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Transafrica 2016 - Message 20

Du Lesotho à Lady Grey en Afrique du Sud

En Afrique du Sud en passant par le Lesotho

En quittant Bruce et Catherine

Bruce est fier de son métier de fermier qu’il a transmis à ses 4 fils. Après un long repos récupérateur, il m’emmène sur ses terres jusqu’à l’endroit où son grand-père a fondé la ferme, lui qui était immigré du sud de l’Angeletrre. Orphelin, il avait pris le bateau à Southhampton fin du 19ème siècle et était arrivé en Afrique du Sud après des semaines de traversée. A un endroit en pleine prairie , Bruce arrête son 4x4 auprès d’une tombe, celle de son arrière-grand-mère. Cela me rappelle le petit cimetière de Magureni, en Roumanie, dans la montagne où il y avait 3, 4 tombes par famille, à côté de la maison. Ensuite, nous nous rendons à la ferme ; c’est l’heure de la traite des vaches. Avec ses 72 ans, il tient à être présent tôt le matin et à 16h chaque jour. Demain, à 14h, funérailles d’un ami décédé d’un cancer ; c’est Andrew, le fils qui m’a repéré au bord de la route, qui présidera la cérémonie. Outre son métier de fermier, il a suivi des cours de théologie de l’église Méthodiste. Sur le chemin du retour, nous voyons un zèbre et des Koudous qui se nourrissent des plants de maïs.

Vendredi 19 février, 7h du matin, petit déjeuner ; c’est Bruce qui me prépare deux oeufs ; quant à Catherine, elle me prépare un pique-nique (fromage et confiture). Au moment du départ, sa belle-fille cherche un petit drapeau Sud-Africain que l’on lie à celui du Zimbabwe qui m’accompagne depuis Harare. Longue journée difficile en contournant le lac du barrage de Woodstock (cela me rappelle quelque chose qui s’est passé en 1969) ! Le vent s’est levé et il est de face. Dur dur dans les nombreuses montées. A 16h, j’arrive à l’entrée du Parc National Royal Natal, situé non loin du Lesotho. Il me reste 3 km pour arriver au bureau qui ferme à 16h30 ... j’y arrive tout juste avant la fermeture. J’installe ma tente dans un très beau camping où de nombreuses familles viennent passer la fin de semaine. Je suis le seul à être venu à vélo ...! Un homme s’approche, il a reconnu le drapeau de son pays ... il me demande en plaisantant si je suis allé saluer le président Mugabe ? En ce qui concerne celui-ci, voici un article de presse (signé Koaci) le concernant.
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Dimanche 21 Février 2016. Le président zimbabwéen Robert Mugabe a fêté ses 92 ans. Il est devenu ainsi le plus vieux chef d’Etat en exercice dans le monde alors que son parti, le Zanu PF est déchiré par une bataille de succession. Au pouvoir depuis 36 ans, Mugabe avait expliqué que sa longévité était dû à « la volonté de Dieu » (NDRL : même un président marxiste peut utiliser Dieu pour son égo surdimensionné) et une vie saine loin de la fumée et de la bière et qu’il pouvait encore diriger le pays jusqu’à l’âge de 99 ans. Mi-février, des rumeurs le donnaient mort. Finalement, le président zimbabwéen est réapparu, après un mois de vacances en Asie estimant que "les journalistes devraient mieux faire leur travail qu’ils ne le font". Les célébrations publiques de cet anniversaire sont programmées pour le 28 février. L’année dernière, le chef de l’Etat a eu droit à des festivités marquées par l’abattage de plusieurs éléphants et de nombreux gâteaux d’anniversaire, dont l’un de 91 kg. (NDRL : pendant ce temps, au Lesotho, les jeunes bergers et gardiens de troupeaux de vaches que je croise me font signent qu’ils ont le ventre vide ... triste et injuste Afrique !)
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Samedi 20 février, après avoir lutté contre le vent de face y compris dans un col qui m’emmène au Drakensberg, je dois affronter par trois fois un orage dont un avec des grelons ! Pas moyen de trouver la moindre habitation et c’est entre deux champs de maïs que je plante ma tente à l’abri de tout regard. Le lendemain, dimanche 21 février, je traverse le très beau "Golden Gate National Park". De nombreuses familles sont de sortie en voiture, certains à VTT ; je rencontre un triathlète d’origine chypriote grecque. Des gens s’arrêtent pour me ravitailler en eau ... très bienvenue surtout que la route monte, monte en lacets comme en Suisse. Le soir, j’arrive à Clarens et je suis hébergé chez Janis et Peter, artiste-peintre, frère de Catherine, la fermière qui m’avait accueilli à Bergville.

Le Lesotho

L’histoire du Lesotho a commencé avec les Bushmen qui ont vécu en autarcie pendant des milliers d’années dans cette région montagneuse d’Afrique australe au cœur de l’Afrique du Sud. Au XVIe siècle, les Sothos s’établirent sur le territoire et chassèrent les Bushmens. En 1868, pour se protéger de la convoitise des Boers, les Sothos se placèrent sous la protection de la Grande-Bretagne. En 1966, le protectorat britannique du Basutoland devint un État indépendant connu sous le nom de Royaume du Lesotho.
Contraste saisissant entre l’Afrique du Sud et le Lesotho. Celui-ci totalement enclavé dans le premier est un des pays d’Afrique où le sous-développement est le plus marquant. Comme au Burundi, le fait qu’il y ait un énorme taux de non-emploi, la plupart des gens sont dans la rue. Comme en Ethiopie, il y a de nombreuses personnes qui marchent le long des routes alors qu’en Afrique du Sud, l’on ne voit pas grand monde et où, le long des routes, d’interminables clôtures empêchent les animaux de sortir des grandes propriétés. Au Lesotho en revanche, pas de clôtures et dans l’immensité des pâtures, les troupeaux circulent librement, gardés par des hommes, souvent très jeunes. Ceux-ci me font comprendre qu’ils ont faim et lorsque je m’arrête pour me ravitailler, impossible de ne pas partager ce que j’ai.

