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Marie-Carmelle Fils Aimé de l'ICKL d'Haïti témoigne

Interview_de_Marie-Carmel.pdf

Retour à Port-au-Prince deux mois après le séisme


Deux mois après le terrible séisme qui a ravagé Haïti, Frédéric Thomas, chargé de projets Haïti à Entraide et Fraternité, est retourné à Port-au-Prince faire un bilan des dégâts au sein de nos organisations partenaires et surtout apporter une première aide matérielle de 58 200 euros. Témoignage au retour d’une mission difficile.

Les campements sont partout. Sur toutes les places, au bord des rues, dans les rares coins de verdure, n’importe où, là où il reste encore un peu d’espace pour y planter une tente, un abri. Ce qui étonne, c’est le calme et l’auto organisation de tout un peuple : des mini-quartiers se sont reconstitués avec des échoppes et des gargotes. Contrastant avec la précarité des campements, le bal des 4X4 de la « communauté internationale » et la présence massive d’ONG évangélistes américaines. La question est d’autant plus sensible que se greffe sur le tremblement de terre un discours très religieux et que des tensions apparaissent entre les religions, essentiellement entre les protestants évangélistes et les vaudous (dans ces derniers, c’est aussi et surtout la culture populaire locale qui est condamnée).

Toutes les parties de la ville ne sont pas affectées de manière uniforme. Si Piéton ville (la ville haute, occidentale) n’est guère touchée, les quartiers plus populaires de Canapé vert et de Delmas semblent détruits à 75%. On me dit que dans d’autres quartiers, les bidonvilles ont été plus touchés encore. Mais le décor général est effrayant et donne une idée de la catastrophe. Des bâtiments en partie ou entièrement détruits, affaissés, beaucoup de pierres et de poussière, des équipes balayant, déblayant, l’odeur des cadavres parfois (ou est-ce seulement l’imagination ?), et une souffrance, un paysage douloureux un peu partout où le regard se porte.

Aucune aide de l’Etat ni des ONG d’urgence

Je me rends auprès des organisations qu’Entraide et Fraternité soutient à Port-au-Prince.

Les membres des organisations partenaires sont touchés par ma visite, ils ont aussi beaucoup apprécié les cartes signées par le personnel et les volontaires d’Entraide et Fraternité. Ils sont attentifs à ces petits gestes de solidarité et ont exprimé leurs remerciements. Au niveau immédiat, Entraide et Fraternité, grâce aux nombreux dons collectés pour Haïti, a versé un montant de 41.000 € distribués entre l’ICKL, la PAPDA et CHANDÈL. L’argent sert à l’achat des tentes et de kits de soins sanitaires pour le personnel affecté, et à l’achat d’une partie du matériel informatique perdu sous les décombres. Un deuxième appui d’urgence de 17.200 € sera réparti entre le CEDAL( achat de tentes et tôles), la PAPDA (aide aux paysans de Pérodin). Une assistance psychologique pour le personnel de nos organisations partenaires et des autres membres du réseau qu’ils ont créé.

Sur place, j’ai pu me rendre compte de l’état de tension, de fatigue et de stress des membres des organisations. Chacun ayant une anecdote plus ou moins cruelle à raconter : « je jouais à la marelle entre les morts » ; « On a dû l’amputer sans anesthésie et encore aujourd’hui il entend le bruit de la scie »… Cela souligne tout ce qu’ils ont accompli dans des conditions très difficiles mais cela implique également de répondre au plus vite par un encadrement psychologique, sous peine de voir, dans les prochains mois, le personnel s’écrouler.

