30 avril 2013  Actualités

25 avril 2013

Décès de Thierry Verhelst

Le 25 avril, Thierry Verhelst est parti pour le Grand Voyage, comme disent les orthodoxes. Mari, père et grand-père aimant, Thierry était devenu un prêtre de l’Eglise orthodoxe.

Le 29 avril a été marqué par une liturgie des funérailles en paroisse et par une célébration d’adieu au funérarium et au cimetière de Boitsfort. Celle-ci a réuni plusieurs centaines de personnes et elle a été marquée par de très beaux témoignages. Très nombreuses furent les personnes qui vinrent s’incliner devant la tombe tandis que résonnaient de beaux chants orthodoxes et autres.

Gantois d’origine, juriste de formation et ayant vécu des expériences à la fois en Algérie, au Rwanda et en Ethiopie, Thierry avait collaboré au sein d’Entraide et Fraternité lors des années de transition qui précédèrent le splitsing d’Entraide et Fraternité et Broederlijk Delen, avant de travailler dans cette ONG néerlandophone durant plusieurs années.

Au sein de ces deux services d’Eglise, il avait développé des analyses politiques engagées en vue de voir soutenus des femmes et hommes acteurs de changement en Afrique, en Amérique latine et, tout spécialement, en Asie, y compris dans des pays communistes ou luttant contre les dictatures.

De plus, à la suite de ses rencontres avec les grandes religions et philosophies d’Asie, cet adepte du yoga et cofondateur de l’association bruxelloise « Voies de l’Orient » avait invité les ONG confessionnelles à prendre en compte les dimensions culturelles et spirituelles du développement. Toujours dans cette ligne, il fut ensuite la cheville ouvrière du Réseau international Sud-Nord Cultures et Développement, qui fut notamment soutenu par la Commission européenne, au temps de la présidence de Jacques Delors, et, modestement, par Entraide et Fraternité.

Toute cette démarche a aussi été au centre d’ouvrages écrits par Thierry, personnellement ou en collaboration. Il a été, entre autres, aussi interviewé à l’émission télévisée de la RTBF « Noms de dieux ». [1].

En partageant ses découvertes et aussi son propre cheminement, comme il le fit encore à Entraide et Fraternité dans un passé assez récent, Thierry Verhelst a donc montré l’importance des racines des peuples et des gens ainsi que celle des « méditants-militants ».

Atteint par la SLA, une maladie réputée incurable et dégénérative, Thierry a eu l’admirable courage de décrire la dégradation de son état de santé lors des visites qu’il apprécia, bien que fatigantes, ou dans des mails devenus physiquement de plus en plus difficiles à écrire. Et il ne manquait pas de souligner la patience et la tendresse de son épouse Roseline, qu’a également relevées le frère aîné et parrain de Thierry, en y associant aussi les deux filles du couple, dont il faut dire que l’une est avocate et l’autre religieuse orthodoxe.

Tout en souffrant énormément, Thierry continua à faire preuve d’humour, comme il l’écrivait durant l’été 2012 : « La SLA paralyse désormais mes deux jambes et, progressivement, le tronc et les bras ainsi que la main gauche. Je ne quitte plus mon fauteuil roulant électronique, baptisé ’Maserati’ en hommage à notre film-culte ’Intouchables’. Ma voix fait penser à un vieux 33 tours éraillé de Louis Armstrong… Me raser devient rasoir… La vie est belle et nous acceptons avec confiance ce qui nous est donné. La vie est intensément plus large que la maladie ! Cela ne m’empêche pas de sentir monter par moments une irritation trop longtemps jugulée, et quelquefois, l’impatience explose et …je me réserve 5 minutes de spleen et de grogne par jour, à exprimer de préférence à huis clos ».

Dans le même courrier, Thierry expliquait encore qu’il s’était mis à la peinture, bouquinait, relisait ses carnets de voyage à travers le monde et la correspondance de son défunt frère Guy, frère de Jésus de Charles de Foucauld, qui fulminait contre guerre et injustice mais témoignait de son goût de la contemplation, enfoui dans les quartiers pauvres « au cœur des masses ». Thierry disait aussi regarder et écouter Ferré et Brel, visiter le monde entier sur internet, demeurer attentif à tout ce qui démystifie l’idéologie néolibérale globalisante et à la quête d’alternatives positives, le plus souvent spirituelles, à l’horreur économique actuelle et aux dérives mortifères de la « modernité ».

L’été passé déjà, Thierry écrivait qu’il se préparait au Grand Passage en écoutant la sagesse des Anciens comme Saint Syméon, un mystique byzantin du XIe siècle : « Je sais que je ne mourrai pas puisque je suis au-dedans de la Vie et que je l’ai sentie toute entière jaillissant au-dedans de moi ».

Et il paraît que le dernier mot de Thierry a été « Alléluia ! ». Tandis qu’en partant pour la Grande Vacance, selon les termes du comédien Philippe Vauchel, ce méditant-militant ou militant-méditant a dû partager l’affirmation de Raimon Panikkar, ce philosophe et théologien qu’il appréciait beaucoup : « Le sens de la vie ? C’est la vie. ».



[1Thierry Verhelst, Des racines pour vivre. Sud-Nord : identités culturelles et développement », Paris, Editions Duculot, 1987 (traduit en huit langues).

Thierry Verhelst et Patrice Sauvage, Ailes et racines. Partage international sur la spiritualité et l’engagement social, Nantes, Editions Siloé, 2006.

Thierry Verhelst, Des racines pour l’avenir. Cultures et spiritualités dans un monde en feu, Paris, Editions L’Harmattan, 2008.

Thierry Verhelst, « La religion est une affaire d’expérience », interview dans L’Appel (septembre 2008), www.magazine-appel.be



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