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Philippines

5 partenaires soutenus par l’opération 11.11.11.

LAFCCOD - Des pêcheurs qui sont aussi des agriculteurs

Sanctuaire marin, plantation de mangroves, conditionnement de sardines, nettoyage des plages : Mindanao est une île et LAFCCOD veille à ce que les préceptes de l’agriculture écologique trouvent un prolongement dans le secteur de la pêche. Ici, les pêcheurs sont aussi agriculteurs et vice-versa.

« Chaque année, nous subissons des catastrophes naturelles, des inondations, des typhons, des tornades. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de réhabiliter nos côtes. Nous avons besoin de protections naturelles contre ces désastres », explique Zainoden Abdillah, fermier-pêcheur qui préside l’association des pêcheurs et agriculteurs de Pagilidan, à Sultan Naga Dimaporo, entité majoritairement musulmane de la province du Lanao del Norte.

Mindanao est une île, la deuxième des Philippines, et, le long de ses milliers de kilomètres de côtes, la cohabitation des activités agricoles et piscicoles est obligatoire en raison des trop faibles revenus de chacune. Répondant à la fois à la nécessité de nourrir la population, de convertir pêcheurs comme paysans à une approche écologique, de s’adapter aux désastres climatiques aggravés par le réchauffement de la planète, d’encourager la prise de participation des femmes et, qui plus est, de faire cohabiter pacifiquement les trois communautés (chrétiens, musulmans, indigènes) qui vivent dans ces zones. Pour ces multiples raisons, le travail de LAFCCOD (Centre de développement intercommunautaire des pêcheries de Lanao) est une illustration parfaite à lui tout seul de tous les enjeux auxquels sont confrontés bien des partenaires du Sud.

Créée en 1989, LAFCCOD vient d’abord en soutien aux petits pêcheurs des côtes, pauvres et marginalisés. « Le littoral de ces deux provinces est riche en produits de la pêche, explique Fermin Flores, membre de l’équipe de LAFCCOD, ce qui fait que, d’une façon ou d’une autre, la population est liée à la pêche. Pourtant, malgré cela, l’immense majorité des pêcheurs vivent dans une incroyable pauvreté (de 55 à 59% sous le seuil de pauvreté, selon les zones). Notre vision est que les petits pêcheurs puissent exploiter les ressources maritimes de manière durable. »

Basse saison

C’est donc un projet global qui est en place ici. Global parce que le soutien de l’association va à l’ensemble du processus de pêche ; global parce qu’il n’oublie pas, que du contraire, de faire des pêcheurs également des agriculteurs ou des éleveurs. « En haute saison, il y a beaucoup de poissons mais, en basse saison, quasiment pas, détaille Fermin Flores. Selon les périodes de l’année, 4 kg de poissons en une pêche de 8 heures constitue un minimum, en haute saison. Ou un objectif presque irréaliste, en basse saison ! On comprend la précarité des petits pêcheurs quand on sait que les gros bateaux commerciaux ramassent plus de 300 kg par jour. Théoriquement, ils ne peuvent pas pêcher à moins de 15 km des côtes mais il arrive qu’ils pêchent à la dynamite, ce qui est strictement interdit. Bref, nous devons absolument diversifier les moyens de subsistance pour les périodes maigres, c’est pourquoi nous donnons aux pêcheurs des porcs, des chèvres, des poulets, des canards, et donnons des formations en élevage et culture. »





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Que sont les mangroves ?

Souvent négligées des débats écologiques, les mangroves sont un écosystème crucial dans les régions tropicales ou subtropicales, où elles se développent. Pour le résumer simplement, il s’agit de véritables jungles, surtout composées de palétuviers, qui ont les pieds dans l’eau, à savoir dans des marais de bord de mer où l’eau est peu profonde.

Dans des zones frappées tour à tour par des tsunamis, des typhons, des ouragans et des inondations, leur rôle de protection du littoral contre l’érosion est crucial pour la côte comme pour les populations. Or, elles constituent des zones en danger de disparition en raison des activités humaines.

Ensuite, elles présentent de nombreux avantages écologiques pour la faune et la flore, de par leur forte absorption de C02 (on parle de « puits à carbone »), pour leur rôle de lieu de ponte et de nurserie ainsi que de véritable garde-manger pour les différentes espèces animales, florales et… humaines. Leur rôle est donc à la fois important pour l’écologie et la sécurité alimentaire.

Les associations locales soutenues par LAFCCOD ont donc fait de la reforestation du littoral marécageux une priorité absolue. Afin de protéger les côtes et de permettre aux poissons et aux fruits de mer de se reproduire et de grandir et de nourrir ceux-ci (par exemple, les feuilles des arbres des mangroves - neuf espèces dans cette région - constituent en pourrissant dans l’eau un aliment prisé de la faune marine). Sur l’ensemble d’une année, en diverses baies de la région, environ 23 hectares vont être replantés de quelque 230.000 plants (évidemment, ceux qui « prennent » dans ce sol particulier sont minoritaires).

Les sardines du sultan

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Dangolaan, une petite communauté de fermiers-pêcheurs a compris comment mêler agriculture et pêche, comment concilier tradition et respect de l’environnement, comment transcender les différences entre les sexes et les religions et les communautés. De la plus simple des façons : en mettant en bocaux sa production de sardines.

Au départ, voici une vingtaine d’années, tout est parti… des femmes. « En 1996, nous avons créé la DLO (Organisation des femmes de Dangolaan), raconte sa présidente Cecilia Broa, pour fédérer les forces féminines de la communauté. Pendant que les hommes étaient à la pêche, les femmes avaient un peu plus de temps à consacrer à d’autres activités. Nous avons commencé en plantant des mangroves pour limiter les dégâts des raz-de-marée. Ensuite, nous avons commencé à faire de l’élevage de porcs pour diversifier les revenus. Les maris étaient intrigués, ils se demandaient à quoi nous passions notre temps. Et ils voulaient nous aider ! Les femmes de la communauté ont donc créé une deuxième association, masculine celle-là (Nangisda, Union des pêcheurs de Dangolaan), avec pour but de sensibiliser les hommes à l’environnement. » « C’est aussi un sentiment positif, renchérit Juliet Sarita, de DLO, de savoir que l’on contribue aux revenus de la famille. »

Cette activité génératrice de revenus permet évidemment de compléter les rentrées de la pêche et de l’agriculture et l’élevage mais aussi d’écouler les surplus. Les pêcheurs vendent leur pêche (40 kg en moyenne pour 125 bocaux) à l’association qui vend le produit fini au voisinage ou aux magasins des alentours. En une journée, toutes les étapes de la préparation sont réalisées : retirer les écailles des poissons, couper leur tête, retirer leurs organes, les saler et laisser reposer, les sécher, les conditionner en bocal, les assaisonner (huile, maïs, carottes, pickles, épices), les cuire à pression et étiqueter les bocaux. « On ne veut pas qu’à l’avenir, conclut Cecilia Broa, on ne puisse plus voir de poissons que dans les livres. C’est notre moyen de subsistance, notre lieu de vie. »

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