 

Les dégâts sont matériels, physiques et psychologiques. Ils touchent le pays dans son ensemble : « toute la famille haïtienne a été frappée » me disait Marie Carmelle, responsable des programmes de l’ICKL (Institut Culturel Karl Lévêque). Plusieurs des membres des organisations ont perdu leurs maisons et des proches. Ricot et Camille Chalmers, de la PAPDA (Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif) dorment dans des tentes. A cela s’ajoute le choc psychologique et la peur de travailler, de dormir à l’intérieur des bâtiments (Marie-Carmelle dort avec sa famille dans une tente, même si sa maison n’a pas été très endommagée). Une peur encore accentuée par la confusion et les discours contradictoires provenant des autorités, des médias et des experts et par les répliques (plus de 100 depuis le séisme). Les réunions se font dehors, sous tente ou dans une salle au rez-de-chaussée, les portes grandes ouvertes pour pouvoir fuir au cas où… Dans ce contexte, l’assistance psychologique est une priorité. Malheureusement, c’est un domaine peu développé dans le pays.

Entraide et Fraternité va financer de 12 à 18 séances collectives d’aide psychosociale (au minimum 2 séances pour 6 groupes de 10 personnes) et des formations pour s’approprier la démarche. Cette indispensable assistance psychologique bénéficiera à près de 60 personnes, soit tout le personnel des quatre organisations partenaires d’Entraide et Fraternité (l’ICKL, la PAPDA, Chandel et le CEDAL) ainsi qu’à d’autres associations haïtiennes - la POHDH (Plate forme haïtienne des organisations des droits humains), le PAJ (Programme pour une Alternative de Justice à Haïti), SAKS (Société d’Animation et de Communication Sociale) et l’ITECA l’Institut de Technologie et d’Animation - ).

Toutes ces organisations haïtiennes n’ont reçu aucune aide de l’Etat ni des ONG d’urgence.

 

Après le séisme, les organisations réagissent

Dans les premiers jours, les membres ont participé à l’aide d’urgence locale – sortir les gens des décombres, donner les premiers soins, aider à la distribution de vivres, etc. – de manière individuelle ou au nom des organisations, bénéficiant de leur connaissance des quartiers populaires.

Deux mois après le séisme, les programmes soutenus par Entraide et Fraternité ont repris et sont actuellement en cours de redéfinition et de réactualisation.

Ma visite a pour but de faire avec les partenaires un bilan de la situation sur place et de leurs programmes, ainsi que de réajuster notre stratégie à court, moyen et long termes.

Au CEDAL (Collectif de l’éducation pour un développement alternatif) on ne déplore aucune perte humaine, mais deux membres de l’équipe ont perdu leurs maisons. Jacques Petidor, un des responsables, dort dans la rue sans tente. Le bâtiment qui abritait le CEDAL est très endommagé et irrécupérable. Si le matériel a pu être sauvé, l’essentiel des archives qui se trouvaient dans un autre bureau a été perdu. Le séisme a complètement désorganisé le CEDAL et ils commencent seulement à se relever et à mettre en place la planification de leurs activités ainsi qu’une réflexion pour trouver un nouveau local.

Le bâtiment qui abrite Chandel, une organisation populaire travaillant dans le domaine de l’éducation, est inhabitable, une grande partie de la bibliothèque est perdue, mais ils ne déplorent « que » un mort et un blessé.

 

La POHDH accuse un bilan très lourd : deux personnes mortes, une femme a perdu son bébé, suite à un accouchement prématuré. Leur bureau est inutilisable et la plus grande partie de la mémoire de la plateforme perdue. Malheureusement, la POHDH venait de payer le loyer pour un an… De plus, la majeure partie des 10 membres n’a plus de maison.

La POHDH avec la PAPDA est à l’origine de « La lettre aux partenaires » et du regroupement des 6 qui entend encourager une dynamique de rassemblement de la société civile et le débat sur la reconstruction nationale Par ailleurs, ils interviennent très souvent auprès des médias locaux.

Le principal résultat obtenu par toutes les organisations est la création du « groupe des 6 ». Un rassemblement de six organisations comprenant l’ICKL, la PAPDA, la POHDH, PAJ et SAKS et Iteca. Ce réseau est à l’origine d’analyses et prises de position sur la situation, d’un espace de discussion et de concertation d’une soixantaine d’organisations qui développent une réflexion sur la (re)construction du pays.

