15 octobre 2014  Actualités

Prise de position

Focus sur l’accord gouvernemental du 10 octobre 2014

Qu’en est-t-il de la coopération au développement et du soutien à l’agriculture familiale ?

La coopération gouvernementale n’échappera pas à la rigueur économique qui est la toile de fond du nouvel accord gouvernemental. Dans les 5 pages (sur 220) dédiées à ce sujet, le ton est donné : « Dans le cadre de la situation budgétaire difficile, toutes les formes de coopération contribueront, dans les années à venir, aux efforts d’économies budgétaires » (page 201). Et puis encore « La Belgique fera des efforts, dans la mesure des possibilités budgétaires, pour atteindre l’objectif de 0,7% du RNB. »
On comprend mal comment le gouvernement pourra faire des efforts pour atteindre cet objectif (en 2013, on est arrivé seulement à 0,45 du Revenu National Brut – RNB) en coupant dans tous les canaux de la coopération.

En effet, les coupures sont pressenties partout. Concernant la coopération gouvernementale, l’accord prévoit de réduire de 18 à 15 le nombre de pays partenaires, avec un plan de sortie pour les pays soi-disant « rayés de la liste » (page 199). De même, il est prévu que la Belgique réduise le nombre d’organisations multilatérales partenaires de 20 à 15. Quant aux acteurs de la coopération non gouvernementale (ACNG), dont les ONG comme la nôtre, l’accord parle de « réduire progressivement le nombre d’organisations reconnues » et « d’évaluer et corriger, si nécessaire, l’accord de 2009 conclu avec les ONG belges » (page 201). Pour rappel, cet accord avait maintenu, entre autres, un nombre important de pays de la coopération non gouvernementale. Toutes ces coupures sont justifiées par des critères « marchands » de qualité et d’efficacité, décrits comme devant être mesurables dans le sens d’une performance efficiente (rapport prix/qualité). Il semble évident qu’une approche de rentabilité de la coopération sera privilégiée, probablement aux dépens de programmes dont l’efficacité ne pourra être chiffrée, voire traduite en termes de croissance économique. Au contraire, les investissements privés seront privilégiés, notamment au travers de la société parastatale BIO (Société belge d’Investissement pour les Pays en Développement) : « BIO doit, pour sa part, intensifier les investissements avec une plus-value pour le développement ».

En bref, « l’appropriation, l’efficacité, l’autonomie et la réalisation de résultats effectifs et mesurables constituent les principes centraux de cette réforme » (page 198). On voit mal comment concilier l’appropriation et l’autonomie avec les impératifs d’efficacité.

Nous saluons le fait que l’accord reprenne quelques recommandations portées par l’ensemble des ONG belges comme la cohérence des politiques (qui vise à aligner les politiques internationales belges sur les objectifs de développement des pays partenaires), l’importance des ONG, le respect de leur autonomie et la simplification administrative à leur égard. Il reste néanmoins inquiétant de voir que la déclaration gouvernementale semble envisager la coopération surtout comme un moyen d’éviter l’immigration et de promouvoir les intérêts des entreprises belges.

Notre nouveau premier ministre, Charles Michel, s’était engagé en 2008, quand il était ministre de la Coopération, à porter à 15% en 2015 la part de l’aide au développement consacrée au secteur agricole et à la souveraineté alimentaire. Il est dommage de constater qu’il n’y a aucune référence à cet engagement dans l’accord gouvernemental. L’agriculture familiale y est mentionnée une fois seulement, mais dans un contexte de valeur ajoutée pour nos entreprises, nos experts et nos universités : « Les secteurs dans lesquels nous souhaitons nous concentrer dans nos pays partenaires dépendent en grande partie de la valeur ajoutée que nous pouvons offrir… à nos entreprises, nos experts et nos universités… L’agriculture familiale, les soins de santé de base et l’assainissement des eaux sont essentiels à cet égard ».
Or, il n’est plus à démontrer que la promotion des investissements orientés sur le profit dans ce secteur fragilise les exploitants familiaux en accélérant des phénomènes tels que l’accaparement des terres et des ressources naturelles, qui engendrent généralement des violations des droits de l’homme.

Envisager les investissements privés comme solution prioritaire pour promouvoir l’agriculture familiale et la sécurité alimentaire des populations du Sud n’est plus convaincant et nous déplorons que le gouvernement appuie cette approche. Ensemble avec d’autres ONG qui travaillent pour la promotion de la souveraineté alimentaire, nous entendons, dans les mois à venir, rappeler au remier Ministre et au gouvernement le respect des engagements en matière de soutien à l’agriculture familiale.

Angelo Simonazzi
Secrétaire général d’Entraide et Fraternité





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