), combinée à d’autres pratiques agroécologiques, notamment de compostage et d’entretien de la terre, présente un vrai potentiel de lutte contre la faim ainsi que d’amélioration du revenu des ménages paysans qui peuvent vendre une plus grande partie de leur récolte.

L’agroécologie contribue à protéger et rétablir l’environnement

Par des pratiques de protection et de renforcement du sol, l’agroécologie peut répondre à la dégradation de l’environnement. L’association de culture en agroforesterie, par exemple, permet à la fois de renforcer le maintien du sol pour réduire les risques de glissement de terrain tout en apportant du bois et des fruits aux paysans.

L’agroécologie permet de s’adapter aux changements climatiques

En imitant le fonctionnement des écosystèmes naturels, les systèmes agroécologiques sont plus stables. Ils visent la résilience, c’est-à-dire la résistance et la capacité de récupération face à un choc, comme le changement climatique par exemple. Le système de couverture végétal maintient l’eau dans le sol en période de sécheresse et l’absorbe en période de forte pluie. L’association de cultures et l’enrichissement du sol permettent de produire, presque tout au long de l’année, des plantes à cycles courts, ce qui répond à la problématique du dérèglement des saisons. De plus, ces pratiques favorisent le développement de la biodiversité des plantes, des insectes et des petits animaux garantissant une meilleure stabilité de l’écosystème.

L’agroécologie, condition nécessaire mais non suffisante pour la souveraineté alimentaire

L’agroécologie est donc une réponse crédible à un grand nombre de problèmes rencontrés par les paysans malgaches et, en premier lieu, aux changements climatiques.

Cependant, elle ne peut à elle seule répondre à tous les enjeux de la paysannerie malgache. Elle doit être accompagnée d’un travail d’éducation et de sensibilisation
(au genre, à l’environnement, aux changements climatiques…). Et surtout, l’agroécologie ne peut être efficace que si elle est combinée à un mouvement paysan fort portant des revendications politiques à tous les niveaux de pouvoir. Et parmi les revendications des paysans malgaches, la plus importante est sans aucun doute que leur voix soit entendue, que leur avis soit pris en compte et qu’ils aient une véritable place dans les politiques agricoles et de lutte contre les changements climatiques.

Les partenaires d’Entraide et Fraternité à Madagascar, Caritas-Antsirabe, le Centre Saint-Benoît et la Coalition paysanne de Madagascar œuvrent à cela, avec courage et persévérance. Grâce à eux, si la route est encore longue, du moins est-elle pleine d’espoirs !

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