Le travail de plaidoyer est important et passe par des interventions auprès des médias (mené surtout par la PAPDA), des débats au sein des organisations populaires et la mise en place de réponses, de contre-propositions aux plans de reconstruction que sont en train de déterminer les bailleurs de fonds et les États-Unis.

 

A Pérodin, nourrir les affamés de Port-au-Prince

Je me rends ensuite à Pérodin à 200 km au nord de Port-au-Prince. La PAPDA, avec Entraide et Fraternité, y développe un programme de souveraineté alimentaire.

Je rencontre Nicolas, agent de terrain, Junior et Juliette animateurs de la PAPDA. Nous participons à une réunion avec les représentants des paysans venus des cinq hameaux du programme. Nous faisons le bilan.

Trente-deux maisons et deux écoles ont été endommagées, huit maisons sont détruites. On estime à près de 320 adultes et enfants, le nombre de personnes venues de Port-au-Prince pour s’installer dans la région. Il s’agit pour la très grande majorité de personnes nées dans cette région ou ayant des membres de leurs familles qui y habitent. Le nombre initial était plus élevé mais beaucoup sont repartis vers Port-au-Prince ou effectuent un va-et-vient entre la capitale et ici, d’autres ont migré vers la République dominicaine. Cette augmentation de la population (de près de 2 %) se traduit par une pression plus forte sur l’alimentation, les familles prélèvent sur leurs réserves.

En l’absence de réaction de l’Etat et vu le problème alimentaire qui se présente, Entraide et Fraternité apporte une aide de 5.000 euros supplémentaire afin d’augmenter les réserves alimentaires des familles accueillant des déplacés de la capitale en distribuant 150 sachets de semences pour les cultures maraîchères et 3.600 kg de graines (haricots, maïs, sorgo) qui peuvent être utilisées dans les prochaines récoltes (avril-mai).

 

Mars 2010 Frédéric Thomas

Chargé de projets Haïti

 

Gerrit Matton repart à Port-au-Prince


Gerrit Maton est le représentant d’Entraide et Fraternité en Haïti. Rapatrié quelques jours après le séisme, il repart ce mardi à Port-au-Prince pour mettre en place un plan d’action pour soutenir les organisations haïtiennes dans leurs efforts de reconstruction et planifier l’aide structurelle des cinq prochaines années. Lire l'interview en cliquant sur le lien ci-dessous

 

Gerrit_Maton_web_interview.pdf

Haïti : message de nos partenaires

message_de_nos_partenaires.pdf

Nos organisations ont toutes été profondément bouleversées par cet événement. Les pertes sont immenses et irréparables. Nous sommes en train de mettre en place des centres de services de quartiers

Haïti : Ricot jean-Pierre : Merci pour votre solidarité

Contacté par téléphone, Ricot Jean-Pierre de la PAPDA nous donne quelques nouvelles et remercie pour les gestes de solidarité

Actuellement, responsable à la PAPDA du programme de Plaidoyer pour une Intégration Économique Alternative (qui traite de la mobilisation contre l’implantation des zones franches sur des terres fertiles) qui l’occupe. Jean-Pierre Ricot coordonne également la publication du bulletin d’information de la PAPDA en créole Yon Lòt Ayiti Posib ! Il étaitvenu témoigner en Belgique en 2009.

Comment ça va Ricot ? ça fait plaisir de t’entendre !

Ça va mais juste maintenant, quand tu m’appelais, il y a eu une réplique assez forte et j’étais au milieu de la rue car c’était très, très fort. On n’est toujours pas saufs, ce n’est pas encore stable.

 

Et ta maison, ta famille ?

Ça va, ma famille va bien. Il y a quelques soucis, fissures dans ma maison, mais elle n’est pas détruite.

 

Et PAPDA ?

Le bâtiment est toujours debout, mais inutilisable.

 

Tu as eu des nouvelles d’ICKL ?

Oui, j’ai vu Marc-Arthur et Marie-Carmel [ancienne invitée de Carême en 2008] hier. Ils vont bien. Marie-Carmel s’est sauvée miraculeusement des locaux d’ICKL. Elle travaillait quand ça s’est passé. Il ne reste plus rien des bureaux.

