8 mai 2013  Actualités

Guatemala : état d’urgence

Il est reconnu par tous que le Guatemala est l’un des pays les plus inégaux et injustes du monde.

La polarisation structurelle est évidente et se reflète dans les indicateurs de développement humain de l’ONU, mais aussi dans tous les rapports des organisations internationales travaillant dans le pays. On observe d’une part, l’extrême concentration de la terre et des revenus par l’oligarchie (qui règne encore dans le pays) et des investisseurs étrangers et, d’autre part, l’exclusion de la santé, de l’éducation, de l’habitat, de l’alimentation qui atteint la grande majorité de la population surtout d’origine Maya, Garifune et Xinka. Ces conditions se sont aujourd’hui aggravées face à l’utilisation de ces terres par l’oligarchie et les investisseurs étrangers qui privilégient le modèle extractif (mines, monoculture et hydroélectrique).

Trois faits récents ont indigné encore une fois la population, et on justifié l’augmentation de la protestation et du conflit social mettant en évidence la difficulté d’avancer vers de la bonne gouvernance.

Le premier fait concerne la défense des territoires mayas. Récemment, le président Perez Molina et la compagnie San Rafael (filiale de la compagnie américano-canadienne Tahoe Ressources) ont signé des accords d’exploitation minière sur les terres des communautés Xinka (département de Jalapa). Cette décision a avalisée sans prendre en compte l’opposition des communautés locales et sans respecter le droit à la consultation préalable et à l’information de ces dernières.

Les manifestations des communautés, l’assassinat et la persécution de leaders sociaux et la déclaration de l’état d’urgence dans la région ont été les conséquences de cette décision. Aujourd’hui, on ressent une tension assez prononcée entre le gouvernement et les communautés mayas, ainsi qu’avec les mouvements sociaux.
Le deuxième fait est le procès annulé et ensuite repris de l’ancien dictateur Efrain Rios Montt (1982-1983), accusé de génocide et de crimes contre l’humanité (1770 mayas de l’ethnie des Ixiles furent massacrés par l’armée dans le département de Quiché). La condamnation de Rios Montt est essentielle car l’impunité règne au Guatemala et aucun des responsables des massacres commis durant la guerre civile n’a été jugé jusqu’à présent. Le procès de Montt a été annulé par le juge en charge de l’affaire, argumentant qu’il y aurait eu des recours durant l’instruction. Cependant, les pressions politiques apparues dans les medias soulignant que « l’accusation de génocide contre les officiels constitue une accusation non seulement contre l’armée mais aussi contre l’Etat du Guatemala et que le procès entrainera de graves risques pour la paix et la polarisation sociale et politique dans le pays » sont davantage à soupçonner. Cette annulation a été dénoncée par les victimes et les associations de défense des droits de l’homme qui ont organisé plusieurs manifestations dans la capitale. L’UE, l’ONU et les réseaux des ONG ont également exprimé leur désaccord : Adama Dieng, Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention du génocide, déclarait le 24 avril 2013 : « Je lance un appel aux autorités judiciaires pour qu’elles agissent de façon responsable et qu’elles évitent toute tentative d’interférence, d’obstruction à la justice ou de manipulation de la loi, ce qui porterait gravement atteinte à la crédibilité de la justice au Guatemala (…) Les victimes des atrocités commises pendant la guerre civile au Guatemala, ainsi que leurs familles, ont attendu de nombreuses années pour obtenir justice, j’espère que vous n’aurez pas à continuer à attendre. La justice différée est une justice refusée ».

Enfin, on note une criminalisation des actions des mouvements sociaux, qui cette fois vise également les ONG d’Europe présentes dans le pays. A la différence des années passées où l’extrême-droite qualifiait l’action des ONG et institutions internationales « d’interventionnisme humanitaire », aujourd’hui les ONG sont en mauvaise posture. Les medias (journaux et tv) ne s’épargnent pas quand il s’agit de faire porter le chapeau d’une action militante aux organisations sociales et internationales. Ainsi, au Guatemala, CONGCOOP, la Plateforme agraire, CONIC, ou Madre Selva, la branche de l’église catholique de l’évêque Ramazzini seraient responsables des perturbations de l’ordre public. Les organisations de coopération internationale de l’UE, la CIDSE, Oxfam International, CIFCA, CCFD etc., sont également dans le collimateur du gouvernement. L’objectif selon certains analystes, est la volonté du gouvernement et de certains acteurs économiques de neutraliser la résistance populaire face au modèle extractif.
La stratégie est clairement l’intimidation. Elle est plus violente aujourd’hui à cause du jugement de Rios Montt car le procès à touché le centre névralgique du pouvoir de l’oligarchie : leur liberté d’action en toute impunité. On voit le nombre de kidnappings, persécutions et assassinats des leaders sociaux augmenter, et on stigmatise les étrangers et la coopération internationale en cherchant à neutraliser leur action de défense des droits humains et par là les actions des mouvements sociaux.
Malgré les Accords de Paix de 1996, la logique de l’autoritarisme se maintient : gouverner sans opposition pour soutenir le système. La démocratie, la justice et l’équité sont encore des rêves dans les esprits des guatémaltèques.

A l’heure actuelle la CIDSE est en train d’élaborer un communiqué de presse et d’organiser la visite d’évêques de l’Europe vers le Guatemala.

Pour plus d’information (en Espagnol) :
www.mimundo-fotorreportajes.org
CPR Urbana

Ana Vassallo
Chargée de Projet Amérique centrale





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