Interview de Paul Rixen : Entraide et Fraternité aux JMJ

Brésil- JMJ

Le message du Christ ne se révèle-t-il pas aussi dans l’échange et la rencontre avec les plus petits, les plus démunis ?

C’est la conviction de Paul Rixen, animateur à Entraide et Fraternité. Nous l’avons interrogé sur ses attentes à la veille de son départ pour le Brésil où il accompagne un groupe de jeunes dans le cadre des JMJ.

Entraide et Fraternité : D’où est venue l’idée d’un temps de solidarité en préparation à la rencontre des JMJ ?

Paul Rixen : Lors des différentes réunions de préparation des JMJ, les diocèses francophones ont émis le souhait d’organiser un « moment de service et d’engagement » pour les jeunes participants. L’idée était qu’on ne pouvait pas aller au Brésil « comme ça », sans ouvrir les yeux sur toutes les réalités du pays. En effet, si le Brésil est le plus grand pays catholique du monde, il est aussi traversé par des inégalités terribles et connaît un taux de pauvreté extrêmement élevé.

Les différentes pastorales des jeunes ont donc fait appel à Entraide et Fraternité qui est un service d’Eglise et qui a une longue expérience du Brésil, puisqu’elle y soutient des projets sociaux depuis près de 50 ans. Un de ces projets est la Commission Pastorale de la Terre, à Goiàs, qui, comme son nom l’indique, ne mène pas qu’un travail social mais aussi pastoral.

C’est indéniablement un plus, dans l’optique de faire découvrir aux jeunes un visage d’Église souvent méconnu, celui d’une institution socialement et pastoralement engagée, en cohérence avec les exigences évangéliques de l’enseignement social de l’Eglise.

Entraide et Fraternité : Comment se déroule la préparation des jeunes voyageurs ? Quel est le « menu » qui leur sera proposé ?

Paul Rixen : Des rencontres préparatoires ont lieu régulièrement dans les différents diocèses. A Tournai, en février, il y a eu un formidable week-end rassemblant tous les participants. L’occasion d’un temps de prière et de rencontre mais aussi l’occasion de découvrir le volet social du voyage. Les jeunes se rendront dix jours à Goiàs, au centre du pays, avant la rencontre des JMJ à Rio. Ils y seront accueillis par Dom Eugenio, l’évêque du lieu, d’origine belge. Ils y auront la possibilité de faire connaissance avec différentes pastorales dont celle de la Terre, ainsi que de vivre des moments de partage et d’échange avec des jeunes Brésiliens.

Ensuite, durant trois jours, ils seront amenés à partager concrètement la vie et les réalités sociales des Brésiliens, particulièrement des plus pauvres. Certains iront dans des acampamentos (campements), auprès de paysans sans terre en attente d’obtention d’un lopin à cultiver. D’autres se rendront dans les assentamentos, aux côtés de paysans qui ont obtenu une précieuse parcelle et qui essaient collectivement de la mettre en valeur pour améliorer leur sort. D’autres encore feront la connaissance de la terrible réalité des coupeurs de canne à sucre dont le travail est, à bien des égards, assimilable à de l’esclavage.

Entraide et Fraternité : Quel est l’objectif de cette démarche ?

Paul Rixen : Au départ, comme beaucoup d’autres en Belgique, les jeunes voulaient « faire de l’humanitaire ». Mais dix jours, c’est peu, et les partenaires brésiliens n’attendent pas d’abord qu’on les aide matériellement. Le plus beau cadeau qu’on puisse leur faire, c’est d’aller à leur rencontre, de passer du temps avec eux, de partager un peu leur quotidien. La véritable richesse se trouve, en effet, dans l’échange car, comme le dit le proverbe, « la main qui donne est toujours au-dessus de la main qui reçoit » … et nous, nous allons donc aller au Brésil pour serrer des mains !

Entraide et Fraternité : Qu’est-ce que l’Eglise brésilienne peut apporter aux jeunes belges ?

Paul Rixen : D’abord, leur montrer qu’on peut vivre l’Évangile enraciné dans une autre culture, qu’il y a d’autres visages d’Eglise. Ce n’est pas nécessairement évident pour tous ces jeunes dont beaucoup n’ont jamais quitté l’Europe.

Ensuite, j’espère que beaucoup de participants pourront découvrir une Église qui agit non pas « pour » les pauvres mais « avec » les pauvres. À Goiàs, l’Église, ce sont les petits, les exclus… Les communautés sont à leurs côtés dans leur lutte pour plus de dignité.

Entraide et Fraternité : Et, au retour ? Comment cela va-t-il se passer ?

Paul Rixen  : Après ces journées de services et de rencontres, il est prévu de se revoir tous pour revenir ensemble sur ces expériences de vie, notamment lors d’une retraite. Ensuite, viendront des moments pour témoigner et partager avec les communautés ici, en Belgique. Les jeunes seront des témoins pour raviver la flamme de la solidarité, notamment lors de la campagne du Carême de Partage d’Entraide et Fraternité 2014.

Entraide et Fraternité : Quelle est ta principale attente dans le cadre de ce beau projet ?

Paul Rixen  : Mon espoir, c’est que lorsque ces jeunes iront à Rio et qu’ils verront la monumentale statue du Christ Rédempteur, ils puissent se dire que le visage du Christ, c’est les visages des pauvres, des exclus qui peuplent la ville et, notamment, les célèbres favelas.

J’espère aussi qu’ils pourront comprendre que les pauvres sont, pour la plupart, originaires de régions comme celle de Goiàs, c’est-à-dire des campagnes dont ils ont été chassés par l’injustice et la violence qui les empêchent de nourrir dignement leurs familles.

Propos recueillis par François Letocart



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