 

Quelle est la situation, l’atmosphère sur place ?

C’est le chaos, le désordre total. Mais petit à petit, les lignes reprennent, l’électricité revient.

Beaucoup de gens se concentrent dans le srues et dorment à même le sol, sans tentes pour les protéger, dans des habitats de fortune. Il leur faut de tout – pas seulement à Port-au-Prince, mais aussi à Jacmel et dans les villes à côté qui ont été détruites.

Ils n’ont pas le moral du tout.

Il y a aussi beaucoup de frustration. C’est la population haïtienne, avec ses mains, avec ses ongles qui a sorti les survivants des décombres et l’aide internationale va directement vers les Américains, Européens, étrangers sous les décombres… Les Etats-Unis ont un objectif clair d’occupation, de leadership pour l’aide, la reconstruction. Avant, jamais ils n’ont reconnu que les Haïtiens étaient aussi des Américains, et aujourd’hui ils disent que les Haïtiens sont des Américains ; uniquement pour assurer leur leadership.

Nous sommes très inquiets mais très actifs quand même.

 

Vous avez déjà repris le travail ?

Depuis avant-hier, nous nous réunissons avec les organisations, nos partenaires. Nous ne travaillons pas l’urgence mais là on a besoin de faire ça. Nous allons essayer de mettre en place des centres de santé, notamment dans un centre des femmes de SOFA car les hôpitaux sont bondés de monde, débordés et beaucoup de gens n’arrivent pas à être soignés.

La priorité est au dialogue, à la coordination, à se réorganiser. On a besoin de locaux, de matériel, de recapitaliser les moyens pour que les organisations puissent fonctionner. On discute entre nous pour faire un appel à soutien en mettant les priorités.

 

Tu as en tous cas un grand bonjour de toute l’équipe d’Entraide, qui était très inquiète pour toi, pour vous et pour PAPDA. Tu remettras d’ailleurs notre bonjour à toute l’équipe de PAPDA !

Oui, merci. Ça m’a fait plaisir de recevoir de temps en temps des mails, des messages de solidarité des partenaires de partout dans le monde, même d’Afrique ! Je remettrais vos salutations à tous ceux de PAPDA. Toi, remets mon bonjour à toute l’équipe. Vous êtes solidaires avec nous, même de loin ; on le savait déjà, mais de l’avoir vu, ça l’a confirmé !

Merci d’être là, d’être à nos côtés et on espère continuer avec vous car la bataille va encore s’amplifier et on aura encore plus à faire !

 

Haïti en bref

HAITI_EN_BREF.pdf

Mieux comprendre Haïti en cliquant sur le lien pour télécharger quatre pages d'informations sur Haïti et les actions des organisations partenaires sur place.

PAPDA : réhabiliter les paysans


Dans le cadre de son partenariat avec la PAPDA, ENTRAIDE & FRATERNITE appuie deux projets de développement rural : à Pérodin et à Cap Rouge. Tous deux ont été fort affectés par le passage des derniers cyclones. Des mesures de réhabilitation ont donc été lancées.

À Cap Rouge comme à Pérodin, la PAPDA aide les petits paysans à vivre dignement de leurs récoltes. Elle les appuie à travers la distribution de ressources (outils, semences, etc.) et l’apprentissage de techniques agricoles respectueuses du savoir-faire des populations. Aujourd’hui, ces projets sont menacés par la dégradation de l’environnement et par le réchauffement climatique. En 2008, ce dernier a notamment contribué à la formation de quatre cyclones en quelques mois. Depuis lors, la plupart des paysans de Cap Rouge et de Pérodin ont leur champ détruit : les prochaines récoltes risquent d’être maigres.

