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16 octobre 2012

Basta la faim dans le monde !

Le chiffre devient insignifiant tellement il se banalise au cours des années à force d’être répété : quasi un milliard de personnes souffre de malnutrition dans le monde.

Aujourd’hui, c’est la Journée Mondiale de l’Alimentation. En déposant mes carottes bio dans le coffre de ma voiture, je me souviens de ce que me disait le responsable d’une communauté Maya du Guatemala : « La faim est un problème politique. Il faut stopper la dérégulation des marchés. » Il me détaillait les effets néfastes des accords de libre commerce sur la sécurité alimentaire des paysans. La semaine passée, huit personnes ont été tuées dans sa région pour avoir protesté pacifiquement contre la hausse des prix des services communs.
J’entends aussi la voix de Maria, paysanne philippine, s’élever contre le fonctionnaire de la réforme agraire : « Jusqu’à quand devrons nous supporter de ne pas vivre sur nos terres ? ». Maria, une des leaders d’un mouvement local paysan de Mindanao a été assassinée en juin 2012 pour avoir défendu le droit des paysans à la terre.
Je démarre la voiture. Je pense à ma fille dont la copine se fait vomir dans les toilettes pour garder la ligne, je pense à mon voisin dont le copain agriculteur s’est pendu. Je suis en train de tout mélanger me dis-je. Pas si sûr…

Sommes-nous devenus à ce point si peu raisonnables ? La raison devrait pourtant nous extraire de la barbarie et de l’obscurantisme. Elle devrait nous amener au moins à essayer de comprendre. Pourquoi cette faim persistante ? Pourquoi ces violences à l’encontre des populations qui revendiquent leur droit à l’alimentation ? Pourquoi les paysannes sont-elles encore et toujours les plus pauvres des pauvres ? Et plus proche de nous : pourquoi tant de mal bouffe ? Pourquoi la colère des agriculteurs wallons ? Pourquoi la spéculation sur la nourriture ?

Et pourtant, les initiatives luttant contre la pauvreté ne cessent de se développer et il existe un nombre croissant de conventions internationales, y compris dans le domaine de l’égalité entre hommes et femmes. Alors ? Que se passe-t-il donc ?

Qui a aujourd’hui les pré-requis suffisants pour répondre à toutes ces questions, pour déconstruire les répliques faciles et fausses comme « la faim est un problème technique » ou « il n’y a pas assez de nourriture pour tous » (affirmations critiquées abondamment par des centres de recherche internationaux) ?

Certes, on apprend beaucoup de choses, mais apprenons-nous les « bonnes » choses ? Celles qui forment à l’éthique et non seulement à la technique ou l’esthétique ? Celles qui donnent envie de connaître l’Histoire des héros/ïnes inconnus/es ? Celles qui nous permettent de saisir ces mêmes mécanismes économiques qui régissent notre vie au quotidien et celles des autres à l’autre bout de la planète ?

Et je me demande ce que devient cette humanité dans laquelle je suis en train de vivre en 2012, cette humanité dont je suis partie intégrante. « On est bien peu de chose » disait ma voisine. Ne sous-estimons pas notre part. Si je mange à ma faim, c’est grâce à ceux et celles qui se sont battus/es avant moi pour défendre les droits élémentaires dont je profite aujourd’hui. Demain, mes enfants et ceux des autres bénéficieront de ce que nous leur laisserons dans leur tête, leur cœur, leurs poches ou leur environnement.

Et je veux aussi garder espoir, car, ici et ailleurs, ils sont nombreux ceux et celles qui, malgré les graves obstacles récurrents qui se posent à eux, persistent à vivre dans la dignité et à revendiquer celle-ci comme un droit élémentaire de l’être humain. Oui, je garde la foi dans un monde qui avance non pas vers le progrès au profit de quelques-uns mais dans un cheminement - pacifique et désobéissant - pour que la Terre tourne plus JUSTE !
A tous et à toutes : à table !

Carmelina Carracillo, Entraide et Fraternité