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13 octobre 2016  Actualités

Interview

Carole Jacob

La coordinatrice de notre association partenaire SOFA - Solidarité des Femmes Haïtiennes nous a rendu visite, ce 11 octobre, à Bruxelles.

Encore sous le coup de l’émotion suite aux terribles événements qui ont frappé Haïti, elle témoigne et analyse la catastrophe naturelle qui vient de toucher son pays.

Juste Terre ! : Encore une catastrophe naturelle en Haïti et un bilan humain très lourd. Que faut-il mettre en place pour aider ce pays à faire face à ce genre de situation qui, hélas, risque encore de se reproduire ?
Carole Jacob : Haïti est un pays doté d’un État faible et sans réelle autonomie. Par exemple, il a fallu trois jours pour que le président puisse se rendre dans les zones sinistrées, et encore, c’était grâce à l’ambassadeur américain qui lui a fourni les moyens de transport nécessaires.
En termes de communication aussi, la catastrophe a révélé l’indigence de l’État : routes coupées, communications téléphoniques impossibles… tout cela reflète la « déstructuration » de l’État, un processus entamé depuis longtemps avec la mise sous tutelle du pays par des acteurs étrangers.
C’est ce phénomène de néo-colonisation qui amplifie la catastrophe naturelle et provoque ce terrible bilan humain. Dans un pays en voie d’appauvrissement constant comme Haïti, tout est conditionné pour que des catastrophes naturelles telles que Matthew fassent plus de dégâts qu’ailleurs.
Pour les associations de la société civile, il faut donc d’abord une rupture radicale au niveau de la gouvernance du pays !
Plus concrètement, la société civile demande avec insistance la mise en place d’un plan catastrophe qui pourrait être activé en cas d’alerte. Cela implique la création d’abris sûrs et bien équipés, le stockage de kits de survie et des campagnes de prévention pour apprendre à la population les bons comportements pour se protéger en cas de menace.

Juste Terre ! : Quelles sont les priorités pour aider Haïti après cette catastrophe ?

Carole Jacob
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Carole Jacob : La première chose à faire, c’est de bien identifier les vrais canaux de l’aide. Ceux qui sont les plus efficaces et qui atteignent le dernier des paysans dans les campagnes. Cela ne peut donc pas se faire via l’État, dont la déliquescence des services et l’absence de moyens sont patentes. Mais certaines grandes organisations internationales sont également en cause, car elles ont tendance à court-circuiter les organisations et les structures locales. Ce sont pourtant ces dernières, comme lors du séisme de 2010, qui sont les mieux à même de venir en aide aux populations en détresse et d’identifier les besoins les plus urgents.

Deuxièmement, il faut bien orienter les secours. Par exemple, il nous semble impératif de tout faire pour relancer au plus vite l’agriculture paysanne et familiale. En effet, c’est elle qui nourrit le pays et la menace de la famine risque de pousser des milliers de personnes des campagnes dévastées vers les bidonvilles. Ce soutien à la petite agriculture est précisément le fil rouge des programmes soutenus en Haïti par Entraide et Fraternité.

De plus, il faut souligner que le renforcement du petit paysan dans son agriculture a aussi un effet préventif : le paysan qui a les moyens de cultiver et qui est soutenu va, en effet, entretenir sa parcelle, par exemple en y plantant des arbres et en combattant l’érosion. Toutes ces actions protègent efficacement les territoires des effets dévastateurs des cyclones.

En résumé, je dirais donc qu’il faut se décider à faire confiance aux nombreuses associations locales qui sont les premières actrices sur le terrain…





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