En marche vers Pâques

Semaine après semaine, cheminons vers Pâques en méditant sur le poster de Carême, œuvre d’un artiste haïtien.

Dimanche des rameaux : 29 mars 2015

Autour de la table, des enfants, des femmes, des hommes de races et âges divers. Deux enfants présentent des fruits. Jésus, vêtu de rouge, partage la Pain.
Dans les paniers, la nourriture est abondante. Il y en a assez pour tout le monde.

Qu’en est-il dans notre monde aujourd’hui ? Entre le fléau de l’obésité et celui de la faim, comment ne pas crier au scandale ? Si les fruits de la terre étaient partagés avec justice, si les paysans pouvaient vivre de leur travail, si l’on ne gaspillait pas tant, si l’on n’utilisait pas les terres agricoles pour produire des agrocarburants, si la nourriture n’était pas l’objet de spéculations sur les marchés boursiers… oui, il y aurait du pain en abondance pour tous et toutes.

Comment pouvons-nous contribuer à un partage plus juste des fruits de la terre ? Les partenaires haïtiens d’Entraide et Fraternité travaillent à revaloriser l’agriculture paysanne, pour nourrir leur famille, payer l’école aux enfants et protéger la terre. Chez nous, des circuits courts de vente de produits agricoles nous permettent aussi de soutenir les petits agriculteurs qui respectent la nature et créent des emplois. En soutenant les petits paysans haïtiens et en participant à une agriculture locale chez nous, nous apportons notre pierre à un monde qui tourne plus juste, où chacun aura une place à la table du repas et pourra manger à sa faim.

Ecoutez cette méditation sur RCF !

5e dimanche de Carême : 22 mars 2015

Sur une montagne qui émerge de la mer, des hommes essaient de grimper pour échapper à la noyade et arriver en lieu sûr, derrière la barrière. Certains tendent la main pour en aider d’autres à grimper, d’autres tentent de sauver leur peau, quitte à écraser leurs semblables.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, nous voyons Jésus annoncer l’épreuve qui l’attend. Il sait par quelle souffrance il va passer, quelle injustice il va subir, mais il ne se dérobe pas.

En Haïti, les épreuves se succèdent pour les paysans et pour une grande partie de la population : ouragans, tremblement de terre, mais aussi un gouvernement corrompu et la destruction de la paysannerie par la concurrence de l’agriculture industrielle du voisin états-unien…

Sur le drapeau haïtien figure la devise d’Haïti et nous la connaissons bien, puisque c’est « L’union fait la force » ! Ensemble on est plus fort, surtout dans l’épreuve !
Ce qui étonne quand on découvre Haïti, quand on rencontre ses paysans, c’est justement cette force indestructible : à chaque épreuve, ils recommencent, reconstruisent, concrétisent l’espérance en travaillant sans relâche et, surtout, en se mettant ensemble, « tet colé », comme on dit là-bas. La solidarité, c’est la meilleure manière qu’ils aient trouvé de faire face à l’adversité et de ne pas céder au découragement.

Regardons notre quotidien de citoyens et de chrétiens : sommes-nous plutôt du côté de ceux qui tendent la main, de ceux qui essaient de s’en sortir tout seuls, ou même, parfois de ceux qui écrasent un peu les autres pour être sûrs de se sauver ?
Tous, nous avons à traverser des épreuves - individuelles et collectives. Puisons dans l’évangile d’aujourd’hui et dans l’exemple des paysans haïtiens le courage de les vivre dans un esprit de solidarité et sans jamais quitter des yeux la lumière de Pâques qui nous indique le chemin.

4e dimanche de Carême : 15 mars 2015

En haut, une image du paradis : Adam et Eve vivent en harmonie avec les animaux sauvages, un enfant cueille un fruit à l’arbre, un autre joue de la flûte, des paysans travaillent la terre et en récoltent les fruits.
La scène qui se trouve en bas de l’image nous ramène à la dure réalité : avions et armes de guerre, civils passés à tabac par des militaires, yeux remplis de terreur ou cachés derrière les mains pour ne pas voir l’insupportable…
Entre les deux scènes, un Christ que l’artiste a représenté avec les traits d’un paysan haïtien, cloué à l’arbre qui est au centre du tableau. Il contemple avec horreur les combats qui se déroulent sous ses yeux. « Quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière », lit-on dans l’évangile de Jean ce dimanche.
On ne peut que s’interroger en regardant l’image de haut en bas : qu’avons-nous fait de cette lumière, du message d’amour et de paix apporté par la vie et la mort de Jésus ? Pourquoi l’humanité s’obstine-t-elle à patauger dans les ténèbres de l’égoïsme et de la guerre alors qu’elle a, comme sous la main, la clé du paradis ?
Mais les choses ne sont pas si tranchées : au centre du tableau, sur l’arbre, le serpent n’est pas loin du Christ ; dans le bas, au milieu de la bataille, une infirmière tente de sauver des vies. L’amour peut éclore au milieu de la haine, et l’égoïsme germe en chacun de nous, même si nous travaillons à le déraciner.
Le paradis perdu n’est pas un passé lumineux que nous regretterions depuis la vallée de larmes que serait notre présent. Paradis et enfer font partie de notre vie, de notre monde. A nous de nourrir tout ce qui fait germer la vie, en nous et autour de nous, et d’étouffer ce qui sème la peur, la haine et l’injustice, en nous et autour de nous. A nous de choisir la lumière, même au cœur des ténèbres de notre monde.
En ce temps de Carême, laissons-nous inspirer par le courage des Haïtiens, par leur espérance qui résiste à toutes les catastrophes, à toutes les oppressions, et soutenons-les dans leurs efforts.

