21 février 2011  Actualités

A l’écoute des paysans d’Engran

Frédéric Thomas, chargé de projets pour Haïti s’est rendu à Engran,un des villages bénéficiaires du programme d’appui à l’agriculture paysanne financé Entraide et Fraternité et la DGD. L’occasion d’évaluer l’action en cours, de faire le point sur la situation du choléra et de distribuer quelques « aquatab » (produits chlorés de purification de l’eau), et d’écouter les paysans sur les changements opérés et les défis toujours d’actualité du programme.

Ce programme d’appui à l’agriculture paysanne, mis en œuvre depuis 2008 par la PAPDA et financé par Entraide et Fraternité et la Direction Générale du Développement , bénéficie à plus de 1.000 personnes, dont un tiers de femmes, membres des organisations locales MITPA (association paysanne) et SOFA (organisation de femmes). Engran est l’un des cinq villages qui participe au programme.
Le jeudi 20 janvier 2011, le chargé de projets de notre organisation s’est réuni, accompagné du responsable du programme et des 2 agents de terrain de laPAPDA, avec une vingtaine de représentants et bénéficiaires des organisations d’Engran. L’occasion d’évaluer l’action en cours, de faire le point sur la situation du choléra et de distribuer quelques « aquatab » (produits chlorés de purification de l’eau), et d’écouter les paysans sur les changements opérés et les défis toujours d’actualité du programme.

Les changements opérés


-  au niveau de l’agriculture : les paysans estiment que grâce aux formations reçues sur le compostage, la préparation naturelle des sols, et grâce à la banque d’outils mis en place, non seulement le rendement des terres a augmenté, mais la brûlure des sols – aggravant l’érosion, et plus généralement, les dégâts environnementaux – a diminué de 30% ;
-  au niveau de l’élevage : les membres des organisations MITPA et SOFA d’Engran ont reçu comme les 4 autres villages une partie des 900 poules pondeuses distribuées. Cette distribution était liée à une formation et à des changements comportementaux concrets. Ainsi, il avait été décidé de conditionner la distribution à la construction de poulaillers artisanaux afin de protéger les poules des prédateurs (chats sauvages, aigles, etc.). De plus, la formation d’élevage comportait des éléments sur l’alimentation, le soin des animaux et une réflexion visant à ne plus faire de la poule « la banque du paysan ». En effet, la vente de poules constitue la réponse automatique des familles à toute difficulté financière (et elles sont nombreuses). À travers cette formation, le but est de développer un élevage de qualité et durable ;
-  Au niveau de l’alimentation et des revenus : la distribution de semences maraîchères et les formations reçues permettent aux familles d’augmenter et de diversifier leur alimentation (choux, carottes, aubergines, …), tout en augmentant leurs revenus car elles arrivent désormais à vendre sur le marché une partie des légumes qu’auparavant elles y achetaient ; soit un double gain. Par ailleurs, la formation pour créer des engrais naturels permet de préserver l’environnement et d’économiser l’argent auparavant destiné à l’achat d’engrais chimiques ;
-  Au niveau communautaire : tous soulignent la baisse de la migration vers Saint Domingue pour y chercher du travail saisonnier. Il y a aussi moins de conflits et ils sont plus facilement résolus grâce à une nouvelle dynamique. Les paysans se sentent également plus et mieux informés, par rapport aux problèmes de santé. Enfin, ils estiment avoir gagné en respect et commencent à se sentir capables de défendre leurs droits auprès de l’Etat haïtien.

Mais les défis demeurent


L’isolement d’Engran est géographique – pas de route qui mène aussi loin dans les mornes – et politique - l’Etat est complètement absent : les écoles sont à charges des églises ; il n’y a qu’un seul dispensaire de santé (géré par InterAide) pour la zone, ; il n’y a qu’un seul vétérinaire, dont le salaire est payé par la PAPDA dans le cadre de ce programme ; … C’est la raison pour laquelle, le programme de la PAPDA et d’Entraide et Fraternité lie étroitement le renforcement des organisations locales, l’appui à l’agriculture paysanne et à l’élevage, et le travail de plaidoyer. L’objectif final est de renforcer les organisations locales pour qu’elles puissent relayer les besoins des communautés et fassent pression sur les autorités locales et nationales pour qu’elles mettent en place les services sociaux de base et les politiques d’appuis sans lesquels il ne peut y avoir de résultats à long terme.

Entretien avec Ti Georges (Petit Georges), responsable de la banque d’outils d’Engran


A 28 ans, Ti Georges est responsable de la banque d’outils d’Engran. Il vit chez sa mère mais va bientôt se marier.

Comment es-tu devenu responsable de la banque d’outils ?
TG : J’ai été élu par la coordination d’Engran il y a 1 an et demi. Je pense que c’est parce que je savais lire et écrire et qu’il fallait tenir un cahier des comptes.
La PAPDA, nous a donné 45 outils en trois fois. Des sarcleuses, des rapines, des machettes. Ils sont entreposés dans un local et sont loués aux membres pour 1 gourde la journée (0,02 €). Je dois tenir le cahier de location et celui de la comptabilité.

Quel est l’intérêt d’avoir une banque d’outils à Engran ?
TG : Nous manquons d’outils pour cultiver la terre, donc cela demande plus d’efforts et de temps pour un résultat moins bon. Les gens trouvaient plus facile alors de brûler la terre ; ça va plus vite. Maintenant on peut avoir des bons outils et donc il y a moins de brûlure et on cultive mieux. Grâce à l’argent de la location - en 1 an, on a gagné presque 700 gourdes (14 €) ! -, on a pu acheter de nouveaux outils !

Est-ce un travail difficile ?
TG : Nous n’avons pas assez d’outils pour tout le monde. Ils avaient demandé à la PAPDA si c’était possible de faire une forge pour construire et réparer les outils. Mais c’est compliqué et un problème partout à Haïti ; les outils viennent d’autres pays. C’est dommage. Puis, parfois les gens ne veulent pas ou ne peuvent pas payer. Cela crée des problèmes.

Comment vois-tu ton avenir ?
TG : le profit n’est pas pour moi mais pour la communauté. J’apprends le sens des responsabilités, la prudence… Je voudrais être plus disponible pour aider ma mère. Je vais avoir une nouvelle famille et j’aimerais qu’on ait des outils pour tout le monde et que la vie soit plus facile pour nous.





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