L’urgence face aux désastres

Après le passage des cyclones, aucune aide d’urgence n’est parvenue jusque Cap Rouge et Pérodin. Selon Franck Saint-Jean de la PAPDA, « les habitants de ces deux zones vivent avec moins d’un dollar US par jour et les cyclones ont aggravé leurs chances de survie. La perte des récoltes signifie une perte de revenus et pourrait se traduire par une augmentation de la malnutrition qui touche déjà deux tiers de la population, à Pérodin en particulier. » Les épidémies guettent également alors que les centres de santé sont quasi-inexistants. Par ailleurs, « la rentrée des classes a coïncidé avec l’arrivée des ouragans et seul un nombre restreint d’enfants a pu reprendre le chemin de l’école », explique Franck.

À Cap Rouge et à Pérodin, il y a urgence. C’est pourquoi la PAPDA a prévu différentes mesures de réhabilitation. Tout d’abord, les paysans reçoivent des outils et des semences pour restaurer la culture maraîchère (choux, haricots, maïs, sorgho). En outre, les activités de stockage sont renforcées : pour faire face aux périodes de soudure, des silos sont construits et des banques de grains sont constituées. Le bétail est également recapitalisé et des abris sont bâtis pour protéger les bêtes en cas d’intempéries. De même, plusieurs formations sensibilisent les petits producteurs à la sauvegarde de l’environnement et leur apprennent, entre autres, à faire pousser des plantules et à utiliser des engrais organiques.

Les paysans se mobilisent

L’année 2008 a été mouvementée sur le plan climatique. Les intempéries à répétition ont obligé les paysans à dépenser beaucoup d’énergie car, à chaque catastrophe, tout a dû être reconstruit. Mais, d’après Franck Saint-Jean, pas question de se laisser abattre : « Il est vrai que les paysans perdent confiance en leurs dirigeants. Mais, attachés à leur terre, ils restent optimistes et espèrent toujours une amélioration de leurs conditions de vie. » Alors, les agriculteurs haïtiens tentent d’interpeller le monde politique et la presse pour crier leur mécontentement. Ainsi, une délégation de Cap Rouge a déjà pu rencontrer des représentants du Ministère de l’Agriculture afin de faire entendre les droits des paysans.

 Laurence LIBON

Haïti : des partenaires actifs et complémentaires


Malgré les difficultés matérielles, la société civile haïtienne se construit sur le terrain, en milieu rural surtout. Ainsi s’explique cette double image : à première vue, une immense désolation et une forte désorganisation ; derrière la façade, le fatalisme laisse surgir un dynamisme réel.

CEDAL : lire et écrire pour transformer la réalité

« L’école s’est dégradée en 25 ans, explique Michèle Pierre-Louis, directrice de la fondation culturelle FOKAL. L’enseignement est réduit à une peau de chagrin".La privatisation de l’éducation fait de celle-ci un objet de commerce. Résultat : 50% environ des Haïtiens de plus de quinze ans sont analphabètes. Plus nombreux encore sont ceux qui n’ont qu’une maîtrise fonctionnelle de la lecture et de l’écriture, sans vraiment comprendre. Et même si l’Etat lance des programmes, s’il bénéficie d’appui extérieur, les bilans font défaut.C’est ce constat qui justifie l’engagement du Collectif de l’Education pour un Développement Alternatif (CEDAL) dans des activités d’alphabétisation d’adultes, mais avec la volonté de faire du participant un acteur. Acteur de son apprentissage, d’abord, grâce à une méthode inspirée de celle de Paolo Freire, l’alphabétisation conscientisante ; acteur de son avenir ensuite, puisqu’il s’agit d’encourager « toutes initiatives de la base » menant « aux démarches qui correspondent au progrès social et au développement alternatif. » Ainsi, loin d’être gêné par son illettrisme de départ, « l’élève » est valorisé par ses connaissances et expériences de la vie sociale.

Institut Culturel Karl Lévêque ICKL : renforcer les organisations de terrain

Karl Lévêque était un jésuite, exilé au Canada au temps des Duvalier ; il y travaillait à l’animation de la communauté haïtienne. Populaire et influent mais atteint d’un cancer, il est mort peu après la chute de la dictature, en 1986. Ses amis ont alors fondé en 1989 l’Institut Culturel Karl Lévêque (ICKL) à la fois pour lui rendre hommage et perpétuer son travail d’éducation populaire. L’Institut, qui se présente comme « non-confessionnel et sans appartenance politique », travaille avec des organisations de base « pour les aider à prendre conscience de façon objective de leur situation et pour qu’elles participent à une transformation sociale qui ne vienne ni d’en haut ni de l’extérieur », explique Marc-Arthur Fils-Aimé, son directeur.