Les écoles débordent d’enfants ; le matin, à midi et vers 16h, d’interminables files d’enfants marchent le long des routes. Tous ont un uniforme ... très bien la différence de classes disparait mais que se passe-t-il dans la tête d’un jeune de 15 ans, habillé comme un "ministre" avec chemise et cravate ... que deviendra-t-il lorsqu’il aura un diplôme ... les emplois intellectuels sont rarissimes ?
Les deux premières nuits dans ce pays où il n’y a pas de camping et très peu d’infrastructures touristiques, je négocie un coin de pelouse dans les rares lodges que je trouve. La ou le gérant(e) finit pas accepter que je dresse la tente ... qui fait l’objet d’une photo sur GSM ; bien souvent c’est une première ! Le lendemain, le mercredi 24 février, je suis invité dans une paroisse catholique par un prêtre qui me dit qu’il y eut un Belge missionnaire ici dans le passé. Je n’ai pas décliné l’invitation et j’en profite pour me reposer. J’ai dépassé les 2.300 km. Dans la baignoire, un mince filet d’eau ne me permet qu’une toilette limitée ...

Le lendemain jeudi 25 février, la nuit approche et je n’ai rien trouvé. J’interpelle une dame qui, avec l’aide de la traduction de jeunes étudiantes rentrent de l’école, me fait comprendre que je dois aller plus loin... c’est-à-dire "allez voir ailleurs". Toutefois, une dame depuis sa petite maison perchée sur la colline, a entendu la conversation et me fait comprendre que je suis le bienvenu. Je monte la tente et prend mon repas lyophilisé (chauffé sur le gaz de la cuisine) sous le regard de 22 yeux interrogateurs. La nuit tombe et alors que je suis déjà couché, les voisins sont venus faire une papote et sans doute commenter le passage de ce blanc qui n’a pas de voiture ! Le lendemain matin, les enfants ne se rendent pas à l’école et pour cause : la papa n’a pas d’emploi et donc pas d’argent pour payer le minerval ... et l’uniforme ! La maman courageusement a planté quelques légumes à côté de la maison. Ils ont partagé ce qu’ils avaient : un peu de gaz et le terrain devant la maison (voir photo).

Retour en Afrique du Sud

Vendredi 26 février, arrivé à Sterkpruit, une petite ville (en Afrique du Sud où, après le Lesotho, je suis entré pour la troisième fois), l’orage éclate ... au moment où je me réfugie sous les tôles d’un car-wash ... et ensuite chez le Pasteur de l’église Méthodiste. Celui-ci s’interrogeant sur mon voyage un peu particulier, me demande "Qui vous paye pour faire cela ?" ... ce n’est pas la première fois que l’on me pose cette ... étonnante ... question ! L’accueil chez un couple de noirs méthodistes me permet d’utiliser une baignoire avec de l’eau. Par ailleurs, la dame (infirmière de profession ... oui elles sont gentilles les infirmières ...) prépare un copieux repas du soir.
Le lendemain, arrivé à la petite ville Lady Grey, j’assiste à un mariage dans l’église réformée néerlandaise ... celle qui avait soutenu l’apartheid en son temps. Cette fois-ci l’assemblée est multicolorée contrastant avec la célébration du 14 février à Piet Retief où il n’y avait que des têtes blondes ! Aujourd’hui le célébrant était un pasteur noir ... Tout doucement, les choses changent !

Qunu, le village de Nelson Mandela dans 5 jours

Si tout va bien encore cinq jours et j’arrive à Qunu, terme de la transafrica 2016, le village de Nelson Mandela. Comme j’aurai des jours supplémentaires disponibles, je compte faire un aller-retour en bus jusque Cape Town (2 x 1200 km) pour visiter la prison célèbre de Robbin Island. Pour terminer mon voyage j’aurai encore 450 km ... à vélo depuis Mthatha jusque Durban d’où je reprendrai l’avion pour Zaventem le 23 mars prochain.

A plus ... à Qunu
Léon

Le lundi de Pâques, participez vous aussi à la Transafrica 2016 ...

en rejoignant avec votre vélo (à pulsion électrique ou non, VTT ou vélo de course) la dernière étape de cette traversée africaine de près de 6.000 kms à vélo. Le départ sera donné le lundi 28 mars 2016 à 8h au 36 de l’allée St-Vincent à Jambes vers le Square Nelson Mandela de Gesves via le RAVel jusque Thon-Samson et la vallée du même nom. Pour les non cyclistes rendez-vous à 10h en contrebas de l’église de Gesves, chaussée de Gramptinne (ne le demandez pas à votre GPS, il ne le connait pas). A cet endroit qui porte le nom du premier président noir de l’Afrique du Sud, je déposerai symboliquement les quelques cailloux que je ramènerai du cimetière de Qunu où ce grand homme a voulu être enterré.





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