3e dimanche de Carême : 8 mars 2015

En cette troisième semaine du Carême, l’évangile nous montre Jésus chassant les marchands du temple… La colère de Jésus, si rare dans les récits évangéliques, nous interpelle : quand l’argent fait la loi aux dépens de ce qu’il y a de divin en l’Homme, quand l’économie réduit l’humain à un facteur de production et la vie à une marchandise, oui la colère est juste et nécessaire ! En ce sens, le geste de colère de Jésus dans le temple est en fait un geste d’amour pour l’humanité : oui, l’humain vaut plus que tout cela, il est appelé à voler bien plus haut !

La colère de Jésus face aux marchands du temple ne nous invite-t-elle pas à nous mettre en colère nous aussi ? Pas une colère violente, mais une résistance, un refus déterminés de tout ce qui écrase la Vie.

Les marchands du temple aujourd’hui affichent leurs publicités en 20m², nous font confondre l’être et l’avoir, font passer leur profit avant les droits de la multitude, leur ego avant l’avenir de l’humanité…

En Haïti, pays phare de ce Carême de partage, les paysans veulent que le fruit de la terre et du travail des hommes et des femmes soit nourriture, fierté et dignité, et pas uniquement source de profit et objet de spéculation.

Si chaque être humain est le temple de Dieu, il nous faut déblayer ce temple de tout ce qui le corrompt. Il nous faut refuser, pour nous-mêmes mais aussi pour notre prochain, c’est-à-dire pour chacun et chacune, la négation de l’Humanité (avec un grand H) au nom du profit et du commerce.

Le Carême est un moment propice pour raviver en nous la soif d’essentiel, pour désencombrer notre vie de toutes ces marchandises qui l’alourdissent, mais aussi pour soutenir tous ceux et celles, qui de par le monde, luttent pour promouvoir la vie, la justice et la dignité.

2e dimanche de Carême : 1er mars 2015

Gravés sur la même pierre, les dix commandements et les droits humains. À l’avant-plan, un homme désigne la pierre. Derrière lui, une foule, bras levés, semble scander des slogans liés à ces droits bafoués.
À l’arrière, un immeuble moderne évoque les cités, peut-être celles qui entourent Port-au-Prince, où règnent la misère et la violence. A moins qu’il ne s’agisse des immeubles des institutions internationales où l’on décide de la vie d’un peuple.
Les dix commandements, comme les droits humains, ne sont pas gravés dans la pierre une fois pour toutes. Ils sont un chantier et un combat permanent. En Haïti comme chez nous.
Et ce « comme » est important. Comme, parce que l’oppression économique qui étouffe la population haïtienne est de la même nature que celle qui creuse les inégalités chez nous.
« Comme », parce que la démocratie que les Haîtiens appellent de leurs vœux et de leurs voix est aussi menacée chez nous, où, comme partout, l’argent impose sa loi.
« Comme », parce que partout se lèvent des citoyens qui refusent la fatalité de l’ordre économique, partout ils s’unissent, inventent, créent, manifestent.
Dans notre monde où tout tend à nous opposer les uns aux autres, à la poursuite de l’argent, du pouvoir, de la compétitivité, unissons nos voix, retroussons nos manches avec nos frères et sœurs Haïtiens pour faire advenir une terre qui tourne plus Juste.

1er dimanche de Carême : 22 février 2015

Une barque en pleine tempête, où s’entassent des hommes de races différentes. Leurs yeux expriment la terreur, certains hurlent, tous ont peur.

Une barque à l’image de notre monde, secoué par des flots de violence ;
des violences commises au nom de la religion, mais aussi causées par le mépris de la dignité humaine, par la soif de profit et de pouvoir. Aucun continent, aucun pays n’est épargné.

En cette année 2015, nous nous sentons souvent submergés par un déluge de mauvaises nouvelles, de catastrophes naturelles ou provoquées par les humains.
La pire des tentations, aujourd’hui, n’est-elle pas de céder à la peur, de nous recroqueviller, de nous fermer aux échos du monde qui nous angoissent ?

Dans ces moments où notre courage faiblit, souvenons-nous de l’Alliance que Dieu a établie avec nous. Il est avec nous dans la barque secouée par la tempête. Sa fidélité est sans faille. Forts de cette certitude, ne cédons pas à la peur : à notre tour, faisons alliance avec tous les peuples, ceux d’Haïti et d’ailleurs, tous les hommes et toutes les femmes qui luttent pour faire germer dans le désert les graines de paix, d’amour, de solidarité qui y sont enfouies. Levons-nous, saisissons-nous des outils qui sont les nôtres et faisons notre part de travail pour que la Terre tourne plus juste !





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