Pour lire une analyse de Marc-Arthur au sujet de la démocratie et des élections en Haïti (septembre 2007), cliquez ici.

PAPDA : pour la sécurité alimentaire

Le riz est une des cultures traditionnelles d’Haïti, au même titre que les bananes ou les tubercules comme le manioc, l’igname, la patate douce. C’est aussi une base de son alimentation. Mais c’est une culture en difficulté. Le riz haïtien, tout comme le maïs, est en effet plus coûteux que son homologue américain importé. Une des raisons réside dans la géographie d’Haïti : une terre difficile à cultiver, peu propice à la mécanisation et où les transports sont difficiles. Dans la petite propriété aussi, héritée de l’indépendance d’Haïti, la taille moyenne des exploitations est de 1,2 ha. Mais cette faible capacité concurrentielle provient aussi de l’obligation imposée aux pays du Sud de s’ouvrir aux importations, sans avoir le droit de protéger leurs propres producteurs. Le riz importé vient des Etats-Unis, où il excède, et il est vendu en Haïti à un prix inférieur à son coût réel. Si, à court terme, c’est tout bénéfice pour les consommateurs des villes, qui trouvent ainsi des produits moins coûteux, les conséquences durables sont nombreuses, et négatives pour le pays. Parmi elles, l’absence de sécurité alimentaire pour le pays. Haïti ne produit que 50% des calories requises pour nourrir sa population. Autre conséquence : la disparition de certaines variétés qui étaient consommées jusque-là dans le pays, au profit de produits importés.Voilà pourquoi PAPDA, qui regroupe des organisations paysannes, a choisi la sécurité alimentaire comme axe de travail, tout autant que la lutte contre le néo-libéralisme qui ruine les paysans. Une des activités est l’organisation de foires agricoles destinées à valoriser les produits locaux. Une autre consiste à intervenir dans la promotion de ces produits, principalement des tubercules, dans les cantines scolaires. Ce travail-là se fait au plan national, par ce qu’on appelle le « plaidoyer », c’est-à-dire l’interpellation des autorités. Il exige que des associations paysannes solides organisent la production, mais aussi que les paysans disposent de terres ; raison pour laquelle PAPDA s’est aussi engagée, toujours avec l’appui d’Entraide et Fraternité, dans la lutte contre l’installation de zones franches d’exportation sur des terres agricoles.

Lisez un article d'Alter Presse qui parle de Cap Rouge, d'où vient Joachim, l'un de nos partenaires en visite durant la campagne 2008. On y parle de VEDEK, qu'Entraide et Fraternité soutient via la PAPDA. Pour accéder à cet article, cliquez ici.

Entraide et Fraternité est aussi membre de la Coordination Europe-Haïti qui est un réseau de 36 organisations non-gouvernementales engagées en Haïti, et originaires de 8 pays européens . Crée en 2001, alors que le pays était déjà en crise, la Coordination Europe-Haïti s’est fixée pour objectif de remettre Haïti au centre des préoccupations du public et des gouvernements européens.

Premier bilan après les cyclones de l'été dernier

En 2008, plusieurs cyclones ont ravagé Haïti et ruiné les paysans. Dans les communes sinistrées de Cap Rouge et Pérodin, Entraide et Fraternité a mis en place avec son partenaire local la PAPDA une aide d’urgence pour les paysans. Premier bilan des activités entreprises

