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Voyage relais au Brésil   30 juillet 2013

par Serge Hiligsmann

30 juillet

Rencontre avec la dure … la rude réalité des coupeurs de canne : matière première pour la fabrication du sucre et du bioéthanol qui arrivent déjà ou … peut-être dans quelques années dans nos assiettes ou le réservoir de nos voitures.

Six heures du matin, arrivée sur le champ à perdre de vue (27 000 hectares pour une seule usine au potentiel comparable à celui de Biowanze) après une heure de transport en commun organisé par la société mais pas toujours payé comme temps de travail. Le soleil se lève à peine mais l’atmosphère est déjà/encore chaude et chargée de suie. La zone à couper a été incendiée durant la nuit pour faciliter la coupe et augmenter le rendement. Chaque coupeur reçoit 5 lignes à défricher : travail dur à la machette, éprouvant et dangereux à plus d’un égard d’où les protections minimales à supporter sous un soleil de PLOMB (32 °C, plus de pluies depuis la mi-juin et probablement pas avant fin octobre).

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Avant la pause de 11-12 h le contrôleur tel un huissier au service du patron passe avec son arpenteur pour déterminer la longueur de la zone fauchée et le prix octroyé au mètre. Selon la convention collective, il devait être communiqué à 9 h mais ce n’est que trop rarement ainsi. Selon le petit bordereau qu’il reçoit, Francisco a coupé 90 m de canne soit près de 300 pieds en 4-5 h de travail pour 45 Reais, environ 17 Euros.

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Après une heure de pause, ils reprennent le travail pour trois à quatre heures à nouveau. Le temps d’épuiser les quelques ressources retrouvées dans le plat de pâtes ou de riz et l’un ou l’autre petit morceau de viande amenés de la maison et mangés machinalement à l’ombre du bus : pour souffler un peu et se réhydrater au moyen d’eau pas toujours bien fraîche et d’une dosette de sel et sucre. Des ressources, ils n’en ont très souvent plus du tout le soir en rentrant à la maison. Et il faut bien la journée du dimanche, seul jour de congé pour compenser. Plus le temps de se poser des questions sur sa condition sociale en général ! Son contrat MENSUEL sera-t-il prolongé ? Le salaire est-il juste et équitable ? La sécurité sociale sera-t-elle un soutien en cas de maladie ou d’accident ? Pourquoi une majorité de collègues émigrants des régions plus pauvres du Brésil ? Autant de questions dont il laisse la réponse au syndicat.

Parlons-en de ce SYNDICAT ! On nous accueille dans la salle de réunion, un local tout dévoué à une église évangélique ! Son président est « élu – réélu » depuis 1995 jusqu’en 2015 , il aura 65 ans et pas de souci à se faire pour son futur vu les "acquis". Que dire des infos qu’il nous donnait, avec le sourire, avant la visite sur le terrain. Sa zone grâce à lui a presque les meilleurs rendements, la meilleure rétribution et protection des travailleurs, qui sont tous des locaux, etc. Tout cela paraissait vraiment exemplaire, idyllique presque, TROP ! A notre réflexion : qui défend-il ? La réalité est effectivement toute autre lorsque l’on interroge personnellement les travailleurs que l’on intercepte dans leur travail ou à la pause ! On a même cette appréhension forte : osent-ils nous dire tout, librement, quand on sait ce qu’on a entendu des uns, ce qu’on a vu sur le corps des autres… ?

Le "VRAI" syndicat, le syndicat du "VRAI" n’est-il pas uniquement dans les paroles, dans les actes et le soutien qu’ils reçoivent de ces petites voix, de ces petits bouts de dames de la Commission Pastorale de la Terre et du Migrant : Sœurs Maria, Sœur Naïr (sœurs de l’Assomption), … n’ont pas peur , elles osent aller au milieu des plantations, accueillir les hommes et les femmes meurtris par ces métiers pour les écouter, les réconforter, leur rappeler le contenu de la convention sectorielle et qu’ils sont des GENS et pas des producteurs à l’unique service de l’usine à sucre et agro-carburant.

Oserait-on laisser "GERMINALISER" dans nos esprits un quelconque parallèle avec le passé de notre région, le présent mais … pas le futur :

- Migrants venus de très loin faire le travail que les locaux ne veulent ou ne peuvent plus faire
- Travailleurs très souvent loin de leur famille qui ne (re)connaissent plus leurs droits et n’assument que les devoirs … POUR QUI ? Jusqu’au jour où ils ne rentreront plus… !
- Et pour seule justice, une poignée de gens qui ont le CRAN, qui ont les CRIS du réveil.

Modique, voire dérisoire mais pas dérision de notre part que d’offrir à la pastorale du migrant un Tchanchès et une Nanesse, symboles pour nous du "petit peuple" (si qu’on spotch), marionnettes de notre folklore par qui on peut faire dire ce qu’on ressent et susciter la lutte pour la justice si difficilement conquise mais toujours à reconquérir.

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Coucher de soleil sur la région avec déjà les premiers panaches de fumées des zones incendiées pour le lendemain.

A bientôt pour d’autres réalités rudes… celles des indigènes. Oufti, là on est bien dans le feu de l’action.

par Serge Hiligsmann





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