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Nicaragua


La Cuculmeca : combattre l’insécurité alimentaire chronique

Dans le département de Jinotega, au Nicaragua, La Cuculmeca forme et accompagne 100 familles à l’agriculture écologique. Les conditions climatiques et la situation généralisée d’extrême pauvreté font de la zona seca un foyer d’insécurité alimentaire chronique. Il s’agit donc de tout mettre en œuvre pour nourrir la population. Ou plutôt, pour que la population parvienne à mieux se nourrir elle-même.

Début novembre, le soleil tape dur dans le nord du Nicaragua. Un horizon déchiqueté sépare un ciel bleu azur d’une myriade de montagnes verdoyantes dont les flancs sont garnis de guirlandes de champs de maïs, de parcelles de café, de pâtures, de bosquets et de petits hameaux campagnards… Paysage idyllique, vert et printanier.

Et pourtant … dans quelques jours, les traces de la dernière pluie vont s’évaporer. Les paysages vont jaunir, la végétation va lentement disparaître pour laisser la terre à nu, chauffée à blanc par un soleil de plus en plus lourd. Plus aucune goutte d’eau ne va tomber avant fin avril, voire la mi-mai.

Pour les hommes et les animaux, un seul mot d’ordre alors : survivre !

Un foyer d’insécurité alimentaire chronique

Nous sommes dans la zona seca, une région semi-aride au nord de ce pays d’Amérique centrale. Il suffit d’un imprévu, d’une mauvaise récolte, de quelques jours de sécheresse en plus et la vie de toute une famille, de tout un village, voire de toute la région peut basculer : le bétail meurt, les réserves de nourriture ne suffisent plus, la famine s’installe. Ce n’est donc pas un hasard si l’on retrouve ici les taux de malnutrition les plus élevés du Nicaragua et parmi les plus hauts d’Amérique latine.

Un sacré défi pour les programmes sociaux du gouvernement sandiniste et pour les quelques rares associations de solidarité implantées dans la région.

La Cuculmeca est une de ces associations et non des moindres. Elle déploie à Jinotega, capitale du département, un ensemble de programmes de solidarité et de développement. L’agro-écologie, la participation citoyenne, les droits de la femme sont quelques-uns des axes de travail de cette véritable ruche où l’on bâtit des projets concrets avec les paysans les plus pauvres.

Cette association a été fondée par des femmes et a pris pour emblème une plante médicinale des hauts plateaux symbolisant les racines qui unissent les paysans à la terre nourricière.

Le principe du programme Développement rural de La Cuculmeca - dont les principaux bailleurs de fonds sont Entraide et Fraternité et la Direction Générale de la Coopération au Développement (coopération belge au développement) - est très simple.

Les conditions climatiques et la situation généralisée d’extrême pauvreté font de la zona seca un foyer d’insécurité alimentaire chronique. Il s’agit donc de tout mettre en œuvre pour nourrir la population. Ou plutôt, pour que la population parvienne à mieux se nourrir elle-même. Des groupes de paysans bénéficient de formations et d’appuis financiers sous formes de microcrédits. Une des conditions d’accès à ce programme est le regroupement des bénéficiaires en petites associations locales. Ensemble, on est plus forts !

Des techniques simples qui donnent un rendement élevé

Parmi les 100 familles concernées par ce programme, il y a celle de Rosa, la cinquantaine, cinq enfants, veuve depuis 20 ans. Elle nous fait admirer l’ingénieux système d’irrigation qui va lui permettre de continuer à produire des légumes durant la saison sèche. Devant sa maison, un « silo à haricot » trône fièrement devant l’entrée. Il a été acquis grâce à un fonds rotatif octroyé par La Cuculmeca et géré par le groupement paysan dont elle fait partie. Une partie du prêt dont Rosa bénéficie a été fait en nature. Elle a donc reçu des outils et des semences. L’autre partie étant constituée d’argent, elle a choisi d’acquérir ce silo qui va lui permettre de conserver sa récolte à l’abri des rongeurs et des moisissures pendant une année entière. Quelle sécurité pour elle et ses enfants ! Les voici sûrs de pouvoir se nourrir durant cette période, à l’abri de la sécheresse ou d’une mauvaise récolte. Est-ce pour autant la fin de l’agriculture industrielle et chimique imposée au sud et au nord dans les années 70’ sous couvert de révolution verte ?

Hélas non, car la force de frappe économique, la concurrence sur les marchés et l’influence politique de l’agro-business restent impressionnantes. Toutefois, quelque part dans les montagnes du Nicaragua, des paysans, modestes et humbles travailleurs, luttent et nous montrent la voie d’un modèle respectueux de la terre et des gens. En route vers une nouvelle révolution vraiment verte ?

Un peu plus loin, la famille Sepulveda nous accueille dans sa misérable cabane faite de bois, de tôles et de bâches en plastique. Un réchaud à gaz trône au milieu de la cuisine. Ce dernier est alimenté par du méthane en provenance d’un bio-digesteur installé dans le jardin. Cette grande cuve en tôle recueille les excréments des toilettes et de l’étable et produit suffisamment de gaz pour 3 à 4 heures de cuisine par jour. Quel gain de temps, surtout pour les femmes ! Adieu les fastidieuses corvées pour l’approvisionnement en bois ! Et quel soulagement aussi pour la conservation des forêts avoisinantes...

Autre temps fort des formations : l’apprentissage de la fabrication d’un engrais biologique. La recette est simple : une « base » faite de bouse de vache, on y ajoute de la cendre (pour l’apport en potassium) mélangée à de la mélasse, du petit lait, parfois une poudre minérale et de l’eau. On verse le tout dans un tonneau en plastique que l’on referme, non sans avoir pris soin de fabriquer une valve d’échappement des gaz avec une simple bouteille en plastique.

Macérant dans une barrique hermétique, le mélange fermente très rapidement et procure au bout de quelques jours un engrais liquide incroyablement riche qui va véritablement doper la production de frijoles, le haricot rouge, base de l’alimentation du paysan nicaraguayen.

Sur de nombreuses parcelles, la production est carrément doublée, voire triplée ! Dans certains groupes, on nous présente également un autre produit miracle, un caldo un bouillon qui va servir d’insecticide et de fongicide. Connu dans nos contrées sous le nom de « bouillie bordelaise », c’est un produit extrêmement simple et performant pour protéger de façon douce et efficace les cultures contre les attaques de parasites.

Dans un des pays parmi les plus pauvres d’Amérique latine, on est vraiment interpellé de voir le développement et l’efficacité de cette agriculture biologique, paysanne et locale qui arrive même à mettre de très mauvaise humeur les compagnies multinationales agricoles car ces techniques durables et cette approche douce se répandent comme une traînée de poudre et nourrissent de plus en plus de gens.

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