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25 décembre 2012  Actualités

OAP au Burundi

2275 familles changent leur vie

Aujourd’hui, au Burundi, 75% de la population n’a pas accès à la nourriture en quantité et en qualité suffisantes.

La pauvreté touche plus de 60% de la population. L’Organisation d’appui à l’autopromotion (OAP), une organisation non gouvernementale locale de développement, mène un ambitieux programme pour augmenter les récoltes et les revenus de 2275 familles de la province de Bujumbura rural.

« Vous voyez ces terrains pentus ?, nous demande Ernest l’un des agronomes de l’OAP. Eh bien, normalement, on ne devrait pas les cultiver car avec les pluies, la terre fertile dévale et, au bout de quelques années, le champ ne donne plus. Mais au Burundi, un des pays d’Afrique les plus peuplés, la moindre parcelle de terre compte ». Au Burundi, l’agriculture est un secteur qui fournit plus de 80% des emplois et 90% des exportations. Pourtant, 75 % de la population burundaise n’a pas accès à la nourriture en qualité et en quantité suffisantes.

Lancé en juillet 2008, le programme d’appui à l’agriculture paysanne dans la province de Bujumbura rural, mené conjointement par l’OAP et Entraide et Fraternité, est actuellement dans sa deuxième phase. Il vise à augmenter la production vivrière et les revenus des populations de la province pour un développement socio-économique durable. Il s’adresse à 2275 ménages, regroupés en 111 associations de producteurs réparties dans les 11 communes de la province de Bujumbura rural.

« Passe le message à ton voisin »

Dans la région de Mumirwa, Théodore, responsable d’un groupe de rayonnement, nous montre ses champs sur lesquels il a appliqué les méthodes apprises aux formations données par l’OAP. Il a reçu une vache qu’il élève dans une étable afin d’en récolter les excréments. Mélangés à de la paille et compostés, ceux-ci seront transformés en fumier qui sera étendu sur ses cultures. Convenablement employé, le fumier contribue à maintenir la fertilité et à enrichir la terre par l’apport de matières organiques et de nutriments, notamment d’azote.

Théodore cultive des bananes, des haricots, du manioc, du maïs, des tomates et quelques fruits. Il borde ses champs d’herbes fourragères afin de nourrir sa vache et de lutter contre l’érosion. Ces techniques permettent aussi une bonne gestion de chaque espace. Il a réorganisé ses champs par courbe de niveau. Chaque courbe de nivellement est plantée de bananiers et, sur chaque parcelle, une ou deux variétés différentes est semée. « Je vends chaque année deux tonnes de manioc alors qu’avant, je le cultivais seulement pour ma propre consommation », déclare-t-il fièrement. Et pour les haricots, c’est pareil, il est passé d’une production de 150 kg à 350 kg.

Aujourd’hui, Théodore enseigne les techniques acquises à cinq autres personnes de son voisinage. Il a également donné sa première génisse à Salvatore, son voisin, qui, lui-même, donnera son premier veau à un autre. Théodore a aussi planté une nouvelle semence de manioc qui résiste à la mosaïque, une maladie courante détruisant les récoltes. Il a en outre distribué une partie de sa première récolte à ses voisins afin que ceux-ci plantent, à leur tour, dans leurs champs. « Je suis très satisfait du rendement de mes récoltes mais ma plus grande fierté, c’est d’avoir pu enseigner ces techniques à mes voisins ».

C’est grâce à cette stratégie de paysans vulgarisateurs auprès de leurs pairs que le programme s’étend rapidement dans les collines. Toutes ces actions permettent de répondre aux besoins prioritaires des populations : manger à leur faim et avoir un petit revenu complémentaire. Cela permet de diffuser efficacement et de façon durable la promotion d’une agriculture respectueuse de la nature. Et l’OAP recrute sans cesse de nouveaux animateurs volontaires.

Des efforts récompensés

Un peu plus loin, Joceline travaille sur une de ses parcelles. Cette veuve, mère de deux enfants, est aussi responsable d’un groupe de rayonnement. Elle nous montre ses champs dont les courbes de niveau sont tracées par des lignes de bananiers. Les cultures sont séparées : d’un côté, les pommes de terre et les choux, de l’autre, les haricots. La saison prochaine, il y aura rotation des cultures. Cette façon de faire lui a permis de gagner en rentabilité et de gagner de l’espace pour d’autres cultures. Elle récolte 50 kg de haricots au lieu des maigres 12 kg avant. Elle produit suffisamment pour les besoins de sa famille et a la possibilité de vendre le surplus sur le marché local. Dans son voisinage, elle a sensibilisé 10 personnes. « Ce n’est pas toujours facile de convaincre mes voisins car ils veulent d’abord voir les résultats dans mes champs avant de commencer à agir chez eux !... », explique-t-elle.

Dans la région de Mugamba, Ménédore a six enfants et son mari est maçon. Ménédore est aussi responsable d’un groupe de rayonnement. « Avant de suivre les formations de l’OAP, mes cultures étaient mélangées dans la même parcelle et je produisais peu », dit-elle. Suite aux formations et à l’application des techniques dans ses champs, elle a amélioré sa production. Aujourd’hui, elle pratique séparation des différentes cultures, elle sème peu et produit beaucoup. Elle a également délimité ses champs avec des herbes fourragères afin de nourrir ses vaches et de lutter contre l’érosion. Ménédore nous présente fièrement Capitoline, son élève et voisine, à qui elle a appris les techniques enseignées par l’OAP.

Ces deux paysannes radieuses ont vu leurs efforts récompensés. Elles sont parvenues à augmenter leurs récoltes et leurs revenus, leurs enfants vont à l’école et même à l’université. Un véritable exploit si l’on considère les problèmes structurels dont souffre l’agriculture du Burundi : exiguïté des parcelles, érosion des sols, manque cruel d’investissement de l’Etat.

Appui à la commercialisation

L’OAP veut poursuivre son appui aux paysans par la construction de deux hangars (un pour le riz, une décortiqueuse et une boutique avec tous les produits nécessaires au fonctionnement d’une exploitation agricole et un autre pour les pommes de terre) afin que les associations puissent y stocker à la fois les semences et les récoltes. Elles pourront ainsi conserver la production dans l’attente de la transformer. Le stockage et la transformation permettent aux paysans d’écouler facilement leurs productions à des prix rémunérateurs (ils peuvent vendre quand les prix sont plus élevés), de valoriser les récoltes et d’atténuer les pénuries en période de soudure.

Le programme prévoit la mise en place d’un centre de fabrication de farines composées (sorgho, maïs, blé, soja). Ce centre constituera un débouché pour certaines productions des associations de base et des agriculteurs.

En plus de la multiplication des semences par les paysans, l’OAP compte appuyer la mise en place de sept boutiques d’intrants agricoles de proximité afin de faciliter l’accès des producteurs aux outils aratoires et aux produits phytosanitaires à des prix abordables.

Sur les collines, 2725 familles voient leurs conditions de vie s’améliorer tout en ayant été les actrices de ce changement ; c’est là que réside la stratégie gagnante de l’OAP qui mène aussi des actions de plaidoyer auprès du gouvernement burundais afin qu’il soutienne l’agriculture familiale. Pour que les efforts de Théodore, Joceline, Ménédore et des autres paysans vers un développement durable et respectueux ne restent pas sans effets.

Notre soutien
L’OAP a bénéficié d’un appui de 58 766 euros (fonds propres et cofinancement de la Direction Générale de la Coopération au Développement - DGD)

Valérie Martin avec Véronique Neycken





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