14 décembre 2015  Actualités

Haïti

Changeons le système, pas le climat

Journée organisée par la PAPDA sur les enjeux des changements climatiques et les initiatives citoyennes

Le 2 décembre dernier, la Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA) a organisé une journée de réflexion sur les conséquences et les causes du changement climatique. Dès la création de la plateforme en 1995 la question de l’environnement a toujours été une priorité notamment à travers l’animation du COHPEDA (Collectif haïtienpour la Protection de l’environnement et le Développement Alternatif) organisme co-fondateur de notre Plateforme qui a malheureusement disparu au début des années 2000. La coalition a activement participé à la campagne victorieuse pour le rapatriement à Philadelphie des déchets toxiques entreposés près de la ville des Gonaïves. Au cours des dernières années la PAPDA a participé à la mise en place d’un vaste mouvement mondial pour la justice climatique et a pris part directement aux mobilisations de Copenhague, de Cancun, de Johannesburg, de Lima, de Cochabamba et de Rio+20. Leur combat des 20 dernières années, en Haïti, pour la défense de la souveraineté alimentaire, la reconnaissance de la notion de dette écologique et contre l’accaparement des terres fertiles par les zones franches industrielles, agricoles ou touristiques s’inscrit dans cette même dynamique.

La PAPDA a lancé cette journée de travail et de réflexion parce que de toute évidence, il n’est pas possible de réfléchir sérieusement aux alternatives face à la crise actuelle au plan mondial, régional et national sans questionner le modèle civilisationnel centré sur le capitalisme, la marchandisation, la surconsommation et le gaspillage, modèle qui est en train de détruire la vie sur notre planète en plaçant les intérêts des détenteurs du Capital au-dessus de tout.

Le bilan des Conférences internationales sur le climat (depuis Stockholm en 1972) et des accords comme celui du Protocole de Kyoto est négatif et alarmant. Les émissions de Gaz à effets de serre ont augmenté de 60% au cours des 25 dernières années de négociations et les engagements qui ont été présentés à Paris par les principaux pays pollueurs sont très loin des seuils permettant de renverser les tendances actuelles et de limiter le réchauffement climatique. Les grandes conférences sur le climat, en dépit de quelques avancées significatives au plan conceptuel (comme l’introduction de droits de la Pachamama par la Bolivie), cachent mal le cynisme de dirigeants et d’organismes multilatéraux qui ne parviennent pas à se libérer de la domination des entreprises transnationales et des intérêts du système capitaliste mondial. En ce sens les fausses solutions du type « capitalisme vert » doivent être combattues parce qu’elles s’inscrivent dans une stratégie pour assurer la reproduction du système de prédation et de marchandisation de la nature.

Haïti, après 523 ans de pillage colonial et néocolonial, 100 années d’occupation militaire sous divers habillages, 32 ans de politiques néolibérales et 24 ans de « démocratie pèpè », se retrouve avec un environnement ravagé et une pauvreté massive qui menacent la survie des futures générations. « En tant que Peuple, qui a porté dignement le flambeau de la libération et de l’émancipation intégrale, nous avons aujourd’hui l’obligation de participer activement aux mobilisations mondiales pour la justice climatique et les efforts collectifs pour l’émergence d’une nouvelle civilisation mondiale anticapitaliste, anti productiviste, anti-extractiviste qui place au centre de ses structures de régulation le respect de la vie et accorde la priorité aux biens communs. »
La plateforme et ses militants se sentent donc le devoir de travailler en Haïti à la réhabilitation de l’environnement dans le cadre d’un nouveau projet de société respectueux de l’histoire, des fondements culturels et basé sur le bien-vivre collectif qui est déjà perceptible à travers pas mal de valeurs portées par la paysannerie et les couches exploitées de la population d’Haïti.
Au cours de ce forum les participants ont discuté de pistes concrètes de plaidoyer en espérant que ce débat alimentera une prise de conscience pouvant conduire à la construction d’un vaste mouvement citoyen capable d’introduire les ruptures nécessaires pour sortir le pays de sa soumission aux dogmes néolibéraux et aux intérêts des forces impérialistes et de leurs alliés haïtiens. Les sujets discutés au cours de la journée étaient, par exemple :
- La mise en place de substituts de commissaires du Gouvernement dans toutes les juridictions du pays spécialisés dans la répression des délits et des crimes contre l’environnement
- L’institutionnalisation des Études d’impact social et environnemental devant précéder la mise en place de tout mégaprojet et dont les conclusions doivent avoir un caractère obligatoire pour l’État et les acteurs sociaux
- L’introduction de l’éducation environnementale dans le cursus formel du système éducatif à tous les niveaux (primaire, secondaire et universitaire)
- La modification de la matrice énergétique en priorisant les énergies renouvelables
- La défense de la biodiversité comme l’une des forces centrales du pays
- La défense de la souveraineté alimentaire et de l’économie paysanne agro-écologique

Un article de la presse haïtienne sur cette journée :
Haïti-Environnement : La Papda attire l’attention sur les enjeux du changement climatique





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