Petit rappel des faits

Entre le 25 août et le 10 septembre 2008, pas moins de quatre cyclones ont dévasté Haïti. Ceux-ci ont provoqué de nombreuses inondations et causé des pertes humaines et matérielles considérables dans tout le pays. Les communautés de Cap Rouge et de Pérodin n’ont pas été épargnées : les destructions dans les champs les ont ruinées. En effet, les intempéries ont entraîné des pertes de revenus, l’insécurité alimentaire, des risques sanitaires (maladies, etc.) ou encore le retrait d’enfants pauvres des systèmes éducatifs. Comme le rappelait Franck Saint-Jean de la PAPDA, il y a urgence, d’autant qu’aucune aide de l’État n’est parvenue jusqu’à Cap Rouge et Pérodin après le passage des cyclones. Le passage des dernières intempéries ne fait qu’aggraver la situation de misère dans les communautés pauvres et marginalisées. »

Actuellement, les aides post-cyclones que déploie la PAPDA avec Entraide et Fraternité à Cap Rouge et à Pérodin visent à redonner aux petits agriculteurs les moyens de produire. Distributions de ressources (outils, semences, engrais, etc.) et formations agricoles, telles sont les principales initiatives dont bénéficient les paysans. En voici quelques réalisations concrètes.

• Soutien à l’élevage :

Beaucoup de bêtes d’élevage n’ont pas survécu aux intempéries. À Pérodin et à Cap Rouge, 50 porcs (36 truies et 14 verrats) ont donc été ont distribués. Il s’agit de cochons de races améliorées, très prolifiques, et ayant reçu tous les vaccins. D’importantes quantités de blé ont également été achetées pour nourrir ces animaux, étant donné le faible pouvoir d’achat des paysans. Ceux-ci sont en effet incapables de se procurer des produits de base en cette période de sécheresse.

• Relance de l’agriculture maraîchère :

Les paysans ont reçu des semences pour la culture du chou, du haricot, du maïs, du sorgho et du pois. Cette initiative a pour but de restaurer la sécurité alimentaire ainsi que d’augmenter les revenus des paysans. En effet, le pécule d’argent retiré lors de la vente des surplus agricoles est une source de revenus non négligeable pour les familles.

• Appui au stockage des récoltes :

Pour faire face aux périodes de « soudure » (entre deux récoltes), la PAPDA forme les paysans aux méthodes de stockage des aliments produits. À Cap Rouge, 10 personnes ont appris à construire des silos métalliques. 8 silos ont déjà été construits, mais le manque de semences empêche tout stockage pour le moment.

• Mise en place d’une pépinière communautaire :

Une pépinière communautaire est en cours de plantation, afin de lutter contre le déboisement féroce de la zone. Cette pépinière sera constituée d’arbres fruitiers et forestiers. Le terrain pour l’établissement de la pépinière est disponible et 6.000 sachets ont déjà été achetés. La plantation démarrera à la prochaine saison des pluies, afin de garantir les besoins en eau.

• Éducation à l’environnement :

Deux journées de réflexion dans les écoles de Pérodin sont en préparation afin de sensibiliser les jeunes écoliers aux problèmes de l’environnement. Une séance de formation sur le reboisement de l’île sera également dispensée.

Jusqu’à présent, la PAPDA est assez satisfaite des efforts qu’elle a entrepris à Cap Rouge et à Pérofin. Cependant, Franck Saint-Jean reste conscient de la lenteur de l’avancée du projet : « nous sommes souvent contraints de reporter certaines activités de plantation, car nous devons attendre la prochaine saison des pluies. Nous enregistrons des retards dus aux mauvaises conditions environnementales (sécheresse et température inadéquates). Nous avons aussi parfois besoin de produits qui restent difficiles à trouver sur les marchés locaux. Ils sont devenus rares suite aux diverses pertes agricoles causées par les intempéries à répétition. » Mais, comme de nombreux paysans de Cap Rouge et de Pérodin, Franck est confiant : ensemble, ils continueront le travail, dans l’espoir de parvenir à une amélioration durable des conditions de vie en milieu rural.

Campagne 2009

Les partenaires haïtiens invités sont tous deux membres de l'association PAPDA (Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif). Nous vous proposons ci-dessous des informations sur le travail actuel de la Plateforme.

 
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