21 février 2012  Actualités

Stop à l’agriculture qui tue les paysans

Campagne de carême 2012

Du 22 février au 2 avril, Entraide et Fraternité animera la campagne du Carême de partage.

Les communautés chrétiennes des diocèses de Belgique sont invitées à participer au Carême de Partage en solidarité avec des populations du Sud. Pendant 40 jours, l’association invite le public belge à se mobiliser pour soutenir les paysans du Guatemala et du Nicaragua victimes de la libéralisation progressive du commerce international. Cette année encore, la campagne permettra d’appuyer de nombreuses associations partenaires du Sud qui soutiennent l’agriculture familiale.

Aujourd’hui, près d’un milliard de personnes souffrent de la faim. Alors que l’on produit suffisamment de nourriture pour alimenter la population mondiale. Paradoxalement, ce sont principalement les paysans qui souffrent de la faim. La faim est aujourd’hui une question de choix politiques. Les politiques commerciales et agricoles visent, en effet, à produire la nourriture au prix le plus bas. Pour atteindre ces prix les plus bas, tous les agriculteurs sont mis en concurrence.

« La course à la croissance et à la productivité à tout prix est devenue le moteur du monde, dénonce Daisy Herman, responsable des campagnes d’Entraide et Fraternité. Et pourtant, ce modèle de développement basé sur la concurrence renforce les inégalités, augmente la pauvreté et épuise les ressources de la planète, poursuit-elle. Il place l’humanité dans un régime de compétition entre pays, entre peuples et entre personnes ». Cette compétition met face à face la grosse agro-industrie et la petite agriculture familiale. Une agriculture subsidiée par l’Etat et l’autre non, des zones productives et d’autres moins productives. C’est donc une compétition injuste qui ruine des milliers de petits paysans, tout simplement parce qu’ils ne peuvent plus vivre de leur travail. Les prix des produits échangés sur les marchés internationaux sont trop bas, ils ne reflètent pas le coût réel de la production.

Un autre modèle de relations économiques

L’Organisation mondiale du commerce (OMC), créée en 1995, s’occupe des règles régissant le commerce entre les pays. Sa principale fonction « est de favoriser autant que possible la bonne marche, la prévisibilité et la liberté des échanges ». En 2001, les Etats membres de l’OMC adoptent la déclaration de Doha pour le développement. Celle-ci assure que « le commerce international peut jouer un rôle majeur dans la promotion du développement économique et la réduction de la pauvreté ». Mais force est de constater qu’en 2012, si les échanges sur les marchés ont progressé, le nombre d’affamés aussi.

Le commerce international peut contribuer au développement des pays du Sud mais il ne doit pas être une fin en soi. Il doit être mieux régulé. Le modèle économique – et son pendant agricole – prôné jusqu’à présent pour réduire la faim et la pauvreté s’est clairement révélé incapable d’atteindre ses objectifs. Au contraire, plus il se développe, plus il exacerbe la pauvreté !

Il est important de travailler à un nouveau modèle de relations économiques et sociales pour mieux lutter contre la faim et assurer la souveraineté alimentaire des populations menacées par la famine et la pauvreté. « Il faut soutenir davantage une agriculture familiale qui ne condamne pas à la mort des millions de petits paysans et leur famille », préconise encore Daisy Herman.

Soutenir la petite agriculture familiale pour lutter contre la pauvreté

S’échiner à arracher à la terre de quoi manger, c’est la vie quotidienne des paysans de la région sèche de Jinotega, au Nicaragua et de l’altiplano, au Guatemala. Ces deux pays d’Amérique centrale ont un potentiel agricole énorme. Ils sont tous deux des importateurs importants de sucre, de café et de bananes. Mais les terres fertiles sont occupées par des grandes entreprises étrangères et sont destinées avant tout aux cultures pour l’exportation ou à la mise en place de méga-projets comme l’exploitation de mines. Ce sont ces cultures d’exportation et ces grands projets économiques qui dominent l’économie guatémaltèque. Dans les années 80, le Guatemala était autosuffisant en maïs jaune. Maintenant, il doit en importer. Ce n’est donc pas un hasard si on y trouve les taux de malnutrition les plus élevés d’Amérique latine.

Survivre par la force des idées

La Cuculmeca au Nicaragua et CDRO (Coopération pour le Développement Rural de l’Ouest) et SERJUS (Services Juridiques et Sociaux) au Guatemala font partie de ces associations qui refusent la fatalité et qui s’engagent aux côtés des petits paysans. En partant de l’idée que les personnes directement touchées par le problème de la faim peuvent y apporter des solutions, elles déploient un ensemble de programmes de solidarité et de développement pour promouvoir la petite agriculture paysanne. L’agro-écologie, la participation citoyenne, les droits de la femme sont quelques-uns des axes de travail de ces associations où l’on bâtit des projets concrets avec les paysans les plus pauvres.

Des centaines de familles paysannes sont formées et conseillées pour cultiver mieux et plus en respectant l’environnement : apprentissage de la fabrication d’engrais biologique, de systèmes d’irrigation performants, acquisition de matériel, de silos, de bétail, introduction de semences améliorées et de nouvelles variétés de fruits et de légumes. La participation des paysans aux décisions qui les concernent fait partie intégrante du programme. Ils suivent donc des formations pour formuler, argumenter et défendre auprès des autorités politiques leurs propositions pour le développement de leur région.

Consommer, c’est voter !

Mais ici aussi, nous pouvons faire bouger les choses. En tant qu’individus, nous ne sommes pas démunis face au volet agro-alimentaire du commerce. Selon la formule consacrée par Olivier De Schutter, le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, nous votons trois fois par jour, à chaque repas ! Nous pouvons nous tourner vers le commerce équitable, vers des modes de production écologique et des circuits de commercialisation courts comme les groupes d’achats communs ou vers les paniers bio du producteur au consommateur.

Quelque part dans les montagnes du Nicaragua et sur les hauts-plateaux guatémaltèques, des paysans, modestes et humbles travailleurs, luttent et nous montrent la voie d’un modèle de développement respectueux de la terre et des gens. Nous pouvons les rejoindre dans leurs efforts. Et nous asseoir avec eux à la table des négociations pour un développement au service des populations. Elle s’ouvre trois fois par jour.

Des outils pour vivre le carême de partage sont disponibles : pistes liturgiques, tapisserie de carême, calendrier de carême pour les enfants.
Collecte dans les églises les 17-18 mars et le 31 mars et le 1 avril 2012.





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